Une carte tronquée en plein jour d’élection, un traitement à sens unique sur Ceuta et Melilla, des reportages accusés de vouloir gommer la part marocaine de l’histoire andalouse, des soupçons d’entraves ciblant nos infrastructures portuaires, un journaliste marocain viré pour avoir défendu son pays, un bureau fermé depuis quinze ans sans que rien ne change dans le fond : ce n’est pas une série de bévues, c’est un système. Et un système, ça ne se corrige pas avec une mise en demeure de plus. Ça se ferme.
La carte tronquée n’est pas une erreur, c’est une signature
Le 23 septembre 2026, jour du scrutin législatif marocain, Al Jazeera publie une infographie électorale avec une ligne de séparation sur les provinces du Sud. En mars 2026, sur un reportage consacré au détroit d’Ormuz, sujet qui n’a strictement rien à voir avec le Maghreb, la chaîne trouve quand même le moyen d’amputer le Maroc de son Sahara. En septembre 2025, au lendemain d’un sommet arabo-islamique tenu à Doha même, elle republie une carte tronquée alors que l’Organisation de la coopération islamique, dont le Qatar fait partie, diffuse elle la carte complète. Trois fois en un an, sur trois sujets sans aucun rapport entre eux. Personne de sérieux ne peut encore appeler ça une erreur technique.
Et le plus révélateur, c’est que même l’État actionnaire de la chaîne, le Qatar, reconnaît officiellement la souveraineté marocaine sur l’ensemble du territoire, y compris via le Conseil de coopération du Golfe. Une chaîne qui contredit en boucle son propre gouvernement de tutelle pour aller taper sur le Maroc n’est plus dans l’indépendance éditoriale, elle est dans l’hostilité assumée.
Ceuta, Melilla, le silence qui en dit long
Quand il s’agit de rappeler que Ceuta et Melilla sont des territoires occupés, dont la décolonisation reste un dossier ouvert pour Rabat, Al Jazeera se tait, ou reprend le vocabulaire espagnol de « villes autonomes ». Comparez ce silence à l’avalanche de reportages consacrés au Sahara sous un angle défavorable au Maroc, et le déséquilibre devient limpide.
Une histoire commune réécrite au détriment du Maroc
Plusieurs voix marocaines accusent également la chaîne d’avoir multiplié, ces dernières années, des reportages et documentaires sur la présence musulmane en Andalousie qui minimiseraient ou effaceraient la part spécifiquement marocaine de cette histoire, au profit d’un récit centré sur le Moyen-Orient. Pour ces commentateurs, ce choix éditorial n’est pas neutre : il participerait d’une entreprise plus large de dilution du rôle historique du Maroc dans la civilisation arabo-musulmane, au bénéfice d’autres capitales régionales. C’est un grief qui mérite d’être documenté cas par cas, mais qui revient suffisamment souvent dans le débat marocain pour ne pas être ignoré.
Des soupçons jusque sur nos infrastructures stratégiques
D’autres accusations, plus difficiles encore à vérifier, prêtent à la chaîne un rôle dans des campagnes médiatiques visant à ternir l’image des ports marocains, Tanger Med en tête, à un moment où le royaume s’impose comme le premier hub logistique de Méditerranée et rivalise directement avec des infrastructures espagnoles comme Algésiras. Que ces soupçons relèvent d’une coordination éditoriale délibérée ou d’une accumulation de reportages à charge, le résultat perçu au Maroc est le même : une chaîne qui, au moment précis où le pays engrange des succès économiques stratégiques, choisit d’en ternir l’image plutôt que de les couvrir avec l’objectivité qu’elle revendique.
Sidi Ifni, le péché originel jamais soldé
En juin 2008, à Sidi Ifni, alors que les autorités comptent officiellement 44 blessés dont 27 policiers et 20 arrestations, Al Jazeera annonce des morts parmi les manifestants. Faux. Le directeur du bureau, Hassan Rachidi, est inculpé pour diffusion de fausse information, perd son accréditation, écope de 50 000 dirhams d’amende. Deux ans plus tard, en octobre 2010, le bureau de Rabat est fermé purement et simplement. Dix-huit ans après, la chaîne n’a toujours pas d’accréditation officielle au Maroc, et les faits récents montrent que rien n’a changé dans le fond.
Le journaliste marocain sacrifié pour ne pas fâcher Alger
En mai 2023, la chaîne licencie Abdessamad Nacir, présentateur vedette depuis 1997, vingt-six ans de maison, pour un tweet personnel où il défendait l’honneur des femmes marocaines face à un média public algérien. L’ordre de suppression vient, selon les enquêtes syndicales marocaines, du directeur de l’information, présenté comme de nationalité algérienne. Nacir refuse, il est viré sur-le-champ, pendant que des commentateurs algériens du même groupe continuent d’attaquer le Maroc sans la moindre sanction.
Ce que le Maroc doit faire, concrètement
- Fermer définitivement le bureau : déjà fait en 2010, c’est le levier le plus direct, et le précédent existe.
- Interdire la commercialisation par les opérateurs marocains : le levier juridiquement le plus solide, via l’ANRT.
- Bloquer l’accès numérique et satellite : plus lourd techniquement, mais à ne plus exclure si la chaîne continue de peser malgré la fermeture du bureau.
- Cesser toute mansuétude sur les programmes ciblés : quinze ans de sanctions ponctuelles n’ont rien changé.
Fermer le bureau en 2010 n’a pas suffi : la chaîne continue de peser sur l’opinion marocaine via le satellite et le numérique. Une fermeture symbolique ne sert à rien sans une interdiction de commercialisation en parallèle.
À ceux qui objecteront que cela s’apparente à une restriction de la liberté de la presse : une chaîne n’a pas de droit acquis à opérer sur un territoire dont elle sabote systématiquement l’image, sous couvert d’une neutralité qu’elle ne pratique jamais quand il s’agit du Maroc.
FAQ
Le bureau d’Al Jazeera est-il actuellement ouvert au Maroc ?
Non, fermé depuis octobre 2010, sans réouverture durable depuis.
Le Qatar soutient-il la position marocaine sur le Sahara ?
Officiellement oui, ce qui rend d’autant plus inacceptable le traitement répété de sa propre chaîne.
La fermeture du bureau suffit-elle à limiter l’influence de la chaîne au Maroc ?
Non, elle reste accessible par satellite et numérique, d’où la nécessité d’y ajouter une interdiction de commercialisation.
Ces critiques concernent-elles uniquement le Sahara Marocain ?
Non, elles couvrent aussi Ceuta et Melilla, l’histoire andalouse, les ports marocains, le dossier Sidi Ifni et le traitement interne des journalistes marocains.