Récemment, le patron de Tesla, SpaceX et xAI a affirmé que le téléphone tel que nous le connaissons, les applications et les systèmes d’exploitation étaient voués à disparaître d’ici cinq à six ans. Je l’ai lu avec la prudence que j’applique à toutes ses prévisions, mais aussi avec l’attention qu’elles méritent : derrière la formule choc, il y a une vision cohérente de l’avenir de l’informatique personnelle, et elle pose de vraies questions.
À retenir
- ✓Elon Musk annonce la disparition du téléphone traditionnel d’ici cinq à six ans.
- ✓Selon lui, il n’y aura plus ni systèmes d’exploitation ni applications.
- ✓L’appareil servirait seulement d’écran et de haut-parleur pour des contenus créés par l’IA.
- ✓Ce calendrier reste une estimation personnelle, qui se heurte à des limites techniques et réglementaires.
- ✓La vraie question est ce que nous accepterons de déléguer à l’IA.
Ce qu’Elon Musk a réellement dit
Reprenons les propos tels qu’ils ont été rapportés, sans les enjoliver. Selon Elon Musk, « nous n’aurons pas de téléphone au sens traditionnel », et ce que nous appelons aujourd’hui un téléphone deviendra « un nœud périphérique pour l’inférence de l’IA, pour l’inférence vidéo de l’IA ».
Il ajoute qu’il n’y aura, à l’avenir, ni systèmes d’exploitation ni applications : l’appareil ne sera là que pour l’écran et l’audio. Tout passera par l’intelligence artificielle, qui montrera à l’utilisateur, toujours selon lui, « tout ce à quoi vous pouvez penser », et même ce qu’elle peut anticiper qu’il voudrait voir.
Le raisonnement tient en une idée centrale : le téléphone cesserait d’être un outil que l’on pilote pour devenir une surface qui reçoit. Dans cette logique, il « n’affichera que les pixels » et ne produira que les sons qu’il anticipe comme les plus désirables pour son propriétaire.
Le téléphone, simple terminal de l’intelligence artificielle
Pour comprendre cette vision, il faut s’arrêter sur l’expression « nœud périphérique ». Dans le vocabulaire informatique, un nœud périphérique (edge node) est un appareil situé en bout de chaîne, à proximité de l’utilisateur, qui effectue une partie des calculs au lieu de tout envoyer vers des serveurs distants. L’inférence, elle, désigne le moment où un modèle d’IA déjà entraîné produit une réponse : un texte, une image, une vidéo.
Concrètement, Elon Musk décrit un téléphone dont la fonction première ne serait plus d’exécuter des programmes, mais de diffuser en temps réel des contenus fabriqués par une IA, en partie localement et en partie dans le nuage. L’interface classique, avec ses icônes, ses menus et ses boutiques d’applications, deviendrait superflue. Vous n’ouvririez plus une application de musique, de messagerie ou de vidéo : vous exprimeriez une intention, ou l’IA la devinerait, et le contenu apparaîtrait.
Je trouve ce déplacement intéressant, car il ne dit pas que l’écran disparaît. Il dit que le logiciel tel que nous l’avons construit depuis trente ans, c’est-à-dire un ensemble d’applications cloisonnées, cesserait d’être la couche principale entre l’humain et la machine.
📵 Le téléphone n’existera plus selon Elon Musk d’ici quelques années #elonmusk @elonmusk #telephone
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Il y a des phrases qui, venant d’un dirigeant ordinaire, passeraient pour une provocation de séminaire mais pas venant d’Elon Musk… #AI #smartphone https://t.co/gjpeuSSnTB— Silicon Valley (@SiliconValleyMa) October 6, 2026
Un monde de contenus générés par l’IA
Le second volet de la déclaration est peut-être le plus structurant. Elon Musk estime que la plus grande partie de ce que les gens consommeront dans cinq ou six ans, « peut-être plus tôt », sera du contenu généré par l’IA : musique, vidéos, et sans doute bien davantage.
Pour étayer son propos, il cite les créations réalisées avec Grok Imagine, l’outil de génération d’images et de vidéos développé par xAI, son entreprise d’intelligence artificielle. Certains utilisateurs, dit-il, ont produit des vidéos de dix ou quinze minutes qui restent « assez cohérentes ». L’argument est à relever, mais je le pondère : la cohérence d’une vidéo de quelques minutes est un progrès réel, elle ne prouve pas à elle seule que le cinéma, la série ou le clip musical seront remplacés par des flux entièrement synthétiques.
Il faut aussi noter la dimension commerciale. Elon Musk dirige une entreprise qui vend précisément ces technologies. Cela ne rend pas sa prévision fausse, mais cela invite à la lire comme la thèse d’un acteur engagé dans la course, et non comme le constat d’un observateur neutre.
Les points clés de la vision de Musk
Pour garder le fil, voici la vision résumée telle qu’il l’a exprimée :
- le téléphone traditionnel disparaît au profit d’un terminal dédié à l’IA ;
- les systèmes d’exploitation et les applications deviennent inutiles ;
- l’écran et l’audio restent les seuls rôles de l’appareil ;
- l’IA anticipe les envies de l’utilisateur et lui présente les contenus ;
- l’essentiel de la consommation, dont la musique et la vidéo, devient du contenu généré par l’IA ;
- l’horizon avancé est de cinq à six ans, voire moins.
Pourquoi cette annonce compte pour l’industrie
Si l’on prend cette vision au sérieux, ses conséquences économiques sont considérables. L’écosystème mobile actuel repose sur deux grands systèmes d’exploitation, sur des boutiques d’applications qui prélèvent une commission, et sur des millions de développeurs qui vivent de ce modèle. Un monde sans applications remettrait en cause cet équilibre : qui contrôlerait alors la relation avec l’utilisateur ? Probablement celui qui détient l’assistant d’IA, et non celui qui fabrique le matériel ou tient la boutique.
C’est là que se joue, à mon sens, l’enjeu stratégique. Les grands acteurs du secteur, des fabricants de smartphones aux géants du logiciel, investissent déjà massivement dans des assistants capables d’agir à la place de l’utilisateur au lieu de simplement répondre à ses questions. La déclaration d’Elon Musk s’inscrit dans cette tendance : celle d’une bataille pour devenir l’interface unique, celle qui remplacerait toutes les autres.
Il y a également une dimension publicitaire et culturelle. Si une IA décide de ce qui s’affiche sur votre écran en fonction de ce qu’elle anticipe, la question de la diversité des contenus, de la dépendance aux recommandations et de la transparence des critères devient centrale. Je reviens sur ce point plus bas, car c’est celui qui me semble le plus sous-estimé.
Les raisons de rester prudent
Je ne cache pas mon scepticisme sur le calendrier. Elon Musk est connu pour des prévisions technologiques dont les échéances ont souvent glissé, notamment dans la conduite autonome. Cela ne signifie pas que la direction est mauvaise, mais que l’horizon de cinq à six ans doit être lu comme une ambition, pas comme un engagement.
Plusieurs obstacles concrets existent. D’abord, la puissance de calcul et l’autonomie : générer de la vidéo en continu demande des ressources que les batteries et les puces actuelles ne fournissent pas sans recours massif à des serveurs distants, ce qui suppose des réseaux robustes et une énergie abondante. Ensuite, les usages : la plupart des gens utilisent leur téléphone pour des tâches précises et fiables, comme payer, se repérer, s’identifier ou communiquer. Confier ces actions à une IA qui « anticipe » demande un niveau de confiance que la technologie n’a pas encore démontré.
L’histoire récente des appareils pensés comme des alternatives au smartphone, ces petits boîtiers dotés d’un assistant d’IA lancés ces dernières années, rappelle aussi que le public n’abandonne pas facilement un objet qu’il maîtrise. Le smartphone s’est imposé parce qu’il remplaçait plusieurs appareils à la fois, et parce que son écosystème d’applications répondait à des besoins très divers.
Enfin, la question de la régulation ne peut pas être éludée. Un appareil qui génère et sélectionne en permanence les contenus soulève des enjeux de protection des données, de droits d’auteur et de responsabilité en cas d’erreur ou de contenu trompeur, des sujets sur lesquels les autorités, en Europe notamment, restent attentives.
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Ce que cela change pour nous, utilisateurs
Même si l’échéance annoncée paraît optimiste, je pense que la tendance de fond mérite d’être prise au sérieux. Nous le constatons déjà : les assistants conversationnels remplacent peu à peu certaines recherches et certaines applications. On demande un itinéraire, une recommandation ou un résumé à une IA plutôt que d’ouvrir plusieurs services.
La vraie question, selon moi, n’est donc pas de savoir si le téléphone disparaîtra en 2031, mais ce que nous accepterons de déléguer. Un appareil qui n’affiche que ce qu’il pense que vous aimeriez recevoir est, par construction, un appareil qui réduit votre part d’initiative. Cela peut être très confortable. Cela peut aussi enfermer chacun dans une bulle de contenus conçue sur mesure, où la surprise, la contradiction et la découverte se raréfient.
Pour les médias, les créateurs et les éditeurs de sites, le défi sera de rester visibles dans un univers où l’utilisateur ne choisit plus lui-même ses sources. C’est une réflexion que nous devons mener dès maintenant, sans attendre que la technologie soit mature.
Une conclusion ouverte
Je retiens de cette déclaration moins une prophétie qu’une invitation à regarder où va l’informatique personnelle. Elon Musk dessine un futur où l’appareil s’efface et où l’IA devient l’unique interface, et il le fait avec l’assurance qui le caractérise. Entre cette vision et la réalité des usages, il y a l’épreuve du temps, des réseaux, des batteries, de la régulation et, surtout, de la confiance des utilisateurs.
La question qui me paraît décisive est celle-ci : lorsque la machine saura mieux que nous ce que nous voulons voir, voudrons-nous encore choisir ?
FAQ
Elon Musk dit-il que les écrans vont disparaître ?
Non. Selon ses propos, l’appareil resterait là pour l’écran et l’audio. Ce sont les applications et les systèmes d’exploitation qui, d’après lui, deviendraient inutiles.
Que signifie « nœud périphérique pour l’inférence de l’IA » ?
Cela désigne un appareil situé près de l’utilisateur qui exécute, au moins en partie, les calculs permettant à une IA de produire du texte, du son ou de la vidéo.
Dans quel délai cette évolution est-elle annoncée ?
Elon Musk évoque cinq à six ans, voire moins. Il s’agit d’une estimation personnelle, qui reste à confirmer.
Qu’est-ce que Grok Imagine ?
C’est l’outil de génération d’images et de vidéos par IA associé à xAI, l’entreprise d’intelligence artificielle d’Elon Musk, cité par lui pour illustrer la cohérence de certaines vidéos générées.