Foum El Oued n’est pas seulement une carte postale du Sahara marocain. C’est devenu, en l’espace d’une décennie, l’un des points de convergence les plus révélateurs de la mutation économique en cours dans les provinces du Sud.
Je m’y suis intéressé pour une raison simple : cette plage, à première vue anecdotique, condense presque tous les enjeux de la région — urbanisme, énergie, tourisme, logistique portuaire — dans un rayon de quelques kilomètres.
Une plage à l’échelle du désert et de l’Atlantique
La plage de Foum El Oued a reçu pour la dix-huitième année consécutive le label international « Pavillon Bleu », décerné par la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement et la Fondation internationale pour l’éducation à l’environnement. Cette continuité — dix-huit ans sans interruption — n’est pas un détail protocolaire. Le Pavillon Bleu récompense la conformité aux normes de qualité des eaux de baignade et la gestion environnementale du site, sur la base d’un audit renouvelé chaque année.
S’étendant sur environ sept kilomètres, la plage s’ouvre sur l’océan Atlantique et vit, depuis le début de chaque saison estivale, au rythme d’opérations de nettoyage et de sensibilisation environnementale. Les estimations de distance par rapport au centre-ville de Laâyoune varient légèrement selon les sources — entre 20 et 25 kilomètres selon qu’on mesure depuis le centre administratif ou depuis la périphérie —, mais toutes s’accordent sur un point : la proximité immédiate avec la capitale régionale, qui fait de Foum El Oued un site d’estivage quotidien plutôt qu’une destination de vacances lointaine.
Le rendez-vous estival des habitants de Laâyoune
C’est là tout l’intérêt du lieu. Contrairement à d’autres stations balnéaires du Royaume conçues d’abord pour le tourisme international, Foum El Oued reste avant tout un espace de vie pour la population locale. Chaque année, la plage constitue l’un des principaux lieux de détente pour les habitants de Laâyoune, selon les jeunes visiteurs interrogés sur place. Des habitants de Laâyoune, d’Es-Semara, des localités voisines et des provinces du Sud en général y affluent pour partager des moments conviviaux en famille ou entre amis.
Cette fréquentation, essentiellement domestique, s’explique aussi par le climat. En période de forte chaleur, ce site au climat tempéré devient un véritable refuge pour ceux qui recherchent la fraîcheur, la brise marine et une pause loin de l’agitation urbaine. Le contraste thermique entre le centre de Laâyoune, exposé à la chaleur continentale, et cette frange littorale rafraîchie par les alizés atlantiques, explique en grande partie l’attractivité constante du site.
Un dispositif d’accueil qui s’est professionnalisé
Ce qui frappe, quand on compare les reportages successifs sur Foum El Oued depuis une dizaine d’années, c’est la montée en gamme progressive des infrastructures. Selon le directeur de la plage, Slimane Habadi, la commune a procédé à la réhabilitation et à l’aménagement des infrastructures de base, ainsi qu’au renforcement des mesures de sécurité de baignade.
Les équipements aujourd’hui recensés sur le site :
- Panneaux de signalisation et éclairage public
- Parkings et caméras de surveillance
- Installations adaptées aux personnes à mobilité réduite
- Miradors pour les maîtres-nageurs et postes de secours
- Dispensaires et blocs sanitaires
- Aires de jeux pour enfants
Cette énumération, communiquée par les autorités locales à l’agence MAP, témoigne d’une volonté de structurer un accueil qui dépasse la simple plage sauvage pour se rapprocher d’une station balnéaire au sens propre. Au-delà de la baignade, le site est aussi identifié comme un terrain propice aux sports de glisse et à la pêche sportive, avec un concours annuel qui attire des pratiquants confirmés autour d’un littoral réputé pour la qualité de ses vagues.
Le grand chantier qui redessine les environs
Foum El Oued ne se limite plus à sa fonction balnéaire. C’est aujourd’hui le théâtre d’un des chantiers les plus significatifs de la région Laâyoune-Sakia El Hamra. Le roi Mohammed VI a procédé, à la commune de Foum El Oued, au lancement des travaux de la technopole Foum El Oued-Laâyoune, une cité du savoir et de l’innovation destinée au développement des provinces du Sud. Ce projet, composé d’une université, d’un centre de qualification et d’un lycée d’excellence, représente une enveloppe budgétaire de deux milliards de dirhams.
Le volet énergétique n’est pas moins structurant. Un parc éolien d’une capacité de 50,6 mégawatts, comptant vingt-deux éoliennes de 80 mètres de hauteur, est en service à Foum El Oued depuis 2013, dans le cadre d’une ambition régionale visant près de 950 mégawatts de production éolienne à l’échelle de Laâyoune-Sakia El Hamra — soit environ la moitié de la production éolienne nationale. Ce chiffre mérite d’être souligné : une seule région porterait, à terme, la moitié de la capacité éolienne du Royaume.
Sur le plan des liaisons, un ouvrage d’art occupe une place particulière dans les projets en cours. Le pont de Sakia El Hamra, présenté comme le plus grand de son genre en Afrique avec des fondations profondes allant jusqu’à cinquante mètres, doit relier la ville de Laâyoune à la plage de Foum El Oued, en désengorgeant le trafic et en améliorant la connexion entre les différentes zones de la région. Ce chantier s’inscrit dans un ensemble plus large de projets de protection des côtes et de création d’une corniche moderne, censés transformer la zone en une destination touristique intégrée alliant nature préservée et infrastructures modernes.
Ces investissements ne sont pas isolés. Le port de Laâyoune, historiquement centré sur l’exportation des phosphates, diversifie désormais ses activités avec une montée en puissance de la pêche côtière et hauturière, portée par la multiplication des unités de valorisation des produits de la mer dans la zone industrielle.
Le tourisme comme pari stratégique pour les provinces du Sud
Ces chantiers locaux s’inscrivent dans un programme d’investissement d’une tout autre échelle. Près de dix milliards de dollars ont été engagés pour consolider les moteurs de croissance que sont la pêche, l’agriculture, les phosphates et le tourisme dans les provinces du Sud, en plus du soutien aux investissements privés et de la promotion de l’emploi. Dans ce cadre, le tourisme balnéaire n’est pas un simple à-côté : il fait partie des quatre piliers identifiés pour ancrer économiquement la région.
Il faut toutefois nuancer l’ampleur de cette dynamique par rapport à d’autres pôles touristiques du Royaume. Les capacités hôtelières autour de Laâyoune et de Foum El Oued restent, en valeur absolue, modestes comparées à celles d’Agadir ou de Marrakech — des projets d’hôtels et de complexes de taille intermédiaire, portés par des promoteurs régionaux, ont progressivement complété l’offre depuis le milieu des années 2010. L’enjeu n’est donc pas de rivaliser avec les stations balnéaires historiques du Maroc, mais de structurer une offre adaptée à une clientèle majoritairement nationale et régionale, tout en préparant, à plus long terme, une ouverture internationale que la connectivité portuaire et aérienne actuelle ne permet pas encore pleinement.
Ce que Foum El Oued révèle des provinces du Sud en devenir
Ce qui se joue à Foum El Oued dépasse la question d’une plage agréable à vingt minutes de route. C’est un condensé des ambitions affichées par Rabat pour les provinces du Sud : diversifier une économie longtemps dépendante des phosphates et de la pêche, créer des pôles universitaires et technologiques loin de l’axe Casablanca-Rabat, et faire du littoral atlantique saharien un argument touristique à part entière. Reste que cette ambition se déploie dans un contexte où le statut international du territoire n’est pas stabilisé, ce qui continue de peser sur les investissements étrangers directs et sur la reconnaissance de certains partenaires commerciaux. La suite dépendra autant de la vitesse d’exécution des chantiers en cours — pont, technopole, extension portuaire — que de l’évolution du dossier diplomatique qui entoure la région.
FAQ
À quelle distance se trouve Foum El Oued par rapport à Laâyoune ?
Environ 20 à 25 kilomètres, selon les sources et le point de départ retenu dans la ville.
Pourquoi Foum El Oued a-t-elle reçu le label Pavillon Bleu ?
Pour la qualité de ses eaux de baignade et la gestion environnementale du site, certifiées chaque année par un audit international, dix-huit années consécutives selon les derniers chiffres disponibles.
Quels grands projets sont en cours près de Foum El Oued ?
Une technopole universitaire, un pont reliant Laâyoune à la plage, l’extension du port de Laâyoune et le développement d’un parc éolien régional.
Foum El Oued est-elle adaptée aux familles ?
Oui : la plage dispose de postes de secours, de blocs sanitaires, d’aires de jeux pour enfants et d’installations accessibles aux personnes à mobilité réduite.
Qu’est ce que c’est beau ma chaAllah