L’annonce est tombée mardi 3 novembre, sobrement, via un message de l’ambassade des États-Unis à Rabat. Les Forces royales air ont pris part à l’International Week 2026 de l’Académie de l’U.S. Air Force, à Colorado Springs, aux côtés de délégations venues de dix-huit pays alliés et partenaires. Rien d’un coup d’éclat médiatique, plutôt une confirmation de routine dans un calendrier déjà dense de coopération. Pourtant, dans le bassin méditerranéen, où les équilibres militaires se redessinent, ce type d’échange entre futures élites aériennes mérite d’être replacé dans son contexte.
L’International Week est un programme annuel organisé à l’Académie de Colorado Springs. Il réunit cadets et officiers d’académies militaires étrangères pour des échanges culturels, des partages d’expérience et des activités professionnelles. L’objectif affiché est de favoriser la connaissance mutuelle et de tisser des liens entre futurs responsables. La délégation marocaine a, selon l’ambassade américaine, rencontré les cadets et le corps enseignant dans ce cadre. L’événement a aussi servi à rappeler près de deux cent cinquante ans de relations bilatérales et les liens sécuritaires appelés à les prolonger.
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Près de deux cent cinquante ans d’une relation particulière
Le chiffre de deux cent cinquante ans n’est pas une approximation diplomatique. En décembre 1777, le sultan Mohammed III a reconnu l’indépendance des États-Unis, devenant le premier chef d’État à le faire. Le Traité de paix et d’amitié, signé à Marrakech en 1786 et ratifié par le Congrès américain en 1787, constitue le premier traité conclu par les États-Unis avec un État non européen. Il reste, selon les formulations américaines récurrentes, le plus long traité ininterrompu de l’histoire des États-Unis.
Cette continuité historique a pris une dimension militaire plus structurée au tournant des années 2000. En 2004, Washington a désigné le Maroc comme allié majeur non membre de l’Otan, un statut qui facilite l’accès à certains équipements, formations et programmes de coopération. Depuis, les exercices conjoints se sont multipliés, African Lion en tête. L’édition 2026 a notamment vu des B-52 américains opérer aux côtés de F-16 marocains et le lancement d’un premier cours national de contrôleurs aériens avancés (JTAC).
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Ce que l’International Week ne dit pas, et ce qu’il confirme
L’International Week n’est pas un exercice opérationnel. C’est un outil de soft power militaire, destiné à créer des réseaux entre futurs officiers. Pour les Forces royales air, y participer s’inscrit dans une logique déjà visible ailleurs : modernisation de la flotte, interopérabilité croissante et accès à des formations avancées. Les livraisons récentes d’hélicoptères AH-64E Apache (dix-neuf appareils reçus sur vingt-quatre commandés) et la progression des F-16 Block 72 en sont des illustrations concrètes. Au salon de Marrakech en octobre 2026, des F-35 américains ont évolué avec des appareils marocains, signal fort même si aucune vente n’est formellement engagée.
Cette présence à Colorado Springs arrive quelques mois après la signature, en avril 2026, d’une nouvelle feuille de route de coopération de défense 2026-2036. Le document structure les priorités de la décennie : exercices élargis, capacités multidomain, coopération industrielle. Dans un contexte où plusieurs pays du Sahel se sont éloignés de partenaires occidentaux traditionnels, le Maroc conserve une position de partenaire stable sur la façade atlantique et méditerranéenne.
- Près de 250 ans de relations formalisées par le traité de 1786
- Statut d’allié majeur non-Otan depuis 2004
- Feuille de route de défense 2026-2036 signée en avril 2026
- African Lion : exercice annuel majeur coorganisé avec les FAR
- Modernisation aérienne en cours (F-16 Block 72, AH-64E Apache)
Enjeux dans le bassin méditerranéen
Le Maroc n’est pas un membre de l’Otan, mais sa position géographique et sa capacité à accueillir des exercices de grande ampleur en font un acteur utile pour les États-Unis en Afrique du Nord et dans le Sahel. Les enjeux ne se limitent pas au contre-terrorisme. Ils touchent aussi à la surveillance des routes maritimes, à la maîtrise de l’espace aérien et à la possibilité de projections rapides. Pour Rabat, ces échanges renforcent l’interopérabilité avec un partenaire majeur tout en maintenant une autonomie stratégique affirmée.
Il serait excessif de lire dans cette semaine d’échanges un tournant. Il s’agit plutôt d’un maillon parmi d’autres d’un partenariat déjà dense. Les critiques, lorsqu’elles existent, portent davantage sur le coût de la modernisation ou sur les arbitrages régionaux que sur le principe même de la coopération avec Washington. Côté américain, le Maroc est régulièrement présenté comme un partenaire fiable, capable d’accueillir des activités de grande envergure.
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FAQ
Qu’est-ce que l’International Week de l’Académie de l’U.S. Air Force ?
Un programme annuel d’échanges qui accueille des délégations d’académies militaires étrangères pour des activités culturelles et professionnelles à Colorado Springs.
Pourquoi parle-t-on de près de 250 ans de relations ?
Parce que le Maroc a reconnu l’indépendance américaine en 1777 et signé avec les États-Unis, en 1786, un traité de paix et d’amitié toujours en vigueur dans sa forme renouvelée.
Cette participation signifie-t-elle l’achat prochain de F-35 ?
Non. Aucune vente n’a été annoncée. Elle s’inscrit dans un cadre plus large de coopération et de formation déjà existant.
Quel est le statut du Maroc vis-à-vis des États-Unis en matière de défense ?
Allié majeur non membre de l’Otan depuis 2004, avec une feuille de route de coopération de défense renouvelée pour la période 2026-2036.