À l’issue des neuf premiers mois de 2026, le flux net des investissements directs étrangers a dépassé 35,24 milliards de dirhams, en progression de 58,4 % sur un an. Ce chiffre, publié dans le bulletin mensuel des indicateurs des échanges extérieurs, mérite d’être lu avec précision plutôt qu’en isolation.
Les recettes liées à ces investissements ont augmenté de 21,8 %, pour atteindre 53,44 milliards de dirhams. Dans le même temps, les dépenses associées ont reculé de 15,9 %, à près de 18,2 milliards. L’amélioration du solde net résulte donc d’une combinaison de deux mouvements : une progression plus nette des entrées et une contraction, désormais plus modérée, des sorties. Cette configuration marque une évolution par rapport aux mois précédents de 2026, où la baisse des dépenses expliquait une part plus importante de la hausse du flux net.
Une lecture plus fine des entrées et des sorties
Le flux net d’IDE n’est pas une mesure de « nouveaux projets » au sens strict. Il correspond à la différence entre les recettes (nouvelles participations, réinvestissements, apports) et les dépenses (remboursements, cessions, dividendes rapatriés ou autres sorties). Lorsque les dépenses diminuent fortement, le solde s’améliore même si les nouvelles entrées progressent modestement. À fin juillet 2026, par exemple, les recettes n’avaient augmenté que de 6,3 % tandis que les dépenses avaient chuté de 47 %. À fin août, les recettes étaient déjà en hausse de 17 % et les dépenses en baisse de 33,9 %. À fin septembre, le rythme des recettes s’est encore accéléré (+21,8 %), tandis que le recul des dépenses s’est atténué (-15,9 %).
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Cette évolution est positive pour la qualité du signal : une part plus importante de la progression du solde net provient désormais d’entrées réelles. Elle ne permet toutefois pas encore de conclure à une accélération généralisée des projets greenfield. Les statistiques agrégées de l’Office des changes ne ventilent pas systématiquement les flux par secteur ou par origine dans ce bulletin mensuel. Les données plus détaillées, publiées avec un décalage, permettent en revanche de constater que les secteurs manufacturiers orientés à l’export continuent de porter une part significative de l’attractivité.
Du côté des investissements directs marocains à l’étranger, le flux net a avoisiné 6,2 milliards de dirhams, en hausse de 3,9 milliards sur un an. Les dépenses correspondantes ont augmenté de 43 %, à plus de 19,13 milliards, tandis que les recettes issues des cessions ont progressé de 16,5 %, à près de 13 milliards. Le Maroc apparaît ainsi à la fois comme destination et comme investisseur régional, un double mouvement cohérent avec sa stratégie d’intégration dans les chaînes de valeur africaines et méditerranéennes.
Le contexte extérieur plus large
Ces flux d’investissement s’inscrivent dans un environnement commercial dégradé. Le déficit commercial a atteint 323,94 milliards de dirhams à fin septembre 2026, en hausse de 25,4 % sur un an. Les importations de biens ont progressé de 17 %, à près de 708 milliards, tandis que les exportations ont augmenté de 10,7 %, à 384,05 milliards. La facture énergétique a fortement contribué à cette dégradation : elle s’est établie à 111,59 milliards de dirhams, en hausse de 37 %. Selon les analyses des données de l’Office des changes, cette progression s’explique principalement par les prix plutôt que par les volumes, notamment sur les gas-oils et fuel-oils.
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Deux amortisseurs importants ont néanmoins continué de jouer. Les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont dépassé 103 milliards de dirhams, en progression de 11,3 %. Le solde de la balance « Voyages » a atteint près de 88,3 milliards, en hausse de 13,4 %, grâce à des recettes touristiques d’environ 115,26 milliards (+12,1 %). L’excédent de la balance des services a lui-même progressé de 14,8 %, à 135,8 milliards. Ensemble, ces flux contribuent à compenser une partie du déficit commercial et à soutenir les réserves de change.
Chiffres clés à fin septembre 2026 (Office des changes)
- Flux net d’IDE : 35,24 milliards de dirhams (+58,4 %)
- Recettes d’IDE : 53,44 milliards (+21,8 %)
- Dépenses liées aux IDE : environ 18,2 milliards (-15,9 %)
- Flux net d’investissements marocains à l’étranger : environ 6,2 milliards (+3,9 milliards)
- Déficit commercial : 323,94 milliards (+25,4 %)
- Transferts MRE : plus de 103 milliards (+11,3 %)
Les moteurs industriels qui sous-tendent l’attractivité
L’automobile et l’aéronautique illustrent la transformation en cours. Les exportations automobiles ont atteint 132,11 milliards de dirhams sur les neuf premiers mois de 2026, en hausse de 14,3 %. Le secteur représente désormais une part dominante des ventes à l’étranger et contribue fortement à la croissance des exportations. L’aéronautique a progressé de 22,3 %, à 26,21 milliards de dirhams. Ces performances s’appuient sur des écosystèmes déjà structurés autour de Renault, Stellantis, Safran, Boeing et d’autres équipementiers, avec des taux d’intégration locale qui ont progressé au fil des années.
Des annonces récentes confirment la poursuite des implantations. Des projets aéronautiques annoncés ces derniers mois portent sur des montants cumulés dépassant 500 millions d’euros, notamment dans les systèmes de moteurs, les câblages et les traitements de surfaces. Ces investissements s’inscrivent dans une logique de montée en gamme et de diversification des segments produits localement. Ils ne se traduisent pas immédiatement et intégralement dans les statistiques mensuelles d’IDE, car les flux enregistrés par l’Office des changes dépendent du calendrier des versements et des formes juridiques retenues.
Le Maroc a par ailleurs progressé dans les classements d’attractivité continentale. Selon le rapport « Where to Invest in Africa » de Rand Merchant Bank, le pays a dépassé l’Afrique du Sud pour se classer quatrième destination la plus attractive du continent. Cette reconnaissance repose notamment sur la solidité de son plateforme industrielle exportatrice, la qualité relative de ses infrastructures logistiques (Tanger Med en particulier) et la continuité de sa politique d’accueil des investissements.
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Enjeux stratégiques et perspectives
La hausse des flux nets d’IDE intervient dans le cadre de la Charte de l’investissement entrée en vigueur en 2023 et du Nouveau modèle de développement. L’objectif affiché est d’augmenter la part de l’investissement privé dans le total national. Les commissions nationales d’investissement ont validé, au cours des derniers mois, plusieurs dizaines de projets pour des montants cumulés de plusieurs dizaines de milliards de dirhams, avec un poids important de l’automobile, des énergies renouvelables, du tourisme et de l’aéronautique.
La question qui se pose n’est pas seulement celle du volume des capitaux entrants, mais de leur contribution à la valeur ajoutée locale, à l’emploi qualifié et à la réduction progressive de la dépendance aux importations énergétiques et de matières premières. Le creusement du déficit commercial, largement lié à la facture énergétique et aux prix du soufre, rappelle que les gains d’exportations industrielles ne compensent pas encore entièrement les chocs de prix externes. Les investissements dans les infrastructures portuaires et énergétiques, comme le projet Nador West Med, visent précisément à renforcer la résilience logistique et énergétique à moyen terme.
Les investissements marocains à l’étranger, en hausse, traduisent une autre dimension : celle d’un pays qui commence à exporter non seulement des biens et des services, mais aussi des capitaux et des modèles d’affaires, notamment vers l’Afrique. Cette évolution est cohérente avec les ambitions régionales, mais elle implique également des risques et des besoins de suivi en matière de rentabilité et de gouvernance.
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La progression de 58,4 % du flux net d’IDE à fin septembre 2026 est réelle et s’appuie désormais sur une dynamique plus solide des recettes. Elle confirme l’attractivité industrielle du Maroc dans un contexte extérieur difficile. Elle ne dispense cependant pas d’une lecture attentive de la composition des flux, du rythme de transformation industrielle et de la capacité du pays à absorber des chocs de prix externes. Les prochains bulletins de l’Office des changes, ainsi que les données plus granulaires sur les projets et les origines des investissements, permettront de vérifier si cette tendance se consolide ou reste dépendante de mouvements ponctuels sur les dépenses.
Questions fréquentes
Pourquoi le flux net d’IDE a-t-il autant progressé alors que le déficit commercial se creuse ?
Le flux net d’IDE mesure les mouvements de capitaux liés aux investissements, pas le solde commercial. Les deux indicateurs évoluent selon des logiques distinctes. Les recettes d’IDE et les transferts des MRE contribuent à financer le déficit commercial, sans l’effacer.
La hausse est-elle principalement due à de nouveaux projets ou à une baisse des sorties ?
Les deux. Les recettes ont augmenté de 21,8 %, ce qui traduit des entrées plus importantes. La baisse des dépenses (-15,9 %) a aussi contribué, mais moins fortement qu’au cours des mois précédents de 2026.
Quels secteurs portent principalement l’attractivité actuelle ?
L’automobile et l’aéronautique sont les plus visibles dans les statistiques d’exportations. Les projets validés récemment couvrent également les énergies, le tourisme, la logistique et d’autres industries manufacturières.
Les données sont-elles définitives ?
Les indicateurs mensuels de l’Office des changes sont provisoires et peuvent faire l’objet de révisions. Les tendances observées depuis le début de 2026 sont toutefois cohérentes d’un mois sur l’autre.