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Silicon Valley Maroc – le mag tech marocain > Blog > Maroc > F-35 et Maroc, ce que change l’ouverture américaine à Riyad
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F-35 et Maroc, ce que change l’ouverture américaine à Riyad

L'idée d'un Maroc équipé de F-35 circule depuis plus d'un an dans la presse spécialisée. Elle prend une autre dimension cette semaine.

Foxtrot
Dernière mise à jour : 20 septembre 2026 14h01
Foxtrot
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F-35 et Maroc, ce que change l'ouverture américaine à Riyad

Le 17 septembre, le département d’État américain a notifié au Congrès une vente potentielle de 48 F-35A à l’Arabie saoudite, pour un montant estimé à 24,3 milliards de dollars. La veille, à New York, Rabat et Tel-Aviv s’étaient engagés à élever leurs bureaux de liaison au rang d’ambassades. Ces deux annonces n’ont pas de lien officiel entre elles, mais je les lis ensemble, car elles modifient les paramètres politiques d’un dossier longtemps bloqué.

Une précision d’emblée : à ce jour, Washington n’a annoncé aucune autorisation pour le Maroc. Le dossier marocain reste une transaction possible, pas un achat conclu.

Une option ancienne, un contexte nouveau

L’intérêt marocain pour le chasseur de Lockheed Martin n’est pas nouveau. Des médias spécialisés, à commencer par Military Africa, évoquent depuis 2025 l’acquisition de 32 F-35A pour un montant compris entre 17 et 18 milliards de dollars, selon les estimations. Ce montant couvrirait les appareils, la formation, l’équipement et le soutien logistique, et certains relais précisent qu’il s’étalerait sur une quarantaine d’années. Aucun des deux gouvernements n’a confirmé ces chiffres. Je les tiens donc pour des estimations, non pour des données officielles.

Le F-35 est un chasseur furtif dit de cinquième génération. Sa furtivité, ses capteurs et sa capacité à fusionner les données du champ de bataille en font l’un des appareils les plus recherchés et les plus contrôlés au monde. Washington en encadre strictement l’exportation, car il touche à des technologies sensibles.

Ce que Washington a réellement décidé pour Riyad

La notification concernant l’Arabie saoudite porte sur 48 F-35A, 49 moteurs Pratt & Whitney F135, des équipements de communication, des simulateurs, de la formation et des pièces de rechange. Le département d’État justifie le projet par le renforcement des capacités de dissuasion du royaume et son interopérabilité avec les forces américaines. Il affirme aussi que la vente ne modifiera pas l’équilibre militaire régional.

Il faut toutefois mesurer la portée exacte de cette étape :

  • Le Congrès dispose de trente jours pour examiner la notification et peut tenter de la bloquer par une résolution conjointe.
  • Certains élus s’y opposent, par crainte d’une fuite de technologie vers la Chine, en raison des liens militaires et technologiques de Riyad avec Pékin.
  • Selon le Congressional Research Service, aucune vente d’armes n’a jusqu’ici été empêchée par cette procédure. Cela ne garantit rien pour autant.
  • Prix, quantités et calendrier peuvent encore évoluer au fil des négociations.

Il y a aussi un précédent qui invite à la prudence. En 2020, les Émirats arabes unis avaient obtenu une notification pour des F-35, mais Abou Dhabi a suspendu les discussions fin 2021, en raison de désaccords sur les conditions imposées. Une notification est donc un feu vert de principe, pas une livraison.

Si la vente saoudienne se concrétise, le royaume deviendrait le premier pays arabe à exploiter le F-35, et Israël cesserait d’être le seul utilisateur de l’appareil au Moyen-Orient. C’est ce point qui compte pour Rabat : si les États-Unis acceptent d’élargir l’accès à un partenaire arabe, le principe même d’une exception régionale s’affaiblit.

Le facteur israélien et la relation avec Washington

Le F-35 ne se vend pas dans la région sans tenir compte de l’avantage militaire qualitatif d’Israël, un principe que Washington affirme vouloir préserver. Jusqu’ici, les réserves israéliennes ont été l’un des principaux freins à toute vente à un État arabe. Or, dans le cas marocain, plusieurs médias spécialisés rapportent que Tel-Aviv ne s’opposerait pas à la transaction, sans qu’aucune position officielle ne le confirme. Je m’en tiens donc à cette formulation.

Le calendrier diplomatique va dans le même sens. Le mercredi 16 septembre, Nasser Bourita, Gideon Saar et l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, se sont réunis à New York. Selon le communiqué du ministère israélien des Affaires étrangères, les trois pays se sont engagés à élever leurs missions au rang d’ambassades et à nommer des ambassadeurs, sans calendrier précis. Jérusalem a aussi annoncé des accords économiques d’ici la fin de 2026 et une extension des vols directs. Le Maroc n’avait pas commenté dans l’immédiat.

Il faut se souvenir que la relation avait connu un net ralentissement après le début de la guerre à Gaza en octobre 2023. Cette annonce marque donc une reprise, dans un contexte régional toujours tendu.

Le Sahara occidental en toile de fond

Le rapprochement de décembre 2020 reposait sur un échange : reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental d’un côté, reprise des relations avec Israël de l’autre. Rabat cherche depuis à consolider sur la scène internationale son plan d’autonomie comme cadre d’une solution définitive au différend.

Dans ce cadre, la défense est devenue l’un des piliers de la relation avec Washington. Un F-35 ne serait pas seulement un outil militaire : il symboliserait le niveau de confiance politique et technologique que les États-Unis accordent à un partenaire. C’est aussi ce qui explique l’attention portée au dossier bien au-delà des cercles militaires.

La donne algérienne

L’autre variable est algérienne, mais il faut la mesurer avec précision. En novembre 2025, au salon aéronautique de Dubaï, le PDG d’United Aircraft Corporation a annoncé la livraison de deux premiers Su-57E, la version export du chasseur furtif russe, à un client étranger qu’il n’a pas nommé. L’Algérie est largement identifiée comme ce client, mais Alger n’a pas communiqué publiquement sur le sujet.

Sur la base de ces informations, l’Algérie ne disposerait donc, à ce stade, que de deux Su-57E, avec des options limitées. La portée militaire immédiate de cette acquisition reste donc à relativiser. Certaines sources évoquent toutefois un contrat portant, à terme, sur un nombre plus élevé d’appareils, ce que rien d’officiel ne confirme.

Reste la dimension politique. L’arrivée d’un chasseur russe de cinquième génération en Afrique du Nord est un signal que Rabat ne peut ignorer dans la planification de ses futures capacités aériennes. La rivalité entre les deux voisins, nourrie par le dossier du Sahara, alimente depuis des années une course à l’armement, et chaque acquisition d’un côté est immédiatement lue de l’autre.

Une modernisation déjà engagée

Le Maroc n’aborde pas ce dossier de zéro. Sa flotte de F-16 est en cours de modernisation, et Washington avait approuvé en 2019 la vente de F-16 de dernière génération. À cela s’ajoutent des programmes d’entraînement et des exercices conjoints qui ont renforcé l’interopérabilité avec les forces américaines. Le royaume a aussi développé un partenariat industriel et technologique avec Israël, notamment dans les drones et les systèmes de défense.

Un F-35 marocain s’inscrirait dans cette continuité. Il exigerait toutefois un saut de compétences considérable en maintenance, en sécurité des installations, en formation des équipages et en protection des données, sous le regard étroit de Washington. La capacité opérationnelle complète, évoquée autour de 2035 par certaines sources, en donne une idée.

Les arguments des sceptiques

Tous les analystes ne voient pas dans cette perspective une évidence. Trois critiques reviennent :

  • Le coût. Un contrat de cet ordre pèse lourd sur un budget de défense, et le F-35 est réputé coûteux à exploiter et à maintenir sur la durée.
  • La dépendance. L’appareil suppose un niveau de contrôle américain sur la maintenance, les logiciels et l’emploi, qui limite l’autonomie de son utilisateur.
  • L’escalade. Une acquisition marocaine pourrait accélérer la course aux armements en Afrique du Nord plutôt que la stabiliser.

Ces réserves n’invalident pas la démarche, mais elles rappellent que le F-35 est un engagement de long terme autant qu’un équipement.

Ce que je retiens

Le Maroc dispose de plusieurs atouts : une relation militaire consolidée avec les États-Unis, un partenariat avec Israël, des décennies de coopération avec les structures militaires occidentales et une modernisation de ses forces qui a fait de la défense un pilier de son lien avec Washington. L’ouverture accordée à Riyad retire un argument à ceux qui jugeaient l’exception impossible.

Mais la frontière entre aspiration et décision demeure nette. Rabat n’a pas reçu d’autorisation américaine, et toute transaction devra franchir les étapes politiques et administratives américaines, à commencer par un éventuel passage devant le Congrès. Le sort de la vente saoudienne dans les prochaines semaines donnera un premier indice sur la solidité de cette nouvelle ligne. La vraie question n’est plus de savoir si un pays arabe peut accéder au F-35, mais quels partenaires réuniront les conditions politiques et de sécurité pour le faire.

FAQ

Le Maroc a-t-il acheté des F-35 ?
Non. Aucune autorisation américaine n’a été annoncée pour le Maroc. Les chiffres cités, 32 appareils pour 17 à 18 milliards de dollars, viennent de médias spécialisés et n’ont été confirmés par aucun des deux gouvernements.

Qu’a décidé Washington pour l’Arabie saoudite ?
Le département d’État a notifié au Congrès, le 17 septembre, une vente potentielle de 48 F-35A pour 24,3 milliards de dollars. Le Congrès dispose de trente jours pour l’examiner, et la vente n’est pas encore conclue.

Pourquoi Israël compte-t-il dans ce dossier ?
Les États-Unis disent vouloir préserver l’avantage militaire qualitatif d’Israël dans la région. Selon des médias spécialisés, Tel-Aviv ne s’opposerait pas à une vente au Maroc, mais aucune position officielle ne l’atteste.

Où en est l’Algérie avec le Su-57E ?
Elle ne disposerait, à ce stade, que de deux Su-57E, avec des options limitées. Le constructeur russe a annoncé en novembre 2025 la livraison de deux appareils à un client non nommé, largement identifié comme l’Algérie, qui n’a pas communiqué officiellement.

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Analyste des systèmes de défense et des doctrines de combat modernes, je décrypte pour Silicon Valley la transformation profonde de l'architecture sécuritaire du Maroc. Mon rôle est de passer au crible l'intégration des technologies de pointe — des essaims de drones tactiques aux systèmes de défense multicouches — qui redéfinissent la supériorité opérationnelle des Forces Armées Royales.
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