Seules des améliorations de sécurité, essentiellement l’installation du système Auto-GCAS, seraient désormais envisagées. Cette indication, non confirmée officiellement à ce stade, intervient alors que le premier des 25 F-16 Block 72 neufs a effectué son premier vol le 6 octobre depuis l’usine Lockheed Martin de Greenville (Caroline du Sud).
Un programme de 2019 qui change de trajectoire
En mars 2019, l’agence américaine DSCA (Defense Security Cooperation Agency) notifiait au Congrès deux demandes marocaines distinctes. La première portait sur 25 F-16C/D Block 72 neufs, estimés à 3,787 milliards de dollars. La seconde concernait la modernisation des 23 F-16 Block 52+ déjà en service, pour 985,2 millions de dollars. Ce second volet incluait notamment des radars AESA AN/APG-83, des calculateurs de mission modernisés, des liaisons Link 16, des systèmes d’identification ami/ennemi avancés et d’autres équipements destinés à rapprocher les appareils anciens des futurs Block 72.
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Selon la source des FRA citée par EDR, cette transformation complète ne serait plus jugée utile. L’argument avancé est simple : les nouveaux appareils, équipés du radar AESA AN/APG-83 et de missiles air-air à longue portée (AIM-120C-8, version d’export de l’AIM-120D, portée annoncée autour de 180 km), offrent déjà un saut capacitaire.
Les travaux importants sur les Block 52+ se limiteraient donc à l’Auto-GCAS (Automatic Ground Collision Avoidance System). Ce système peut reprendre le contrôle de l’avion pour éviter un impact au sol lorsque le pilote perd connaissance sous l’effet des accélérations (G-LOC). Il s’agit d’une amélioration de sécurité reconnue, mais pas d’une modernisation de combat.
Cette information contraste avec les hypothèses encore répandues dans la presse spécialisée et les annonces industrielles antérieures, qui traitaient le passage au standard Viper comme acquis. Elle n’a pas, à ma connaissance, fait l’objet d’une confirmation ou d’un démenti officiel marocain ou américain. Elle mérite donc d’être traitée avec prudence, tout en étant suffisamment précise pour justifier un examen attentif.
Les nouveaux Block 72 avancent
Le programme d’acquisition neuve, lui, progresse. Le premier exemplaire, un F-16D biplace portant le numéro 8041 et motorisé par un Pratt & Whitney F100-PW-229 (même famille que les Block 52+ existants), a volé le 6 octobre 2026 depuis Greenville. C’est le premier appareil neuf de cette configuration Block 72 à prendre l’air. Lockheed Martin a indiqué que les essais se poursuivent avant livraison. Selon les sources recueillies par EDR au salon de Marrakech, les premières livraisons pourraient intervenir entre fin 2027 et début 2028.
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Deux options de déploiement sont évoquées. Soit les Block 72 remplacent les Mirage F1 des escadrons de Sidi Slimane, soit ils rejoignent la base de Ben Guerir, où stationnent actuellement les F-16 Block 52+ (trois escadrons : « Viper » pour les missions opérationnelles, « Falcon » pour l’entraînement, « Spark » pour le renseignement/reconnaissance/guerre électronique). Dans ce second scénario, les anciens chasseurs pourraient être transférés à Sidi Slimane. Cette question d’affectation n’est pas anodine : elle détermine la répartition des capacités entre les bases et la manière dont les FRA géreront une flotte hétérogène.
Chiffres et calendrier clés du programme F-16 marocain
- 2019 : notification DSCA de 25 F-16 Block 72 neufs (estimation 3,787 Md$) et modernisation de 23 Block 52+ (estimation 985,2 M$).
- 6 octobre 2026 : premier vol du F-16D n° 8041 (Block 72) à Greenville.
- Fin 2027 – début 2028 : fenêtre de livraisons évoquée pour les premiers Block 72 (sources EDR/Marrakech).
- Flotte existante : 23 F-16 Block 52+ basés à Ben Guerir (trois escadrons).
- Travaux restants sur les anciens : principalement Auto-GCAS, selon sources FRA via EDR.
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Enjeux stratégiques et logistiques
Pourquoi ce sujet compte-t-il au-delà du seul cadre technique ? Le Maroc modernise son aviation de combat dans un contexte régional marqué par la rivalité avec l’Algérie. Alger dispose d’une flotte numériquement supérieure, centrée sur des Su-30MKA, et a commencé à recevoir des Su-35 tout en étant associée à des livraisons ou intentions concernant le Su-57 (chasseur de cinquième génération). Rabat, allié majeur non-OTAN des États-Unis, mise sur la qualité, l’interopérabilité et l’intégration dans des réseaux occidentaux. Les F-16, avec leurs radars AESA, missiles longue portée et systèmes de guerre électronique, constituent le cœur de cette réponse.
Renoncer à porter les 23 Block 52+ au même niveau que les nouveaux appareils crée une flotte à deux vitesses. Les Block 72 apporteront le radar AESA, une avionique modernisée et des missiles plus performants. Les anciens resteront utiles pour des missions moins exigeantes ou en complément, mais leur détection, leur fusion de données et leur portée d’engagement resteront inférieures. Cela complique la formation des équipages, la gestion des pièces et la planification opérationnelle. L’argument des sources FRA – « inutile puisque les nouveaux arrivent avec de meilleurs missiles » – est rationnel d’un point de vue capacitaire immédiat, mais il laisse ouverte la question de la durée de vie utile et de la cohérence de la flotte à l’horizon 2030-2035.
Sur le plan budgétaire et industriel, la non-réalisation du volet de 985,2 millions de dollars libère des ressources ou évite des coûts. Elle interroge aussi les projets de maintenance lourde et de modernisation locale (notamment le centre de Benslimane développé avec Lockheed Martin et des partenaires). Ces installations peuvent encore servir au soutien des Block 72 et des Block 52+, même sans upgrade complet. La logique marocaine de souveraineté industrielle partielle n’est pas nécessairement remise en cause, mais elle s’ajuste.
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D’un point de vue américain, le Maroc reste un client important et un partenaire de coalition (participation antérieure à des opérations contre l’État islamique). L’abandon partiel d’un programme notifié en 2019 n’est pas exceptionnel dans les ventes militaires étrangères : les quantités et les contenus évoluent souvent après la notification DSCA. Cela n’altère pas le cœur du contrat sur les 25 appareils neufs.
La décision, si elle se confirme, marque un ajustement pragmatique plutôt qu’un revirement spectaculaire. Elle ne remet pas en cause l’acquisition des 25 Block 72, qui constitueront le fer de lance de l’aviation de combat marocaine à l’horizon de la fin de la décennie. Elle souligne en revanche que les programmes d’armement majeurs restent évolutifs, soumis à des arbitrages capacitaires, budgétaires et industriels. La suite dépendra des confirmations officielles, de l’arrivée effective des premiers Block 72 et de la manière dont les FRA organiseront l’emploi des deux générations d’appareils côte à côte.
FAQ
Les 23 F-16 Block 52+ vont-ils être retirés du service ?
Non. Selon les informations disponibles, ils restent en service. Seule une modernisation complète au standard Viper ne serait plus prévue ; des travaux de sécurité (Auto-GCAS) sont évoqués.
Quand les premiers F-16 Block 72 arriveront-ils au Maroc ?
D’après les sources recueillies par EDR Magazine au Marrakech Airshow, entre fin 2027 et début 2028. Aucune date officielle ferme n’a été communiquée par Lockheed Martin ou les autorités marocaines.
Pourquoi abandonner l’upgrade des anciens appareils ?
Selon une source des FRA citée par EDR, cela n’aurait plus de sens puisque les nouveaux Block 72 apportent le radar AESA et des missiles air-air à plus longue portée. Cette affirmation n’a pas été confirmée officiellement.
Quel est le coût des programmes notifiés en 2019 ?
3,787 milliards de dollars estimés pour les 25 Block 72 neufs et 985,2 millions de dollars pour la modernisation des 23 Block 52+, selon les notifications DSCA de mars 2019. Les montants définitifs peuvent différer.