Ce dimanche après-midi, heure locale, quatre chasseurs F-16 des Forces royales air (FRA) doivent se poser à la base aérienne 115 d’Orange-Caritat, dans le Vaucluse, accompagnés d’un avion de transport C-130H. Selon des sources militaires marocaines spécialisées, notamment relayées par le forum FAR-Maroc et plusieurs comptes suivant de près l’actualité des Forces armées royales, il s’agirait de la première fois que des F-16 marocains foulent le sol français pour un exercice conjoint depuis leur acquisition par le Royaume.
L’information n’a pas encore fait l’objet d’une confirmation officielle du côté du ministère français des Armées ni de l’état-major marocain, mais elle s’inscrit dans une dynamique de rapprochement militaire déjà largement documentée entre les deux pays.
Une manœuvre qui inverse le sens du dernier rapprochement aérien
L’arrivée de ces appareils à Orange n’est pas un geste isolé. En juin 2025, un exercice baptisé Marathon 25 avait déjà réuni, sur le sol marocain cette fois, huit F-16 des FRA et cinq Rafale B de la 4e escadre de chasse française, accompagnés d’un avion ravitailleur A330 MRTT Phénix et d’hélicoptères Puma engagés sur des missions de transport et d’évacuation sanitaire. Cet exercice avait été présenté par l’armée de l’Air et de l’Espace française comme un rendez-vous placé sous le signe du partage de savoir-faire et de la montée en compétence des équipages.
ORYX26 en constitue, en quelque sorte, le pendant inversé. Cette fois, ce sont les pilotes marocains qui traversent la Méditerranée pour venir s’entraîner face aux Rafale de l’escadron de chasse 1/5 Vendée, unité stationnée en permanence à Orange. Pour l’aviation de chasse marocaine, dont la doctrine d’engagement et les habitudes d’entraînement restent largement structurées autour du F-16, la confrontation avec un avion de génération supérieure comme le Rafale, dans un cadre d’entraînement réel et sur le territoire même de son opérateur, représente un exercice de comparaison rare et recherché par les états-majors.
Orange, un terrain d’entraînement habitué aux coopérations internationales
La base aérienne 115 d’Orange-Caritat n’a pas été choisie au hasard. Dotée d’une piste unique de plus de 2 400 mètres, elle héberge en permanence l’escadron de chasse 1/5 Vendée, équipé de Rafale, ainsi que l’escadron de chasse 2/5 Île-de-France sur Mirage 2000B. Sa localisation dans le sud-est de la France, à proximité de vastes zones d’entraînement aérien au-dessus de la Provence et des Alpes, en fait l’une des plates-formes privilégiées de l’armée de l’Air et de l’Espace pour l’accueil de détachements étrangers et la conduite d’exercices bilatéraux de combat aérien.
Ce choix logistique confirme aussi une tendance de fond observée depuis plusieurs mois : la montée en fréquence des exercices bilatéraux franco-marocains, qui ne se limite plus à des rencontres ponctuelles mais s’installe dans un calendrier régulier, alternant les lieux d’accueil entre les deux rives de la Méditerranée.
Ce que l’on sait du dispositif engagé
Les informations disponibles à ce stade, issues principalement de sources militaires spécialisées suivant l’actualité des Forces royales air, dessinent les contours suivants de l’exercice :
- Quatre chasseurs F-16 marocains et un avion de transport C-130H sont attendus dimanche après-midi à la base d’Orange
- L’exercice associe ces appareils aux Rafale de l’escadron de chasse 1/5 Vendée, stationné en permanence sur la base
- Il s’inscrit dans la continuité de l’exercice Marathon 25, conduit en juin 2025 au Maroc dans le sens inverse
- Ni le calendrier précis des phases de l’exercice ni sa durée totale n’ont été communiqués officiellement à ce jour
Ces éléments méritent d’être maniés avec prudence tant qu’ils n’auront pas été confirmés par une communication officielle du ministère français des Armées ou de l’état-major général des Forces armées royales, qui publient généralement un bilan une fois l’exercice achevé, comme cela avait été le cas pour Marathon 25.
Une coopération militaire qui s’accélère sur tous les fronts
ORYX26 ne survient pas dans un vide diplomatique. Il intervient alors que le Maroc est engagé, depuis le 8 février, dans Orion 26, l’un des plus vastes exercices interarmées organisés en Europe ces dernières années. Piloté par la France et rassemblant plus de 12 000 militaires issus de vingt-quatre nations partenaires, dont plusieurs membres de l’OTAN, cet exercice a notamment vu la frégate marocaine Mohammed VI intégrer le groupe aéronaval français constitué autour du porte-avions Charles de Gaulle, participant à des manœuvres de haute intensité en Méditerranée aux côtés des bâtiments de la coalition.
Cette séquence d’exercices aériens et navals successifs traduit une intensification tangible de la coopération de défense entre Rabat et Paris, après plusieurs années marquées par des tensions diplomatiques récurrentes. Elle s’accompagne, côté marocain, d’un effort de modernisation de grande ampleur de la flotte de chasse. Washington a approuvé dès 2019 la vente de 25 nouveaux F-16 Block 72, dits « Viper », ainsi que la modernisation au standard F-16V des 23 appareils déjà en service, pour un montant cumulé de plusieurs milliards de dollars. Selon les informations disponibles, le premier exemplaire neuf destiné aux Forces royales air est sorti d’usine et poursuit actuellement ses essais au sol, les premiers vols d’essai étant attendus entre la fin du troisième trimestre et le début du quatrième trimestre 2026, pour des livraisons qui doivent se poursuivre jusqu’à la fin de l’année.
Enjeux stratégiques et perspectives
Pour le Maroc, la multiplication de ces rendez-vous aériens avec la France répond à plusieurs logiques qui se superposent. La première est opérationnelle : confronter ses pilotes à des standards d’entraînement occidentaux exigeants, dans un contexte où la flotte de F-16 marocaine est en pleine transition vers une configuration technologiquement plus avancée. La seconde est diplomatique et s’inscrit dans la consolidation d’un partenariat de défense franco-marocain relancé ces derniers mois, après une période de refroidissement des relations bilatérales liée notamment au dossier du Sahara occidental.
Pour la France, ces exercices s’insèrent dans une stratégie plus large de projection d’influence au Maghreb et en Afrique, où le partenariat militaire avec le Maroc constitue l’un des piliers historiques, aux côtés d’enjeux économiques et sécuritaires partagés dans la région sahélienne. L’accueil d’appareils marocains sur une base aérienne française, plutôt que la seule projection de moyens français vers le Maroc, envoie également un signal de réciprocité dans une relation bilatérale où l’équilibre symbolique compte autant que le contenu opérationnel des exercices.
Reste à voir si ORYX26 s’inscrira dans la durée sous une forme récurrente, à l’image de ce que d’autres partenariats aériens européens ont pu construire au fil des années, ou s’il demeurera un jalon ponctuel dans un calendrier de coopération encore en construction. La confirmation officielle des détails de l’exercice, attendue dans les prochains jours, permettra d’en mesurer plus précisément la portée.
FAQ
Qu’est-ce que l’exercice ORYX26 ?
Il s’agit d’un exercice aérien bilatéral entre les Forces royales air marocaines et l’armée de l’Air et de l’Espace française, organisé à la base aérienne d’Orange et associant des F-16 marocains aux Rafale de l’escadron de chasse 1/5 Vendée.
Pourquoi cet exercice est-il présenté comme une première ?
Selon des sources militaires marocaines spécialisées, il s’agirait du premier déploiement de F-16 des Forces royales air sur le sol français pour un exercice conjoint depuis leur acquisition, dans le prolongement de l’exercice Marathon 25 conduit en sens inverse au Maroc en juin 2025.
Quel lien avec l’exercice Orion 26 ?
ORYX26 survient alors que le Maroc participe déjà, depuis février, à Orion 26, un vaste exercice interarmées piloté par la France et réunissant vingt-quatre nations, ce qui illustre l’intensification générale de la coopération de défense entre les deux pays sur l’année 2026.
Ces informations sont-elles officiellement confirmées ?
Non, à ce stade, les détails de l’exercice proviennent de sources militaires marocaines spécialisées et n’ont pas encore été confirmés par une communication officielle du ministère français des Armées ou de l’état-major marocain.