Au terme des huit premiers mois de 2026, 66 277 nouvelles entités ont été immatriculées au registre du commerce. Ce volume, qui prolonge une progression déjà visible à la fin juillet (environ 60 900 créations), intervient dans un contexte où le pays cherche à renforcer la contribution du secteur privé à la croissance et à l’emploi.
- Une accélération dans un cadre de simplification administrative
- Chiffres clés de la création d’entreprises (janvier-août 2026)
- Les ambitions du nouveau gouvernement et le rôle du privé
- Infrastructures, événementiel et effet d’entraînement
- Enjeux de pérennité, de territorialité et de qualité de l’emploi
- Perspectives ouvertes
- FAQ
Ces immatriculations se répartissent entre 49 897 entreprises constituées en société et 16 380 entreprises individuelles. Les formes juridiques confirment une préférence marquée pour la simplicité : les sociétés à responsabilité limitée unipersonnelles (SARL AU) représentent 65 % des nouvelles sociétés, les autres SARL 33,8 %. Cette structure reflète souvent des projets de taille modeste, portés par des entrepreneurs individuels ou de petites équipes, plutôt que des structures capitalistiques lourdes.
La concentration territoriale reste forte. Pour les sociétés, Casablanca-Settat concentre 39,3 % des immatriculations, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (14,4 %), Marrakech-Safi (12,3 %) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (10,8 %). Ensemble, ces quatre régions totalisent 76,8 % des nouvelles sociétés. Du côté des entreprises individuelles, Tanger-Tétouan-Al Hoceima arrive en tête (20,5 %), devant Casablanca-Settat (13,3 %) et la région de l’Oriental (10,7 %). Cette géographie souligne à la fois l’attrait des grands pôles économiques et logistiques et la persistance de disparités régionales.
Sur le plan sectoriel, le commerce domine parmi les nouvelles sociétés (27,21 %), suivi du bâtiment, des travaux publics et des activités immobilières (25,25 %), des services divers (20,04 %), des transports (7,68 %) et de l’industrie (6,34 %). L’OMPIC a par ailleurs délivré 85 351 certificats de nom commercial sur la période, étape préalable à de nombreuses immatriculations.
Une accélération dans un cadre de simplification administrative
La dynamique observée s’inscrit dans un effort de modernisation des procédures. La plateforme électronique de création et d’accompagnement des entreprises, généralisée après une phase pilote, a permis depuis son déploiement plus de 50 300 créations. En 2026, la voie électronique représente 44 % des créations totales, avec des taux dépassant 70 % dans plusieurs villes. Les délais moyens pour un dossier complet se situent autour de trois jours, parfois moins de 24 heures. Cette dématérialisation, associée aux certificats de nom commercial délivrés rapidement, réduit certaines frictions administratives sans pour autant résoudre l’ensemble des obstacles à la survie et au développement des entreprises.
Ces volumes de création ne constituent pas, en eux-mêmes, un indicateur de vitalité économique durable. Ils signalent toutefois un accès facilité à la formalisation et une réponse à des besoins d’activité, notamment dans le commerce et les services de proximité. Le défi consiste à transformer une partie de ces créations en entreprises pérennes, capables de générer de l’emploi formel et de contribuer à la valeur ajoutée.
Chiffres clés de la création d’entreprises (janvier-août 2026)
- 66 277 nouvelles entreprises immatriculées, dont 49 897 sociétés et 16 380 entreprises individuelles.
- SARL unipersonnelles : 65 % des nouvelles sociétés ; autres SARL : 33,8 %.
- Quatre régions (Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Marrakech-Safi, Tanger-Tétouan-Al Hoceima) concentrent 76,8 % des nouvelles sociétés.
- Secteurs principaux des sociétés : commerce (27,21 %), BTP et immobilier (25,25 %), services divers (20,04 %).
- 85 351 certificats de nom commercial délivrés.
- Voie électronique : 44 % des créations en 2026.
Les ambitions du nouveau gouvernement et le rôle du privé
Ces chiffres prennent une résonance particulière au moment où le nouveau gouvernement, dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri, présente ses orientations. Le 19 octobre 2026, devant le Parlement, la cheffe du gouvernement a exposé un objectif de croissance annuelle moyenne de 5 % entre 2027 et 2031, ainsi que l’ambition de porter la contribution du secteur privé aux deux tiers de l’investissement national. Cette trajectoire s’accompagne d’objectifs de discipline budgétaire (déficit contenu autour de 3 % du PIB, dette publique ramenée vers 62 % du PIB à l’horizon 2031) et de mesures destinées à renforcer le tissu productif.
El Mansouri a rappelé les atouts structurels du Maroc : proximité des marchés européens, partenariats africains, façade atlantique, infrastructures existantes et base industrielle. L’enjeu, selon elle, consiste à convertir ces avantages en progrès vers un statut de puissance économique émergente, tout en renforçant la justice sociale. Parmi les leviers évoqués figurent le déploiement de la Charte de l’investissement, l’accompagnement des centres régionaux d’investissement, le Fonds d’investissement Mohammed VI, ainsi qu’un accès amélioré des très petites, petites et moyennes entreprises au financement et à la commande publique. Une disposition prévoit notamment de réserver au moins 30 % de la valeur des marchés publics aux micro, petites et moyennes entreprises marocaines.
Ces orientations répondent en partie aux observations formulées par le Fonds monétaire international dans ses évaluations. L’institution a appelé à un secteur privé plus dynamique, à une concurrence accrue et à des réformes du marché du travail, tout en saluant les dispositifs de soutien aux petites entreprises, aux jeunes pousses et aux opportunités d’emploi pour les jeunes et les femmes. La création d’emplois durables demeure un point de vigilance central, car les volumes de créations d’entreprises ne se traduisent pas automatiquement en postes formels et stables.
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Infrastructures, événementiel et effet d’entraînement
Un autre facteur de contexte est l’accélération des investissements d’infrastructure liée à la co-organisation de la Coupe du Monde de la FIFA 2030. Le FMI a analysé un programme d’investissements publics dans la connectivité et le tourisme estimé à environ 12 % du PIB de 2024 sur la période 2024-2030, portant notamment sur les réseaux ferroviaires, les aéroports, les routes, les stades et les infrastructures urbaines. Ces dépenses, largement portées par des entreprises publiques et des ressources domestiques, peuvent générer de l’activité et de l’emploi à court et moyen terme, notamment dans le BTP et les services associés. Elles constituent également un test de la capacité du pays à mobiliser des investissements productifs au-delà de l’horizon de l’événement.
La forte présence du BTP et de l’immobilier dans les nouvelles créations d’entreprises peut s’interpréter, en partie, comme une réponse à ces chantiers. De même, le commerce et les services bénéficient de la demande générée par les projets et, potentiellement, par l’afflux de visiteurs. L’effet d’entraînement sur l’industrie et les activités à plus forte valeur ajoutée reste toutefois plus limité dans les statistiques actuelles de création.
Enjeux de pérennité, de territorialité et de qualité de l’emploi
La concentration géographique des créations pose la question de la diffusion des opportunités. Les régions qui captent l’essentiel des sociétés disposent d’écosystèmes plus denses (services aux entreprises, financements, marchés). Les entreprises individuelles, plus nombreuses dans certaines zones comme Tanger ou l’Oriental, correspondent souvent à des activités de survie ou de proximité, dont la transformation en structures plus solides nécessite un accompagnement ciblé.
La prédominance des SARL unipersonnelles et des secteurs de commerce et de services indique une dynamique entrepreneuriale réelle, mais aussi un profil d’entreprises souvent petites, peu capitalisées et exposées aux aléas conjoncturels. Les dispositifs de la Charte d’investissement, des centres régionaux et du Fonds Mohammed VI visent précisément à apporter un soutien financier et technique aux micro, petites et moyennes entreprises. Leur efficacité se mesurera à la capacité de ces structures à croître, à exporter ou à intégrer des chaînes de valeur plus complexes, plutôt qu’à rester dans une logique de création pure.
Les réformes du marché du travail et le renforcement de la concurrence, évoqués par le FMI, apparaissent comme des conditions complémentaires. Sans une meilleure allocation des ressources et une réduction des freins à l’embauche formelle, une partie des créations risque de rester dans l’informel ou de générer des emplois précaires. Les initiatives en faveur des jeunes et des femmes constituent un axe pertinent, mais leur impact dépendra de la qualité de l’accompagnement et de l’accès effectif aux marchés.
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Perspectives ouvertes
Les 66 277 créations des huit premiers mois de 2026 confirment une capacité d’initiative entrepreneuriale et une amélioration des procédures administratives. Elles s’inscrivent dans un cadre politique qui place explicitement le secteur privé au cœur de la stratégie de croissance. La combinaison des investissements d’infrastructure liés à 2030, des mécanismes de soutien aux PME et de l’objectif de porter le privé aux deux tiers de l’investissement national offre un horizon de demande et de financement.
Reste à observer si cette dynamique de création se traduit par une amélioration durable de la productivité, de l’emploi formel et de la résilience des entreprises. Les prochains bilans de l’OMPIC, les données sur la survie des sociétés et les indicateurs d’emploi permettront d’apprécier si l’accélération observée dépasse le stade de la formalisation pour contribuer effectivement à la trajectoire de croissance et de justice sociale affichée par les autorités.
FAQ
Combien d’entreprises ont été créées au Maroc au cours des huit premiers mois de 2026 ?
Selon l’OMPIC, 66 277 nouvelles entreprises ont été immatriculées, dont 49 897 sociétés et 16 380 entreprises individuelles.
Quelles régions concentrent le plus de créations de sociétés ?
Casablanca-Settat (39,3 %), Rabat-Salé-Kénitra (14,4 %), Marrakech-Safi (12,3 %) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (10,8 %), soit 76,8 % du total des nouvelles sociétés.
Quel est l’objectif de croissance affiché par le gouvernement El Mansouri ?
Une croissance annuelle moyenne de 5 % entre 2027 et 2031, avec l’ambition de porter la part du secteur privé aux deux tiers de l’investissement national.
La création électronique représente-t-elle une part importante des nouvelles entreprises ?
Oui, 44 % des créations en 2026 se font par voie électronique, via une plateforme qui a déjà permis plus de 50 300 immatriculations depuis son déploiement.