Nous avons voulu comprendre ce que ce plan change concrètement, et ce qu’il laisse encore en suspens.
À retenir
- Le programme de réhabilitation de la médina de Meknès représente environ 800 millions de dirhams.
- Il a été signé en octobre 2018 devant le roi et prévu pour 2019-2023.
- Trois axes : patrimoine (594 M MAD), parkings (40 M MAD) et attractivité touristique (166 M MAD).
- L’ADER-Fès pilote les travaux : monuments, remparts, foundouks et circuits touristiques.
- De nouveaux appels d’offres ont été lancés en 2024 et aucun bilan officiel n’a été trouvé.
Une ville impériale longtemps restée en retrait
Meknès possède un patrimoine que bien des villes lui envieraient. Sa médina est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1996. Elle doit son aspect monumental à Moulay Ismaïl, qui en fit la capitale de son règne, avec palais, greniers, bassins et portes imposantes. Pourtant, dans l’imaginaire touristique marocain, la ville est longtemps restée dans l’ombre de Fès et de Marrakech.
Cette situation tient en partie à l’état du bâti. Une médina vivante est aussi une médina fragile : humidité, constructions vétustes, remparts dégradés, monuments sans usage. Lors de la signature de la convention de financement, le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit avait lui-même reconnu que les précédentes interventions avaient été freinées par la vaste superficie de la médina (275 hectares) et par la richesse de son patrimoine, selon les propos rapportés par la presse à l’époque.
C’est dans ce contexte qu’a été signé, le 22 octobre 2018 devant le roi Mohammed VI, le programme de réhabilitation et de valorisation de la médina de Meknès, prévu pour la période 2019-2023.

Un programme à trois volets
D’après les éléments publiés par la presse économique marocaine, l’enveloppe de 800 millions de dirhams est mobilisée par plusieurs partenaires : les ministères de l’Intérieur, de l’Habitat et de la Culture, la région Fès-Meknès et la commune de Meknès. Le Fonds Hassan II pour le développement économique et social y contribue également. Challenge indiquait que plus de la moitié du financement provenait du Fonds, du ministère de l’Intérieur et du ministère de l’Habitat.
Le programme s’organise autour de trois axes :
- Patrimoine historique : 594 millions de dirhams pour restaurer et mettre en valeur monuments, portes, places et remparts.
- Accessibilité : 40 millions de dirhams pour trois parkings, d’une capacité globale d’environ 800 places (Bab Rha, place Zine El Abidine, près de la chambre d’artisanat).
- Attractivité touristique et économique : 166 millions de dirhams pour les foundouks, les kissariats, les circuits touristiques et des équipements de proximité.
La maîtrise d’ouvrage déléguée a été confiée à l’Agence pour le développement et la réhabilitation de la médina de Fès (ADER-Fès). Le choix s’explique par son expérience accumulée sur la médina de Fès, classée depuis 1981. Cette agence devait, selon Médias24, évoluer vers une société de développement régional, un projet qui avait fait l’objet d’une convention adoptée au premier trimestre 2022 par le conseil régional.

Ce que l’on voit sur le terrain
Les premières cibles ont été les monuments les plus emblématiques. Médias24 recensait, au lancement, 42 monuments à rénover, parmi lesquels le Palais Mansour, Sahrij Souani, quatorze portes monumentales (Bab Mansour, Bab Berdiyyine, Bab Lakhmiss…), les places Lahdim et Mechouar, les médersas Filalia et Bou Inania, la mosquée Lalla Aouda, quatre borjs et huit fontaines.
Plusieurs chantiers ont depuis été documentés. Selon Médias24 (janvier 2023), la restauration du site de Hri Souani devait coûter près de 97 millions de dirhams. La première tranche, confiée à une entreprise fassie, représentait 47,7 millions, et la seconde était estimée à 44 millions. Le même média indiquait que la reconstruction du fondouk Sultane et la restauration de la kissariat Lahrir, pour environ 14 millions de dirhams, étaient achevées. La médersa Bou Inania, elle, était annoncée pour près de 11 millions de dirhams.
Les remparts constituent un chantier à part. Le programme visait la restauration de 12 kilomètres de murailles, d’après Médias24. En 2024, l’ADER-Fès a lancé de nouveaux appels d’offres, relayés notamment par Hespress et LesEco.ma :
- la deuxième tranche du tronçon Bab El Kazdir-Borj Kbich, estimée entre 4,5 et 9 millions de dirhams ;
- le tronçon Bab Bradiine-Bab Tizimi Sghira, long de 521 mètres, entre 4 et 8 millions ;
- les murailles de la place El Mechouar, autour de Borj El Aoudat, entre 1,5 et 3,1 millions.
À cela s’ajoute une enveloppe de 17,3 millions de dirhams pour les circuits touristiques dans des quartiers comme Sebbaghine, Nejjarine, Lahmamsia, Srarya, Bezzazine ou Bab Jdid. Les travaux prévus comprennent notamment étaiement, fouilles archéologiques, assainissement et drainage, des opérations peu visibles mais décisives pour la durabilité du bâti.
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Pourquoi ce plan compte au-delà du patrimoine
Il serait réducteur de lire ce programme comme une simple opération de restauration. Plusieurs enjeux se superposent.
Un enjeu économique. La médina concentre des métiers (artisanat, commerce, restauration) qui dépendent de la fréquentation. Rénover les foundouks et les kissariats, historiquement des lieux d’activité marchande, vise à leur redonner une fonction économique plutôt qu’à en faire des décors. Les quatre circuits touristiques, dotés d’environ 100 millions de dirhams selon les chiffres rapportés au lancement, relèvent de la même logique : allonger la durée du séjour dans une ville souvent traitée comme une étape.
Un enjeu d’attractivité régionale. Le Maroc mise sur le tourisme culturel et prépare, avec l’Espagne et le Portugal, la Coupe du monde 2030. Dans ce paysage, Meknès cherche à se positionner comme un complément naturel de Fès, dont elle partage la région et, désormais, l’agence qui pilote sa réhabilitation. Cette mutualisation des compétences est l’un des choix structurants du plan.
Un enjeu d’accessibilité. Les trois parkings répondent à un problème classique des médinas : comment accueillir visiteurs et résidents sans saturer des ruelles conçues avant l’automobile ? La question dépasse Meknès, et les solutions retenues ici seront observées ailleurs.

Les réserves à garder en tête
Un décryptage honnête doit aussi poser les limites. Je les formule comme des questions ouvertes, faute de bilan officiel public que j’aie pu consulter.
D’abord, le calendrier. Le programme était prévu pour 2019-2023, et des appels d’offres sur les remparts étaient encore lancés en 2024. Cela n’a rien d’anormal pour des chantiers patrimoniaux, qui supposent fouilles et validations, mais cela invite à demander où en est le taux d’exécution réel.
Ensuite, l’équilibre entre vitrine et vie quotidienne. La réhabilitation d’une médina peut renforcer la qualité de vie de ses habitants, mais elle peut aussi orienter l’espace vers les besoins des visiteurs. Les enveloppes consacrées au bâti résidentiel et aux services de proximité, comparées à celles des monuments, méritent d’être examinées dans un bilan complet.
Enfin, la gouvernance. Le transfert prévu de l’ADER vers une structure régionale, et le calendrier de la phase suivante, conditionneront la continuité de l’effort. L’entretien, souvent le parent pauvre des grands programmes, devra être financé une fois les chantiers terminés.
Une transformation réelle, un bilan à écrire
Le plan de réhabilitation a déjà modifié le visage de plusieurs sites emblématiques de Meknès, et il structure une stratégie qui associe patrimoine, mobilité et attractivité. La transformation, en revanche, ne se mesure pas aux seuls montants engagés. Elle se jugera à la fréquentation touristique, à la vitalité des commerces de la médina, à l’état des remparts dans dix ans, et à la place que gardent les habitants dans leur propre quartier.
Un bilan chiffré et public, publié par les institutions partenaires, permettrait de trancher. Nous le suivrons, car il dira si Meknès est devenue une destination à part entière ou simplement un décor mieux restauré.
FAQ
Combien coûte le programme de réhabilitation de la médina de Meknès ?
Le programme est doté d’environ 800 millions de dirhams, répartis entre patrimoine (594 millions), accessibilité (40 millions) et attractivité touristique et économique (166 millions).
Qui pilote les travaux ?
L’Agence pour le développement et la réhabilitation de la médina de Fès (ADER-Fès) est maître d’ouvrage délégué. Elle agit pour le compte des partenaires de la convention : ministères de l’Intérieur, de l’Habitat et de la Culture, région Fès-Meknès et commune de Meknès.
Quels sites sont concernés ?
Des monuments comme Hri Souani, Sahrij Souani, Bab Mansour, la médersa Bou Inania, des foundouks, des fontaines, des places et plusieurs kilomètres de remparts.
Les travaux sont-ils terminés ?
Le programme était prévu pour 2019-2023, mais de nouveaux appels d’offres ont été lancés en 2024. Je n’ai pas trouvé de bilan officiel de fin de programme.