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Silicon Valley Maroc – le mag tech marocain > Blog > Energie > Coup de maître minier au Sahel du Maroc
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Coup de maître minier au Sahel du Maroc

Managem rachète les actifs d'IAMGOLD au Sahel pour 282 M$. Découvrez comment l'ingénierie marocaine réussit là où le Canada a échoué.

Maroc
Dernière mise à jour : 28 février 2026 13h36
Maroc
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Coup de maître minier au Sahel du Maroc

Il existe des tournants dans l’histoire économique mondiale qui passent inaperçus dans les grands médias, éclipsés par les fracas politiques du moment. Et pourtant, ce sont souvent ces transactions discrètes, signées loin des caméras, qui redessinent silencieusement la carte des puissances. L’acquisition par Managem des actifs africains d’IAMGOLD est l’une d’elles.

Sommaire
  • Le retrait d’IAMGOLD, symbole d’une limite occidentale
  • Le triangle d’or de Managem : trois actifs, une vision
  • L’hydrométallurgie de Bou Azzer, l’arme invisible du Maroc
  • Au-delà de l’or : le cobalt, le cuivre et la bataille des métaux du futur
  • Une coopération Sud-Sud qui redéfinit les règles du jeu
  • Ce que cette histoire révèle sur la nouvelle géographie du pouvoir
  • FAQ — Managem et le Rachat des Actifs d’IAMGOLD en Afrique de l’Ouest

Pour comprendre l’ampleur de ce qui s’est joué, il faut saisir le contexte. Le Sahel traverse une période de recomposition géopolitique intense. Les grandes multinationales occidentales, confrontées à des risques sécuritaires croissants, à des coûts opérationnels qui s’envolent et à des gisements géologiquement capricieux, commencent à revoir leurs positions sur le continent africain. C’est dans ce vide stratégique que le Maroc a choisi d’avancer — non pas à tâtons, mais avec la précision d’un joueur d’échecs qui a anticipé le coup depuis plusieurs coups en arrière.


Le retrait d’IAMGOLD, symbole d’une limite occidentale

IAMGOLD n’est pas une entreprise anodine. Ce géant canadien fait partie des acteurs historiques de l’extraction aurifère mondiale, avec des décennies d’expérience sur plusieurs continents. Et pourtant, face à certains gisements de l’Afrique de l’Ouest, le mastodonte a trébuché.

Le problème n’était pas l’absence d’or. Les réserves sont bien réelles, documentées, prometteuses. Le problème résidait dans la nature réfractaire des minerais : un type de roche dans lequel le métal précieux est emprisonné dans des structures cristallines extrêmement dures, rendant l’extraction classique peu rentable, voire déficitaire. Les coûts de production grimpaient, les marges fondaient, et les perspectives de rentabilité s’éloignaient à mesure que les années passaient.

La décision de céder ces actifs pour 282 millions de dollars n’était donc pas un acte de faiblesse passagère. C’était l’aveu d’une limite technologique réelle. IAMGOLD n’avait tout simplement pas la solution industrielle adaptée à ces gisements. Pour beaucoup d’observateurs du secteur, ces terres semblaient condamnées à rester en sommeil indéfiniment.

C’est là que l’histoire devient fascinante.


Le triangle d’or de Managem : trois actifs, une vision

Managem, filiale minière de la holding royale Al Mada, ne s’est pas contentée de racheter des actifs dormants. Elle a acquis une position stratégique sur un des corridors géologiques les plus prometteurs du continent : la faille sénégalo-malienne, réputée parmi les géologues pour sa richesse en métaux précieux.

Le portefeuille racheté comprend trois projets complémentaires :

  • Boto, au Sénégal — un gisement aurifère avancé avec un potentiel de production significatif à moyen terme
  • Diakha-Siribaya, au Mali — une zone d’exploration à fort potentiel, encore en phase de définition
  • Karita, en Guinée — un actif stratégique pour équilibrer le risque géographique de l’ensemble

Ce triangle géographique n’est pas un hasard de calendrier. Il reflète une stratégie de diversification pensée en amont, conçue pour répartir les risques géopolitiques tout en créant une masse critique d’actifs suffisante pour justifier des investissements en infrastructure lourde. Là où d’autres auraient vu trois problèmes séparés, Managem voit un système intégré.

Une acquisition qui dépasse le simple achat d’actifs

Ce qui rend cette opération remarquable, ce n’est pas uniquement le montant. C’est le signal qu’elle envoie : le Maroc est prêt à aller chercher de la valeur là où les autres renoncent, et il dispose des outils pour le faire. Ce type de positionnement, discret mais décisif, est précisément ce qui construit une puissance industrielle durable.


L’hydrométallurgie de Bou Azzer, l’arme invisible du Maroc

La vraie question que tout le monde devrait se poser est simple : pourquoi Managem réussirait là où IAMGOLD a échoué ? La réponse tient en un mot que peu de non-initiés connaissent : l’hydrométallurgie.

Née dans les entrailles de l’Anti-Atlas marocain, à Bou Azzer, cette technologie a été développée et perfectionnée au fil des décennies par les ingénieurs du centre de recherche Reminex, le bras R&D de Managem. Face à des minerais réfractaires, les procédés classiques pyrométallurgiques — qui utilisent la chaleur à des températures extrêmes — se révèlent souvent coûteux, énergivores et inefficaces.

L’hydrométallurgie emprunte une voie radicalement différente. Elle utilise des solutions chimiques liquides pour dissoudre sélectivement les matrices rocheuses et libérer les métaux précieux emprisonnés. Le résultat est un procédé plus précis, plus économique à l’échelle industrielle, et surtout adapté aux types de roches que l’on retrouve précisément dans la faille sénégalo-malienne.

Reminex, le laboratoire qui change la donne

Reminex n’est pas un centre de recherche anecdotique. C’est une infrastructure de R&D qui travaille depuis des années sur des problématiques géologiques africaines réelles, avec des résultats concrets et industrialisables. Ses équipes ont développé des procédés qui permettent aujourd’hui à Managem de traiter des minerais que ses concurrents considèrent comme non rentables.

Cette maîtrise technologique est exactement le type d’avantage compétitif que l’argent seul ne peut pas acheter. Il se construit sur des décennies de pratique, d’échecs, d’ajustements et d’innovations incrémentales. C’est pourquoi cette victoire est avant tout une victoire de l’ingénierie marocaine.


Au-delà de l’or : le cobalt, le cuivre et la bataille des métaux du futur

L’or brille et attire les regards. Mais les stratèges de Managem ont les yeux fixés sur quelque chose de plus vaste. La transition énergétique mondiale crée une demande sans précédent pour certains métaux dits critiques : le cobalt, le cuivre, le lithium, le manganèse. Ces matériaux sont au cœur des batteries de véhicules électriques, des infrastructures de stockage d’énergie et de l’électronique de nouvelle génération.

Or, Managem n’est pas novice sur ce terrain. Son expertise historique à Bou Azzer porte précisément sur le cobalt — un métal pour lequel le Maroc est déjà l’un des acteurs africains les mieux positionnés. En étendant sa présence sur l’axe sénégalo-malo-guinéen, le groupe sécurise à la fois des revenus immédiats via l’or et une présence géographique qui facilitera l’accès à d’autres ressources stratégiques dans la région.

À l’heure où l’Europe multiplie les accords de partenariat pour sécuriser ses approvisionnements en matériaux critiques, le Maroc, lui, contrôle déjà une partie de la source. Ce n’est pas de la diplomatie réactive. C’est de la géoéconomie proactive, exécutée avec méthode.


Une coopération Sud-Sud qui redéfinit les règles du jeu

Ce qui distingue fondamentalement l’approche marocaine des modèles extractivistes traditionnels, c’est le cadre dans lequel elle s’inscrit. Managem ne se positionne pas en opérateur étranger venu pomper des ressources avant de partir. Le groupe s’inscrit dans une logique de coopération Sud-Sud, portée par une vision politique partagée par le Maroc depuis plusieurs années sur le continent africain.

Cette approche implique concrètement le développement de compétences locales, le recrutement de main-d’œuvre régionale, et à terme le transfert de savoir-faire technologique vers les pays hôtes. C’est un modèle qui répond directement aux attentes des gouvernements africains, de plus en plus exigeants sur la valeur ajoutée générée localement par les projets miniers.

Dans ce contexte, l’ingénierie marocaine ne se contente pas de remplacer un opérateur occidental par un autre. Elle propose un modèle alternatif, ancré dans la solidarité africaine et la création de valeur partagée. Et c’est précisément ce positionnement qui donne au Maroc un avantage diplomatique durable dans des régions où la méfiance envers les puissances extérieures n’a jamais été aussi forte.


Ce que cette histoire révèle sur la nouvelle géographie du pouvoir

Il serait réducteur de lire cette transaction comme un simple deal minier. Elle illustre quelque chose de plus profond : le basculement progressif du centre de gravité technologique et économique mondial. Pendant des décennies, l’expertise minière africaine était détenue par des entreprises australiennes, canadiennes, britanniques ou sud-africaines. Ce quasi-monopole du savoir-faire commence à se fissurer.

Des groupes comme Managem prouvent qu’il est possible de construire une expertise de niveau mondial à partir de ressources locales, dans un contexte africain, pour des défis africains. La mine de Bou Azzer n’est pas qu’un site d’extraction. C’est un laboratoire vivant qui a formé des générations d’ingénieurs capables aujourd’hui de rivaliser avec les meilleurs au monde.

Le leadership industriel, comme le disait Managem par ses actes, ne se réclame pas dans les discours. Il se démontre sur le terrain, gisement par gisement, procédé par procédé.

FAQ — Managem et le Rachat des Actifs d’IAMGOLD en Afrique de l’Ouest

Pourquoi le groupe canadien IAMGOLD a-t-il pris la décision de vendre ses actifs africains ?

La multinationale canadienne était confrontée à une augmentation significative des coûts opérationnels et à des complexités techniques majeures pour traiter les minerais de nature réfractaire présents sur ses sites d’Afrique de l’Ouest. Faute de pouvoir rentabiliser ces gisements avec ses méthodes industrielles classiques et face à des besoins de financement pour d’autres projets prioritaires en Amérique du Nord le groupe a choisi de s’en désengager totalement. Cette cession stratégique a permis à IAMGOLD de se désendetter tout en laissant la place à un acteur régional capable de déployer des solutions technologiques plus adaptées aux spécificités géologiques de la zone sénégalo-malienne.

Qu’est-ce que le procédé d’hydrométallurgie et quels sont ses avantages concrets ?

L’hydrométallurgie est une technique d’extraction minière sophistiquée qui utilise des solutions chimiques liquides pour dissoudre sélectivement les métaux précieux contenus dans la roche mère sans passer par une fusion à haute température. Ce procédé se révèle particulièrement efficace pour traiter les minerais complexes dits réfractaires qui emprisonnent l’or dans des structures sulfureuses difficiles à briser par les méthodes traditionnelles. En plus de permettre un taux de récupération du métal jaune bien plus élevé l’hydrométallurgie offre une meilleure maîtrise des coûts énergétiques à grande échelle et s’inscrit dans une démarche industrielle plus précise et moins énergivore que la pyrométallurgie classique.

Quels sont les trois projets miniers stratégiques rachetés par le groupe Managem ?

Le champion minier marocain a fait l’acquisition de trois gisements majeurs situés au cœur de l’une des régions aurifères les plus prometteuses du continent à savoir le projet Boto au Sénégal le gisement de Diakha-Siribaya au Mali et le site de Karita en Guinée. Cet ensemble forme un triangle d’exploration et d’exploitation cohérent le long de la célèbre faille géologique sénégalo-malienne qui regorge de réserves d’or encore largement sous-exploitées. Grâce à cette opération d’envergure Managem consolide sa présence géographique en Afrique de l’Ouest et se dote d’une base de production solide pour atteindre ses objectifs de croissance internationale dans les métaux précieux à l’horizon deux mille vingt-six.

En quoi la stratégie de Managem se distingue-t-elle des multinationales occidentales ?

Le modèle de développement de Managem repose sur une philosophie de coopération Sud-Sud qui privilégie le co-développement et l’intégration durable des projets dans le tissu économique des pays hôtes. Contrairement aux approches extractives traditionnelles souvent critiquées pour leur manque de retombées locales le groupe marocain met l’accent sur le transfert de technologies de pointe et la formation de cadres africains hautement qualifiés sur place. Cette vision partenariale renforce l’acceptabilité sociale des mines et crée un climat de confiance avec les gouvernements locaux ce qui offre à Managem un avantage diplomatique et opérationnel déterminant pour sécuriser ses investissements à long terme sur le continent.

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