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Silicon Valley Maroc – le mag tech marocain > Blog > Internet > Peut-on couper internet à tout le Maroc ?
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Peut-on couper internet à tout le Maroc ?

Peut-on couper internet à tout le Maroc ? Techniquement oui, l'État en a les moyens légaux et matériels, mais dans les faits une extinction totale et prolongée reste un scénario extrême, jamais activé jusqu'ici à cette échelle.

Farid N.
Dernière mise à jour : 15 septembre 2026 16h55
Farid N.
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Peut-on couper internet à tout le Maroc ?
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J’ai suivi le dossier des télécoms marocains pendant plusieurs cycles aux pannes ibériques d’avril 2025, et une chose frappe : le royaume a toujours préféré le ralentissement ciblé à l’extinction générale. C’est une nuance qui change tout pour comprendre ce qui pourrait arriver, pourquoi, et ce que ça signifierait concrètement pour les 43,3 millions d’abonnés internet que compte aujourd’hui le pays.

Sommaire
  • Comment fonctionne techniquement un blackout internet
  • Ce qui s’est réellement passé par le passé
  • Pourquoi une coupure totale serait un pari économique risqué
  • Le vrai risque n’est pas la coupure nationale, c’est la panne subie
  • Ce qu’il faut retenir sur la capacité de coupure du Maroc
  • Foire aux questions

Dans cet article, je démonte le mécanisme technique, je reviens sur les précédents historiques et j’explique pourquoi la dépendance économique du Maroc au numérique rend une coupure nationale à la fois possible et terriblement coûteuse.

Comment fonctionne techniquement un blackout internet

Un pays ne “débranche” pas internet comme on éteint une lampe. Le réseau marocain repose sur un nombre restreint de points de passage obligés : les câbles sous-marins qui relient le royaume à l’Europe via l’Espagne, les nœuds d’interconnexion gérés par les opérateurs historiques, et les data centers qui hébergent le trafic domestique.

Pour couper l’accès à l’échelle nationale, l’autorité compétente n’a besoin que d’un petit nombre de leviers, parce que le marché est concentré autour de trois acteurs qui contrôlent la quasi-totalité du trafic.

Les trois opérateurs concernés sont :

  • Maroc Telecom, l’opérateur historique, toujours dominant sur le fixe et le mobile
  • Orange Maroc, très présent sur la fibre et la 4G
  • Inwi, troisième acteur du marché, actif sur mobile et internet fixe

Une instruction unique adressée à ces trois entités suffirait, en théorie, à interrompre l’essentiel du trafic national en quelques heures. C’est exactement le mécanisme qu’on a vu à l’œuvre ailleurs, par exemple lors du blackout iranien de janvier à mai 2026, où les autorités ont progressivement étendu les coupures à Téhéran, Ispahan et plusieurs autres villes en s’appuyant sur un contrôle centralisé des fournisseurs d’accès. Le Maroc dispose d’une architecture comparable, avec un régulateur, l’ANRT (Agence nationale de réglementation des télécommunications), qui a autorité sur les licences et peut, sur décision gouvernementale, exiger une interruption de service.

Ce qui manque en revanche au Maroc, contrairement à certains pays du Golfe ou à la Chine, c’est un kill switch centralisé et automatisé. Le blocage marocain, quand il a eu lieu, s’est toujours fait manuellement, protocole par protocole, ce qui explique pourquoi les coupures passées ont pris la forme de ralentissements plutôt que d’extinctions nettes.

Ce qui s’est réellement passé par le passé

Le Maroc n’a jamais coupé internet à l’échelle du pays entier. Mais il a, à plusieurs reprises, démontré sa capacité et sa volonté d’intervenir sur le réseau quand la situation politique l’exigeait.

Le blocage de la VoIP en 2016

L’épisode le plus documenté remonte à fin 2015 et 2016, lorsque les appels via WhatsApp, Skype et Viber ont été bloqués sur les réseaux mobiles marocains, officiellement pour des raisons de licence. Le blocage a duré plusieurs mois et n’a été levé qu’à quelques jours de l’ouverture de la COP22 à Marrakech, sous la pression diplomatique et économique. Le directeur général de l’ANRT de l’époque, Azedinne Mountassir Billah, avait d’ailleurs été démis de ses fonctions peu avant, dans un climat de tension autour du dossier.

Pourquoi une coupure totale serait un pari économique risqué

Voici où mon expérience du secteur me pousse à nuancer les scénarios catastrophistes qu’on lit parfois. Le Maroc de 2026 n’est plus celui de 2016. Le pays a construit une dépendance numérique qui rendrait une coupure générale extrêmement coûteuse, presque contre-productive pour le gouvernement lui-même.

Le taux de pénétration internet a atteint un niveau record de 117,9 % fin septembre 2025, porté par un parc de 43,3 millions d’abonnés, contre 42,1 millions un an plus tôt. Le mobile suit la même trajectoire, avec 66,1 millions d’abonnements pour un taux de pénétration de 166 %. Ces chiffres, publiés par la Direction des études et des prévisions financières, traduisent une société où le smartphone est devenu l’outil central de la vie quotidienne, du paiement mobile aux démarches administratives en passant par le tourisme.

Le pays accueille par ailleurs une partie de la Coupe d’Afrique des Nations 2025-2026, un événement qui mobilise diffuseurs internationaux, plateformes de billetterie, applications de transport et flux touristiques massifs. Une coupure nationale en pleine compétition continentale enverrait un signal désastreux aux investisseurs et partenaires internationaux, à un moment où le Maroc cherche justement à consolider son image de hub numérique régional, illustrée par le déploiement de la fibre gigabit et par son rôle de secours technique pour d’autres pays d’Afrique de l’Ouest lors de pannes majeures de câbles sous-marins.

Les secteurs les plus exposés en cas de blackout total seraient :

  • Le tourisme et l’hôtellerie, dépendants des réservations en ligne et des paiements dématérialisés
  • Les banques et le mobile money, largement digitalisés depuis quelques années
  • Les centres d’appels et l’outsourcing, pilier de l’économie de Casablanca et Rabat
  • Les administrations publiques, qui ont accéléré leur dématérialisation
  • Les exportateurs textiles et industriels, dépendants de la logistique connectée

Le vrai risque n’est pas la coupure nationale, c’est la panne subie

Il y a un paradoxe intéressant à souligner. La coupure la plus spectaculaire qu’ait connue le Maroc récemment n’était pas politique, elle était accidentelle. Le 28 avril 2025, une panne électrique géante en Espagne et au Portugal a fortement perturbé le trafic d’Orange Maroc, l’opérateur s’appuyant sur des serveurs situés en péninsule ibérique pour une partie de ses connexions internationales. Un expert en cybersécurité cité par la presse marocaine évoquait même, sur le moment, l’hypothèse d’une cyberattaque.

Cet épisode révèle une vulnérabilité structurelle bien plus concrète que le scénario d’une décision politique de blackout total : la dépendance du Maroc à des infrastructures étrangères, notamment ibériques, pour une part de sa connectivité internationale. C’est un point que je trouve sous-estimé dans le débat public. On imagine souvent la coupure d’internet comme un acte de volonté gouvernementale, alors que le risque le plus immédiat vient parfois d’un maillon externe sur lequel le pays n’a aucune prise directe.

Le développement des câbles sous-marins alternatifs et l’expansion de la couverture fibre, qui vise 5,6 millions de foyers raccordés d’ici 2030, participent justement à réduire cette dépendance et à renforcer la résilience nationale du réseau.

Ce qu’il faut retenir sur la capacité de coupure du Maroc

Le Maroc dispose bien du cadre réglementaire et de la concentration technique nécessaires pour interrompre l’accès à internet sur son territoire, via une instruction adressée aux trois grands opérateurs et sous l’autorité de l’ANRT. L’histoire récente montre cependant que le pays a toujours privilégié des mesures ciblées et temporaires, blocage de la VoIP, ralentissement régional pendant les tensions sociales, plutôt qu’une extinction totale et durable du réseau nationale.

Mon analyse, après avoir suivi ce dossier sur plusieurs années, c’est que le coût économique et diplomatique d’une coupure générale a considérablement augmenté avec la digitalisation massive du pays. Le scénario le plus plausible en cas de nouvelle crise reste donc une dégradation ciblée du service dans certaines zones ou sur certains usages, pas un blackout national comparable à ce qu’a vécu l’Iran début 2026. Cela ne rend pas le risque nul, mais ça relativise fortement l’idée d’un interrupteur unique qu’on actionnerait du jour au lendemain pour l’ensemble du royaume.

Foire aux questions

Le Maroc a-t-il déjà coupé internet à l’échelle nationale ? Non. Le pays a bloqué certains services (comme la VoIP en 2015-2016) ou ralenti la connexion dans des régions précises lors de tensions sociales, mais jamais coupé l’accès sur l’ensemble du territoire.

Qui a le pouvoir légal de couper internet au Maroc ? L’ANRT, l’autorité de régulation des télécommunications, encadre les licences des opérateurs et peut, sur décision gouvernementale, exiger une interruption ou une restriction de service.

Une coupure totale est-elle probable en 2026 ? Peu probable à grande échelle compte tenu de la dépendance économique du pays au numérique, notamment pendant la CAN 2025-2026, mais des restrictions ciblées et localisées restent un outil déjà utilisé par le passé.

Que faire en cas de coupure ou de panne internet chez soi ? Avant de penser à une coupure d’origine politique, vérifiez d’abord votre box et votre connexion mobile : la grande majorité des interruptions signalées au Maroc restent des pannes techniques locales ou des incidents liés aux infrastructures internationales, comme lors de la panne ibérique d’avril 2025.

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ParFarid N.
À l'heure où la transformation digitale du Maroc s'accélère, la protection de nos actifs numériques est devenue une priorité nationale absolue. En tant qu'expert en cybersécurité, ma mission est de sécuriser l'espace numérique marocain contre les menaces émergentes. J'accompagne les organisations publiques et privées dans la construction de stratégies de défense robustes, capables de protéger la souveraineté de nos données et la continuité de nos services essentiels.
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