Sept sociétés seront présentes, dont trois poids lourds du secteur : Israel Aerospace Industries (IAI), Elbit Systems et Rafael Advanced Defense Systems, rejoints par XTEND, Shilat, UVision et Orbit Technologies. Pour un observateur du secteur, ce chiffre n’est pas anecdotique : il marque une étape dans une coopération militaire qui, depuis 2020, progresse plus vite que sa traduction diplomatique.
Une présence qui reflète un partenariat déjà mûr
La participation israélienne au salon marocain ne surgit pas de nulle part. Rabat et Tel-Aviv ont construit, année après année, une coopération militaire structurée depuis la reprise des relations officielles fin 2020. En janvier dernier, la troisième réunion de la Commission militaire conjointe, tenue à Tel-Aviv, a débouché sur un programme de travail annuel incluant rencontres professionnelles et visites d’unités et d’industries de défense israéliennes. C’est dans ce cadre que s’inscrit Marrakech : moins un coup d’éclat qu’une étape logique.
Sur le plan des équipements, le catalogue exposé donne la mesure de l’ambition israélienne sur ce marché. IAI présentera son système de défense aérienne Barak, le missile de précision LORA, le drone Heron MK II, la technologie de combat collaboratif OPAL ainsi que des solutions de communication satellite. Elbit Systems mettra en avant le système d’artillerie PULS, des technologies électro-optiques, des kits de guidage et plusieurs familles de drones. Rafael et les quatre autres sociétés complètent un dispositif qui couvre l’essentiel du spectre des besoins d’une armée en modernisation.
Un contexte diplomatique qui accélère la dynamique
Cette présence industrielle intervient alors que la relation bilatérale change de nature. Le 16 septembre, à New York, le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita et son homologue israélien Gideon Sa’ar ont convenu d’élever les bureaux de liaison des deux pays au rang d’ambassades et de procéder à l’échange d’ambassadeurs. La réunion, trilatérale, s’est tenue en présence des États-Unis, rappelant que Washington reste un acteur structurant de ce rapprochement plutôt qu’un simple témoin.
Ce décalage entre l’intensité de la coopération militaire et le niveau, jusqu’ici modeste, de la représentation diplomatique n’est pas passé inaperçu des observateurs de la relation maroco-israélienne. Il se referme aujourd’hui, et Marrakech en sera l’une des premières illustrations concrètes.
Du transfert de technologie à l’ancrage industriel
Ce qui distingue la présence israélienne d’une simple opération commerciale, c’est son ambition industrielle. IAI a d’ores et déjà annoncé vouloir profiter du salon pour approfondir la coopération locale, chercher des partenariats industriels et favoriser les transferts de technologies avec ses homologues marocains et régionaux. Cette orientation n’est pas nouvelle : dès 2022, le ministère marocain de l’Industrie et du Commerce avait signé avec IAI un protocole d’accord portant sur la fabrication de composants et d’aérostructures, l’impression 3D, les pièces de moteurs, ainsi que la création d’un centre d’ingénierie et de recherche-développement et d’un réseau de fournisseurs locaux. Rabat avait alors qualifié cet accord de « partenariat stratégique », une formule qui prend aujourd’hui tout son sens.
Cette logique s’inscrit dans une stratégie marocaine plus large : compléter la modernisation des forces armées royales par le développement d’une base industrielle nationale, capable d’intégrer production locale, maintenance, ingénierie et recherche. L’implantation du groupe indien Tata Advanced Systems à Berrechid, la présence croissante d’entreprises turques et le maintien d’une position solide des industriels français témoignent de cette diversification. Les sociétés israéliennes, elles, sont progressivement passées d’un rôle de simple fournisseur à celui de partenaire industriel.
Le Maroc, premier importateur d’armes du continent
Les chiffres publiés par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) donnent la mesure du repositionnement en cours. Selon les dernières données disponibles, portant sur la période 2021-2025 :
- Le Maroc a été le premier importateur africain de systèmes d’armement majeurs sur cette période, avec des acquisitions en hausse de 12 % par rapport aux cinq années précédentes
- Les États-Unis restent de loin le premier fournisseur, avec environ 60 % des importations marocaines
- Israël se hisse à la deuxième place, avec environ 24 % des importations, contre environ 11 % sur la période 2020-2024 selon le même institut
- La France conserve une part d’environ 10 %
Cette comparaison entre deux périodes quinquennales qui se chevauchent partiellement appelle une lecture prudente. Elle n’en dessine pas moins une tendance nette : la part israélienne sur le marché marocain de l’armement a plus que doublé en quelques années, sans que cela se fasse au détriment des partenaires historiques de Rabat.
Washington et Paris toujours en première ligne
Il serait erroné de lire cette progression israélienne comme un basculement stratégique du Maroc. Les États-Unis demeurent, et de très loin, le premier partenaire militaire du Royaume, une relation antérieure de plusieurs décennies au rapprochement avec Israël et qui a d’ailleurs accompagné, voire facilité, le processus engagé en 2020. La France conserve elle aussi une présence significative, tant dans les acquisitions d’équipements que dans l’écosystème industriel aéronautique marocain.
Ce qui a changé, ce n’est donc pas la hiérarchie des grands fournisseurs, mais l’élargissement de l’éventail des options dont dispose Rabat. Israël, la Turquie et l’Inde occupent aujourd’hui une place plus importante qu’il y a cinq ans, dans une logique de diversification assumée plutôt que de substitution.
Marrakech, vitrine d’une ambition industrielle régionale
La dimension géographique de cette stratégie mérite d’être soulignée. Le Maroc se trouve à la charnière entre l’Europe, la Méditerranée, l’Atlantique et l’Afrique de l’Ouest, une position renforcée par deux décennies d’investissements dans les infrastructures industrielles et logistiques. Les pôles de Benslimane, Benguerir et Berrechid, ainsi que l’axe industriel Casablanca-Rabat, concentrent une part croissante des projets liés à la défense.
Pour les industriels étrangers, le marché marocain offre ainsi une double proposition : répondre aux besoins de modernisation des forces armées royales, et utiliser le Royaume comme base de production à rayonnement régional. C’est précisément ce second aspect qu’IAI met en avant lorsqu’elle évoque une coopération avec ses partenaires « marocains et régionaux » — une formulation qui, venant d’une entreprise déjà engagée industriellement au Maroc depuis 2022, ne relève pas de la simple rhétorique commerciale.
Une relation à suivre au-delà du salon
Le rendez-vous d’octobre à Marrakech dépasse donc la simple exposition de matériel militaire. Il illustre la manière dont la relation maroco-israélienne s’est construite, ces dernières années, sur des bases industrielles et sécuritaires solides, avant même que sa dimension diplomatique ne rattrape ce rythme. La décision du 16 septembre d’échanger des ambassadeurs vient combler ce décalage, avec le soutien actif de Washington.
Reste à observer comment cette dynamique évoluera dans les mois qui suivent le salon : quels accords industriels concrets en découleront, et si la part israélienne dans les importations marocaines continuera de progresser au même rythme que ces dernières années.
FAQ
Combien d’entreprises israéliennes participent au salon de Marrakech ?
Sept entreprises seront présentes, dont IAI, Elbit Systems et Rafael Advanced Defense Systems, aux côtés de XTEND, Shilat, UVision et Orbit Technologies.
Le Maroc et Israël ont-ils déjà des accords industriels dans la défense ?
Oui, un protocole d’accord existe depuis 2022 entre IAI et le ministère marocain de l’Industrie et du Commerce, portant sur la fabrication de composants et les transferts de technologies.
Israël est-il devenu le principal fournisseur d’armes du Maroc ?
Non. Les États-Unis restent largement en tête avec environ 60 % des importations marocaines ; Israël occupe la deuxième place avec environ 24 %.
Pourquoi le Maroc et Israël échangent-ils désormais des ambassadeurs ?
Cette décision, annoncée le 16 septembre à New York, fait suite à plusieurs mois de négociations menées avec le soutien des États-Unis, portant sur la défense, l’investissement et la coopération économique.