L’appareil, un biplace F-16D, a décollé de l’usine de Greenville, en Caroline du Sud. Selon le constructeur, c’est aussi le premier F-16 Block 72 de série à avoir volé, toutes commandes confondues. Le Maroc en est le client de lancement.
Pour une chronique de défense, l’événement peut sembler technique. Je pense au contraire qu’il dit quelque chose de la trajectoire stratégique du Royaume. Après sept ans d’attente, le F-16 Block 72 quitte le registre des promesses. Reste à savoir ce que cet avion change concrètement pour l’armée de l’air marocaine, et ce qu’il ne change pas.
Un programme lancé en 2019, une attente de sept ans
Le calendrier éclaire déjà la portée de l’annonce. En 2019, le département d’État américain a autorisé la vente de 25 F-16C/D Block 72 au Maroc, pour un montant estimé à 3,787 milliards de dollars. Selon les éléments publiés sur ce dossier, le paquet comprend aussi des moteurs Pratt & Whitney F100-PW-229 et des radars AN/APG-83.
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Entre l’autorisation et le premier vol, il s’est écoulé presque sept ans. Cela tient à un contexte industriel particulier. Le Maroc a signé pour une version encore en cours de finalisation, et le déménagement de la ligne de production de Fort Worth vers Greenville a ajouté de la complexité. Lockheed Martin a par ailleurs indiqué, ce printemps, que la configuration technologique des appareils destinés au Maroc et à Taïwan avait nécessité des modifications après les essais en vol.
Je ne vois pas là un échec, mais le prix à payer pour être le premier à recevoir une version neuve. Les premiers clients essuient les plâtres, et c’est toute la logique du « client de lancement ».
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Ce que change concrètement le Block 72
Sur le papier, le Block 72 conserve la cellule du F-16. Il en modernise presque tout le reste. Il appartient à la famille Block 70/72, que Lockheed Martin présente comme la version la plus récente et la plus avancée du Fighting Falcon.
Voici les éléments qui comptent le plus pour une force aérienne :
- Un radar AESA, l’AN/APG-83. Ce radar à balayage électronique détecte et suit les cibles plus loin et plus précisément, résiste mieux au brouillage et se montre plus fiable que les radars des générations précédentes.
- Une guerre électronique renforcée. Le système de protection Viper Shield est régulièrement cité parmi les plus avancés proposés sur le F-16.
- Un cockpit et un calculateur de mission modernisés. Ils améliorent la gestion de l’information par le pilote et permettent d’intégrer des armements plus récents.
- Une durée de vie structurelle allongée. Lockheed Martin avance une durée de vie supérieure de plus de 50 % à celle des F-16 antérieurs, ce qui prolonge l’horizon d’emploi de la flotte.
- Une sécurité accrue. Le système automatique d’évitement du sol, déjà éprouvé sur d’autres F-16, fait partie des ajouts.
Une précision utile pour qui compare avec les versions vendues à d’autres pays. Block 70 et Block 72 partagent le même radar, le même cockpit et les mêmes systèmes de mission. La différence principale tient au moteur. Le Block 70 utilise le General Electric F110, et le Block 72 le Pratt & Whitney F100-PW-229.
Pourquoi le moteur compte plus qu’il n’y paraît
Le choix du F100 n’est pas anodin. Les F-16C/D Block 52+ que le Maroc exploite depuis une quinzaine d’années utilisent déjà cette famille de moteurs. Pour les mécaniciens, les chaînes logistiques et les pièces de rechange, la continuité est un atout réel.
Dans une armée de l’air, la disponibilité des appareils pèse souvent davantage que leurs performances théoriques. Un avion moderne cloué au sol faute de pièces ne dissuade personne. En unifiant les équipements moteur de sa flotte, Rabat limite le coût de possession et simplifie la formation. C’est un argument moins spectaculaire qu’un radar, mais je le crois décisif sur la durée.
Une modernisation plus large que les 25 appareils neufs
Les 25 appareils neufs ne sont qu’un volet du programme. Le Maroc a aussi été autorisé à moderniser ses 23 F-16 existants vers le standard F-16V, plus récent. À terme, la flotte devrait donc se composer d’appareils neufs et d’appareils remis à niveau, avec une architecture commune.
Cette approche à deux étages me paraît cohérente. Elle permet d’élever le niveau technologique de l’ensemble de la flotte plutôt que de créer deux escadres de niveaux différents. Elle suppose en revanche une montée en compétence rapide des équipages et du personnel de maintenance.
Le volet industriel, souvent oublié
Lockheed Martin met en avant son partenariat avec Maintenance Aéro Maroc. Un centre de maintenance, de réparation et de révision de plus de 8 000 mètres carrés est prévu à Benslimane. Il doit d’abord prendre en charge les C-130 Hercules, avec une extension annoncée à d’autres plateformes, dont le F-16.
Je tiens ce point pour aussi important que le premier vol. Une capacité nationale de maintenance lourde réduit la dépendance vis-à-vis de l’étranger et conserve une partie de la valeur ajoutée sur le territoire. Elle s’inscrit dans l’ambition affichée du Maroc de devenir une plateforme régionale pour l’aéronautique. Le calendrier de montée en puissance du site reste toutefois à confirmer.
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La question du F-35
Le Block 72 alimente aussi un débat sur la suite. Des informations de presse évoquent depuis plusieurs années des discussions entre Rabat et Washington autour du F-35, un chasseur furtif de cinquième génération. À ce stade, rien n’indique de décision ni de contrat. Certains analystes y voient un possible prolongement du Block 72. D’autres rappellent que le coût, les conditions d’exportation et la souveraineté des données poseraient des questions lourdes.
Mon avis est que le Block 72 doit se juger pour ce qu’il est : une montée en gamme solide et cohérente de la flotte existante, et non une réponse à lui seul à un chasseur de cinquième génération.
Ce qu’il faut surveiller
Plusieurs échéances détermineront la valeur réelle du programme :
- la fin des essais en vol et la date de première livraison au Maroc, qui n’a pas été communiquée à ma connaissance ;
- la cadence de livraison des 24 autres appareils ;
- l’avancement de la mise à niveau des F-16 existants ;
- la montée en puissance du centre de Benslimane ;
- l’éventuelle suite donnée aux discussions sur un appareil de cinquième génération.
Un avion de combat n’est qu’un maillon. Sa valeur dépend de la formation des pilotes, de la disponibilité des pièces, de l’armement et de l’intégration dans un système de défense plus large. Le premier vol marque une étape, pas l’arrivée.
FAQ
Quand le premier F-16 Block 72 a-t-il volé ?
Le 6 octobre 2026, à l’usine Lockheed Martin de Greenville, en Caroline du Sud. Il s’agit d’un biplace F-16D.
Combien d’appareils le Maroc a-t-il commandés ?
Vingt-cinq F-16C/D Block 72, dans le cadre d’une vente autorisée en 2019 par le département d’État américain pour environ 3,787 milliards de dollars.
Quelle différence entre le Block 70 et le Block 72 ?
Les deux partagent le même radar, le même cockpit et les mêmes systèmes de mission. Le Block 72 utilise un moteur Pratt & Whitney, quand le Block 70 utilise un moteur General Electric.
Quand le Maroc recevra-t-il son premier appareil ?
La date n’a pas été officiellement précisée. L’appareil doit d’abord poursuivre ses essais en vol avant sa remise au client.