L’idée était simple : organiser des compétitions pour valoriser les métiers manuels et techniques, attirer les jeunes et élever le niveau des formations. Ce qui a commencé comme un événement entre quelques pays européens est devenu un mouvement mondial. Aujourd’hui, l’organisation regroupe plus de 80 pays et régions membres et touche deux tiers de la population mondiale.
En France, on parle de la Compétition des métiers WorldSkills (ou Olympiades des métiers). Le parcours est progressif et structuré. On commence par des sélections régionales, puis on vise la finale nationale (la dernière a eu lieu à Marseille en octobre 2025 avec environ 800 compétiteurs dans près de 70 métiers), avant de potentiellement intégrer l’équipe de France pour le mondial ou les EuroSkills. La participation est gratuite. Les frais de transport, hébergement et restauration sont pris en charge par les Régions jusqu’au national, puis par WorldSkills France.
L’objectif n’est pas seulement de gagner des médailles. C’est aussi de montrer aux jeunes qu’il existe des voies d’excellence en dehors des parcours purement académiques, et de donner aux entreprises et aux formateurs des références concrètes de niveau mondial.
La cybersécurité : red team, blue team et pression maximale
La cybersécurité est officiellement le métier n°54 de WorldSkills. Les compétiteurs y travaillent généralement en binôme. Les épreuves reproduisent des situations réelles d’entreprise et se déroulent souvent sans accès à Internet, pour forcer l’autonomie, la maîtrise technique et la capacité à travailler sous stress.
D’après les référentiels français et internationaux, on retrouve typiquement quatre grands modules sur plusieurs jours :
- Déploiement et sécurisation d’infrastructures : les binômes doivent mettre en place et durcir (hardening) des serveurs Windows et Linux, configurer des pare-feu, des tunnels VPN, des services et des annuaires selon les bonnes pratiques des constructeurs. Pas de place pour l’improvisation : il faut appliquer des standards de sécurité concrets.
- Capture the Flag (CTF) / Red Team : c’est la partie la plus « hacking ». Énumération des systèmes, attaques web (XSS, injections SQL, failles logiques, vulnérabilités OWASP), attaques sur bases de données, élévation de privilèges sur Windows et Linux, cryptographie et stéganographie. Les compétiteurs doivent trouver des flags tout en documentant leurs actions.
- Incident Response, Forensic et sécurité applicative : après une compromission simulée, il faut investiguer. Analyser les méthodes des attaquants, reconstruire une timeline, identifier des malwares, nettoyer les systèmes et proposer des correctifs. Une partie porte aussi sur la revue de code : trouver les parties vulnérables, expliquer les failles et proposer des remédiations.
- Cyberdéfense (Blue Team) : détection et blocage d’attaques via SIEM, NGFW (pare-feu nouvelle génération) et analyse de trafic. Les binômes doivent réagir en temps réel à des scénarios d’attaque générés.
On y trouve donc du pentest, du forensic, de la défense et de la sécurisation. Ce n’est pas un CTF « fun » de weekend entre amis. C’est une épreuve chronométrée, notée sur des critères professionnels, avec des scénarios proches du terrain et des exigences de restitution (rapports techniques, timeline, recommandations).
Les connaissances théoriques attendues tournent autour de certifications comme le CEH, OSCP, Security+, CCNA Security ou équivalents, plus des compétences en scripting (Python, Bash, PowerShell) et en sécurisation de code (PHP, JavaScript, Python, etc.).
Le parcours français : de Marseille à Shanghai
En octobre 2025, au Parc Chanot de Marseille, le duo Mahel Brossier et Rayan Bouyaiche (Île-de-France) a décroché l’or national en cybersécurité. Formés notamment à l’École 2600 et chez Quarkslab, ils ont ensuite représenté la France à Shanghai en septembre 2026. Ils y ont terminé 6e avec une Médaille d’Excellence (721 points).
Mahel Brossier, originaire de Jaunay-Marigny, raconte une compétition exigeante où le mental a joué un rôle clé. Après un premier jour difficile où il a eu du mal à rentrer dans l’épreuve, le binôme a réussi à remonter grâce à la complémentarité de leurs compétences. Au-delà du classement, il retient surtout l’intensité, les rencontres et le fait d’avoir vécu « un pur one-shot ». Leur parcours montre qu’on peut arriver d’une formation initiale classique (BTS Services informatiques aux organisations en alternance, puis école spécialisée) et viser le niveau mondial avec de la préparation intensive, des stages de performance et un vrai travail d’équipe.
D’autres jeunes passent aussi par ce chemin. Des étudiants en Mastère ou en alternance racontent des épreuves sur plateforme Root-Me, des journées entières de reconnaissance, d’exploitation et de forensic, et l’importance de s’entraîner en binôme avec des simulations chronométrées.
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Comment se préparer et participer
L’inscription se fait via la plateforme de WorldSkills France. Il faut avoir moins de 23 ans au moment de la compétition mondiale suivante (certaines disciplines, dont la cybersécurité, acceptent jusqu’à 26 ans). On s’inscrit aux sélections régionales de sa région de résidence, de formation ou d’emploi. Il existe aussi un parcours « Parcours + » pour les personnes en situation de handicap, sans limite d’âge.
La préparation demande du temps. Les compétiteurs qui performent parlent d’entraînements réguliers sur des plateformes de CTF, de revue de code, de scénarios de forensic et de travail en binôme. Les experts nationaux et les centres d’excellence accompagnent ceux qui montent en niveau. Ce n’est pas réservé aux profils déjà très avancés : beaucoup commencent par des sélections régionales pour progresser.
Pourquoi c’est important au-delà des médailles
La demande en profils cybersécurité est énorme, et elle continue de croître. WorldSkills offre un cadre structuré pour progresser très vite, se mesurer aux meilleurs, se faire remarquer par des entreprises et valoriser un métier parfois mal compris du grand public. C’est aussi un excellent levier d’orientation et de motivation pour des jeunes qui aiment le challenge technique plutôt que les parcours purement théoriques.
Dans un monde où les attaques se multiplient et où les entreprises manquent de compétences, ce type de compétition montre concrètement ce que signifie « être bon » en cybersécurité : pas seulement casser des systèmes, mais aussi les sécuriser, investiguer, documenter et travailler en équipe sous pression.
WorldSkills n’est pas « le mondial du hacking » au sens strict — c’est le mondial des métiers. Mais dans sa discipline cybersécurité, c’est bel et bien l’une des compétitions les plus exigeantes et les plus proches du réel pour le hacking éthique. Si vous avez l’âge, que vous aimez casser des systèmes pour mieux les protéger et que vous voulez vous mesurer aux meilleurs, les prochaines sélections régionales sont ouvertes. Le niveau monte vite. Autant commencer tôt.