Cette bascule, publiée ce 27 octobre 2026, n’est pas un simple reclassement statistique. Elle traduit des années d’industrialisation ciblée, de diversification des exportations et d’investissements en infrastructures qui ont permis au Maroc de croître plus vite que la première économie africaine, tout en consolidant sa stabilité macroéconomique.
En parcourant les classements d’attractivité, on observe souvent que les économies plus petites et mieux gérées l’emportent sur les géants confrontés à des goulets d’étranglement structurels. Ici, le mouvement confirme cette logique. Les Seychelles, Maurice et l’Égypte conservent les trois premières places pour la troisième année consécutive. Le Maroc passe devant l’Afrique du Sud, qui recule d’une place malgré ses marchés financiers profonds, une sécurité énergétique en amélioration et un élan de réformes.
Un classement fondé sur vingt indicateurs
Rand Merchant Bank évalue 31 pays représentant l’essentiel du PIB, de la population et de la superficie du continent. Vingt métriques sont regroupées en quatre piliers : performance et potentiel économiques, accessibilité des marchés et innovation, climat d’investissement, développement social et humain. L’approche privilégie des fondamentaux structurels plutôt que des fluctuations de court terme.
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Le rapport souligne que l’amélioration du Maroc reflète « des années d’industrialisation réussie, de diversification des exportations et d’investissement en infrastructures ». Il ajoute que le pays « est devenu l’un des principaux hubs manufacturiers d’Afrique, notamment dans la production automobile, tout en maintenant une stabilité macroéconomique et en attirant des investissements directs étrangers substantiels ». L’économie marocaine a progressé de 4,9 % en 2025, contre 1,1 % pour l’Afrique du Sud, dont la base industrielle plus large reste contrainte par des années de croissance faible et des goulets d’étranglement infrastructurels.
L’Afrique du Sud « continue de bénéficier de marchés financiers profonds, d’une sécurité énergétique en amélioration et d’un élan de réformes, mais la croissance plus lente lui a fait perdre du terrain de justesse cette année », précise RMB. Au-delà de ce tête-à-tête, le Nigeria a enregistré la plus forte progression (+7 places, pour atteindre la 11e), portée par la suppression des subventions aux carburants, la libéralisation du marché des changes et des réformes statistiques. Le Sénégal a subi la plus forte baisse (–5 places, à la 19e), sous l’effet de turbulences politiques, d’une crise de crédibilité budgétaire et de dégradations de notation.
Chiffres clés du basculement
- Croissance 2025 : Maroc 4,9 %, Afrique du Sud 1,1 % (RMB / Bloomberg)
- Top 3 inchangé pour la troisième année : Seychelles, Maurice, Égypte
- 31 pays évalués sur 20 métriques en quatre piliers
- Nigeria : +7 places (11e) ; Sénégal : –5 places (19e)
- IDE Maroc : forte hausse en 2025 selon les données UNCTAD et de l’Office des Changes (flux nets autour de 3,2-3,3 milliards de dollars selon les sources)
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L’industrie automobile comme moteur visible
Le Maroc a construit en deux décennies un écosystème automobile exportateur qui n’existait quasiment pas auparavant. Renault produit dans ses usines de Tanger et Casablanca (Somaca) ; en 2025, le groupe a assemblé près de 394 500 véhicules, dont environ 82 % exportés vers 63 destinations. Stellantis opère à Kénitra et a annoncé des expansions de capacité. Ces implantations s’appuient sur des zones industrielles dédiées, un taux d’intégration locale en progression et des coûts de main-d’œuvre parmi les plus bas au monde pour l’assemblage (une étude Oliver Wyman citée par plusieurs analyses place le coût de main-d’œuvre par véhicule à un niveau très compétitif).
Le port de Tanger Med constitue le pivot logistique. En 2025, il a traité plus de 11 millions de conteneurs et plusieurs centaines de milliers de véhicules, reliant directement les usines aux marchés européens à une distance d’environ 14 kilomètres du détroit de Gibraltar. Des investissements chinois dans les batteries et composants pour véhicules électriques (projets annoncés de plusieurs milliards de dollars, dont autour de Gotion High-Tech) viennent s’ajouter à l’ancrage historique des groupes européens. Ces flux illustrent une stratégie de politique industrielle qui combine proximité géographique, accords commerciaux, formation et infrastructures ciblées.
Les données de l’Office des Changes marocain et le rapport UNCTAD 2026 confirment une accélération des flux d’investissements directs étrangers en 2025, avec des entrées nettes en forte hausse par rapport à 2024. L’industrie manufacturière, aux côtés de l’immobilier, figure parmi les secteurs principaux. Ce stock d’IDE accumulé dépasse désormais 80 milliards de dollars selon UNCTAD.
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Les contraintes sud-africaines et les signaux de redressement
L’Afrique du Sud conserve des atouts que le classement ne gomme pas : des marchés de capitaux profonds, un système financier sophistiqué et un rôle de porte d’entrée pour l’Afrique australe. Les réformes énergétiques avancent. Eskom a amélioré son facteur de disponibilité énergétique, réduit le recours au diesel et permis de longues périodes sans délestage. Des travaux sur un marché de gros de l’électricité et le désenchevêtrement des fonctions de génération et de transport sont en cours. L’investissement public en infrastructures a repris, et des projets de transmission et de renouvelables sont lancés.
Néanmoins, le rapport RMB souligne que la croissance plus lente et les goulets d’étranglement historiques (énergie, logistique) pèsent encore. Une économie plus grande et plus diversifiée historiquement met plus de temps à absorber les chocs et à restaurer des taux de formation de capital suffisants. Les perspectives de croissance restent modestes à court et moyen terme selon plusieurs institutions, même si les réformes créent un socle pour un redressement progressif.
Enjeux pour les investisseurs et le continent
Ce reclassement compte pour plusieurs raisons. Il montre qu’une politique industrielle cohérente, combinée à une proximité avec un grand marché (l’Europe) et à une stabilité relative, peut modifier rapidement la perception des investisseurs. Il interroge aussi la capacité des grandes économies africaines à lever leurs contraintes infrastructurelles et de gouvernance pour tirer parti de leur taille de marché. Pour les investisseurs, le Maroc offre aujourd’hui un profil de croissance plus dynamique et un écosystème manufacturier déjà opérationnel, tandis que l’Afrique du Sud conserve un avantage sur la profondeur financière et certains segments de services.
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Géopolitiquement, le positionnement marocain s’inscrit dans les recompositions des chaînes d’approvisionnement mondiales. Les investissements chinois dans les batteries et composants, destinés en partie au marché européen, coexistent avec les bases européennes établies. Cela crée des opportunités mais aussi des dépendances potentielles que les décideurs devront gérer. Pour l’Afrique du Sud, le défi est de convertir l’amélioration de la sécurité énergétique et les réformes en croissance soutenue, afin de ne pas perdre davantage de terrain relatif.
Le classement RMB n’est pas un verdict définitif. Il mesure une attractivité relative à un moment donné, sur des critères structurels. D’autres indicateurs (volumes d’IDE absolus, profondeur des marchés, réserves de ressources) restent favorables à l’Afrique du Sud sur certains plans. Mais le signal est clair : des trajectoires d’industrialisation différentes produisent des résultats observables en quelques années.
FAQ
Qu’est-ce que le rapport Where to Invest in Africa de RMB ?
Il s’agit d’une évaluation annuelle de 31 pays africains sur 20 indicateurs regroupés en quatre piliers (performance économique, accessibilité des marchés et innovation, climat d’investissement, développement social et humain). Il mesure l’attractivité relative pour les investisseurs plutôt que les seuls volumes d’IDE.
Pourquoi le Maroc a-t-il dépassé l’Afrique du Sud ?
Selon RMB, grâce à des années d’industrialisation, de diversification des exportations et d’investissements en infrastructures, notamment dans l’automobile, combinées à une croissance plus rapide (4,9 % en 2025 contre 1,1 %) et à une stabilité macroéconomique.
L’Afrique du Sud a-t-elle perdu tous ses avantages ?
Non. Le rapport reconnaît ses marchés financiers profonds, l’amélioration de la sécurité énergétique et l’élan de réformes. La croissance plus lente et les contraintes infrastructurelles historiques expliquent principalement le recul d’une place.
Quels autres mouvements notables figurent dans le classement ?
Le Nigeria a gagné sept places (11e) grâce aux réformes. Le Sénégal a perdu cinq places (19e) en raison de turbulences politiques et de difficultés budgétaires. Le top 3 (Seychelles, Maurice, Égypte) est stable.