Le360, citant le forum FAR-Maroc, situe cet atterrissage au mardi 29 septembre. Ce C295W au Maroc boucle un feuilleton discret qui avait commencé le 12 mai, lorsque l’avion avait été aperçu à Séville après ses essais en vol, sans le moindre communiqué officiel.
Je l’avoue : je n’avais pas vu venir ce contrat. Aucune annonce, aucun montant, aucune cérémonie. L’information est arrivée par des passionnés d’aviation, puis par des forums spécialisés, bien avant les canaux institutionnels. Cette manière de procéder dit déjà quelque chose de la façon dont Rabat conduit la modernisation de son aviation militaire.
Ce que l’on sait, et ce que l’on ignore
Commençons par la prudence, qui s’impose. Rabat n’a communiqué ni sur le prix, ni sur le calendrier complet des livraisons, ni sur le nombre d’appareils. Les informations les plus récentes parlent de deux ou de quatre avions, selon les sources. Morocco World News, qui s’appuie sur des sources militaires espagnoles convergentes, retient un minimum de deux. Le360 indique de son côté qu’une seconde unité est attendue. Je retiens donc deux appareils comme plancher, en laissant ouverte l’hypothèse de quatre.
Voici ce qui est établi à ce stade :
- Le premier C295W a été livré au Maroc depuis le site d’Airbus Defence and Space à Séville, où tous les appareils de ce type sont assemblés
- Il porte l’immatriculation CN-AMT et le numéro de série 253
- Il a été réceptionné à Kénitra, d’après Le360
- Le nombre total d’appareils commandés (deux ou quatre) n’est pas confirmé officiellement
- Le montant du contrat et le calendrier des livraisons suivantes restent confidentiels
Un CN-235 en plus grand et plus performant
Pour comprendre ce choix, il faut regarder la filiation. Le C295 est une évolution directe du CASA CN-235, que les Forces royales air exploitent depuis des décennies. Airbus le décrit comme un avion de transport tactique bimoteur à turbopropulseurs. Il est plus long et plus puissant que son prédécesseur. La lettre W renvoie aux winglets, ces extrémités d’ailes redessinées qui réduisent la consommation de carburant et améliorent les performances par forte chaleur et en altitude. Pour un pays aux étés torrides et au relief marqué, ce ne sont pas des détails.
Les capacités changent nettement. Le CN-235 emporte 51 passagers ou 35 parachutistes, alors que le C295W peut transporter jusqu’à 70 soldats ou 48 parachutistes. Morocco World News avance plus de sept tonnes de fret, tandis que Le360 évoque neuf tonnes. L’écart tient sans doute aux configurations retenues. L’appareil peut en outre opérer depuis des pistes courtes et non revêtues, et servir à l’évacuation sanitaire ou à la patrouille maritime. Cette polyvalence compte pour des missions aussi variées que le soutien logistique, le parachutage ou l’aide aux populations lors de catastrophes naturelles.
Une flotte de transport qui vieillit
Le contexte m’intéresse davantage que l’appareil lui-même. Selon Morocco World News, la flotte de transport marocaine compte aujourd’hui six CN-235, quatre C-27J Spartan et quatorze C-130H Hercules. Abdelhamid Harifi, analyste militaire et administrateur du forum FAR-Maroc, décrit au Le360 une flotte qui prend de l’âge. Les derniers arrivés, les C-27J, cumulent déjà environ quinze ans de service, et les C-130 comme les CN-235 accumulent de nombreuses heures de vol. Le renouvellement, dit-il, s’impose comme une priorité.
Il faut néanmoins distinguer deux calendriers. Le C295W a vocation à succéder, à terme, aux CN-235. M. Harifi précise que ce remplacement se fera logiquement, mais « pas immédiatement ». Les C-130, eux, relèvent d’une autre logique.
Les C-130 et la question du successeur
C’est sans doute l’information la plus stratégique de cette affaire. Selon les éléments qui circulent, un autre modèle d’avion doit être introduit pour remplacer les plus anciens C-130. Le nom de cet appareil n’a pas été confirmé officiellement. Bladi.net a évoqué, sans plus de précisions dans les éléments que j’ai pu consulter, l’acquisition attendue d’avions de transport tactique KC-390 Millennium. Je le présente donc comme une piste rapportée par la presse, pas comme un choix acté.
Ce remplacement s’inscrit dans un calendrier long. Le360 rappelle que le Maroc a signé avec l’américain L3Harris un contrat de prolongation de la durée de vie de ses C-130, assorti d’un transfert de technologie, qui s’étale jusqu’aux alentours de 2040. Des commandes de remplacement restent envisagées à partir de 2030, en petit nombre et étalées dans le temps, afin d’éviter toute perte de capacité opérationnelle, selon l’analyste cité.
Le C295W n’est donc pas le successeur du Hercules. Je le lis plutôt comme un complément de gamme, plus léger et moins coûteux à exploiter, qui prend en charge les missions tactiques de moindre ampleur et laisse aux avions plus lourds le transport de charges importantes sur de plus longues distances.
L’équation industrielle et diplomatique
Deux dimensions comptent, à mes yeux, davantage que le nombre d’appareils.
La première est industrielle. M. Harifi rappelle que certaines parties du C295 sont fabriquées au Maroc, dans le tissu aéronautique que le royaume a développé ces dernières années. Acheter un avion dont une part est produite localement renforce une chaîne de valeur déjà en place et facilite, à terme, la maintenance sur place. Le même analyste évoque également une piste de coopération avec l’Inde pour la production locale d’aéronefs, sans que rien ne soit acté à ce stade.
La seconde est diplomatique. Morocco World News inscrit cette commande dans le rapprochement entre Rabat et Madrid, qui s’est traduit par plusieurs acquisitions d’équipements militaires espagnols, dont un navire de guerre construit en Espagne pour la marine royale. Le choix d’un avion assemblé à Séville consolide donc un partenariat de défense en plein essor entre les deux rives du détroit.
Ce qu’il reste à éclaircir
Plusieurs points détermineront la portée réelle de ce contrat : le nombre définitif d’appareils, le montant et le rythme des livraisons suivantes, la part que prendra l’industrie marocaine dans la maintenance, et l’identité du futur avion appelé à remplacer les plus anciens C-130.
Ce que je retiens de cet épisode, c’est que la modernisation de l’aviation militaire marocaine avance par touches successives, souvent sans annonce préalable. Ce sont les observateurs spécialisés qui en dévoilent les étapes, avant que les autorités ne confirment ou ne s’abstiennent. Cette discrétion n’a rien d’exceptionnel en matière de défense, mais elle oblige à distinguer soigneusement l’information confirmée de la rumeur, et c’est précisément ce que j’ai tenté de faire ici.
FAQ
Combien de C295W le Maroc a-t-il commandés ?
Aucun chiffre officiel n’a été communiqué. Les informations disponibles évoquent deux ou quatre appareils. Deux semble le minimum le mieux étayé, mais rien n’est confirmé.
Le C295W remplace-t-il les C-130 Hercules ?
Non. Il succédera à terme aux CN-235. Un autre modèle d’avion doit être introduit pour remplacer les plus anciens C-130, dont les commandes de remplacement sont envisagées à partir de 2030.
Quelle différence entre le CN-235 et le C295W ?
Le C295W est plus long, plus puissant et équipé de winglets. Il transporte jusqu’à 70 soldats, contre 51 passagers pour le CN-235, et consomme moins de carburant.
Où le premier appareil a-t-il été livré ?
Il a été réceptionné à la troisième base aérienne de Kénitra, selon Le360, fin septembre 2026, après son assemblage à Séville.