Le Maroc et l’Égypte sont les deux destinations envisagées par la presse spécialisée. Un document du Pentagone dévoile les préparatifs de cette opération.
Quatre imposants avions militaires américains, retirés du service en 2024, pourraient bientôt reprendre les airs pour rejoindre l’Afrique du Nord. Le Pentagone cherche des entreprises capables de restaurer ces KC-10 Extender, utilisés pendant plus de quarante ans pour ravitailler les chasseurs en plein vol. Le destinataire reste confidentiel, mais le Maroc figure parmi les deux pays pressentis, avec l’Égypte.
Un avis officiel qui lève une partie du voile
L’information provient d’un avis publié le 7 octobre par l’US Air Force, sous la référence FA8625-27-R-B001. Ce type de document, que l’administration américaine utilise pour sonder le marché avant un appel d’offres, ne constitue pas un contrat. Il permet d’identifier les entreprises capables d’exécuter un programme et d’en estimer le coût.
Le texte prévoit la remise en état de quatre appareils au maximum, leur acheminement vers le pays bénéficiaire et la formation des équipages chargés de les utiliser. Les entreprises intéressées devront aussi assurer la maintenance et le soutien logistique pendant trois à cinq ans. Elles ont jusqu’au 28 octobre pour présenter leurs capacités techniques et une estimation des coûts.
Le magazine américain Aviation Week, qui a révélé l’affaire le 8 octobre, identifie le Maroc et l’Égypte comme les deux bénéficiaires possibles. À ce stade, aucun des deux pays n’a été officiellement désigné, et rien n’indique que Washington ait confirmé l’un ou l’autre. Nous restons donc dans le champ de l’hypothèse, étayée par une source spécialisée reconnue, mais pas dans celui de la certitude.
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Voici les repères de ce dossier :
- 7 octobre : publication de l’avis de l’US Air Force (FA8625-27-R-B001)
- 8 octobre : révélation par Aviation Week
- 28 octobre : date limite de réponse des entreprises
- Quatre avions au maximum, retirés du service en 2024
- Trois à cinq ans de maintenance et de soutien logistique prévus
Qu’est-ce qu’un KC-10 Extender
Le KC-10 est un ravitailleur dérivé de l’avion de ligne McDonnell Douglas DC-10, entré en service dans l’armée de l’air américaine au début des années 1980. Sa taille et sa soute lui permettent d’emporter une très grande quantité de carburant, ce qui en a fait un outil central des opérations lointaines américaines pendant des décennies. Il pouvait aussi transporter du fret et du personnel, une polyvalence appréciée des états-majors.
Sa particularité tient à son équipement de ravitaillement. Il dispose d’une perche rigide, pilotée depuis l’arrière de l’appareil, qui se connecte directement à la prise du chasseur. C’est le système utilisé par les F-16 et la plupart des avions de combat américains. Il peut également mettre en œuvre un système à tuyau souple, qui équipe d’autres types d’appareils, notamment de nombreux avions européens.
L’US Air Force a retiré du service le dernier exemplaire en septembre 2024, au profit du KC-46 Pegasus, plus récent, et du KC-135, plus ancien mais toujours employé. Ces avions ne sont donc pas neufs, et leur éventuelle seconde vie dépendrait d’une remise à niveau sérieuse.
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Une capacité qui manque aux F-16 marocains
Pour les Forces royales air, ces avions pourraient combler une lacune importante. Le Maroc exploite des F-16 depuis plusieurs années, et le royaume a commandé une nouvelle série de ces chasseurs auprès des États-Unis. Or sa flotte de combat ne dispose pas d’un ravitailleur national capable de les accompagner sur de longues distances.
Les exemples récents sont éloquents. Fin septembre, quatre F-16 marocains ont dû embarquer près de sept tonnes de carburant chacun pour rejoindre la France, faute de ravitailleur national. Lors d’autres exercices, ils dépendent des appareils français ou américains pour se ravitailler en vol. Cette dépendance limite l’autonomie, la liberté d’action et la capacité de projection de l’aviation marocaine.
Un ravitailleur rigide est précisément ce qu’il faudrait pour ce type de flotte. Quatre KC-10 offriraient une réserve de carburant considérable, bien supérieure à celle des ravitailleurs légers. Ils permettraient d’allonger le rayon d’action des chasseurs, de réduire le recours aux alliés et de participer plus facilement à des exercices multinationaux de grande ampleur.
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Pourquoi l’Égypte est aussi citée
Le Caire constitue l’autre destinataire possible. L’Égypte est depuis des décennies un partenaire militaire majeur de Washington et l’un des principaux bénéficiaires de l’aide américaine à la région. Elle dispose d’une flotte aérienne importante, dans laquelle figurent des F-16, et d’ambitions régionales qui exigent une capacité de projection sur le Sahel, la Libye et la mer Rouge.
Les deux pays ont donc des raisons plausibles de souhaiter ces appareils. Le Maroc cherche à doter son aviation d’une autonomie qui lui fait défaut, tandis que l’Égypte opère dans un environnement sécuritaire où les distances et la durée des missions comptent. L’avis du Pentagone ne tranche pas, et nous ne le ferons pas à sa place.
Les enjeux d’une telle opération
Si le Maroc était le bénéficiaire, l’enjeu serait d’abord opérationnel. Un ravitailleur d’envergure change la manière dont une armée de l’air planifie ses missions : patrouilles plus longues, déploiements à distance, entraînement plus autonome. Il aurait aussi une portée politique, car il ancrerait davantage le royaume dans la coopération militaire avec les États-Unis, déjà visible à travers des exercices comme African Lion.
Il y a ensuite la question de la méthode. Remettre en état des avions retirés, plutôt que d’acheter des appareils neufs, est une solution relativement économique pour l’acquéreur, mais pas gratuite. Les coûts de remise en service, de formation, de pièces détachées et de maintenance s’étalent sur plusieurs années. L’avis prévoit d’ailleurs un soutien logistique de trois à cinq ans, ce qui montre que Washington envisage une relation durable avec le pays concerné.
Reste un obstacle de taille. Les KC-10 sont des appareils vieillissants. Leur remise en état nécessiterait des travaux importants, auxquels s’ajouteraient les coûts d’exploitation et de maintenance. Les consommations de carburant d’un trimoteur de cette génération, la disponibilité des pièces et la formation d’équipages techniques, qui doivent maîtriser à la fois le vol et le ravitaillement, représentent un défi pour toute armée de l’air qui n’a jamais exploité de ravitailleur lourd.
Des points de vue qui divergent
Les analystes se partagent sur la pertinence de ce choix. Pour les partisans, une plateforme éprouvée, accessible à un coût inférieur à celui d’un appareil neuf, répond à un besoin immédiat. Elle permet d’acquérir rapidement une capacité qui ne s’improvise pas.
Pour les sceptiques, il faut se garder de l’effet d’annonce. Un avion vieux de plusieurs décennies exige une chaîne de maintenance exigeante, et son coût réel peut dépasser les estimations initiales. D’autres solutions existent sur le marché, y compris des ravitailleurs plus récents, mais à des prix bien plus élevés et avec des délais de livraison plus longs. Le choix d’un appareil d’occasion reflète aussi des contraintes budgétaires et calendaires.
Ce que nous saurons après le 28 octobre
Les réponses des entreprises, attendues avant la fin du mois, donneront une première idée du coût et de la faisabilité. Elles ne diront pas pour autant qui sera le destinataire, car les autorités américaines n’ont pas l’habitude de commenter ces dossiers à ce stade. L’éventuelle notification officielle d’un transfert, ou un communiqué de l’un des deux pays, constituerait le véritable signal.
En attendant, une chose est claire. Le Pentagone prépare activement un transfert d’avions ravitailleurs vers l’Afrique du Nord, et cette décision dit quelque chose de la place que Washington accorde à ses partenaires de la région. Reste à savoir si le Maroc, l’Égypte ou un troisième acteur en sera le bénéficiaire, et dans quel délai ces quadriréacteurs, ou plutôt ces trimoteurs, reprendront l’air.
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FAQ
Qu’est-ce que le KC-10 Extender ?
C’est un avion ravitailleur américain dérivé du DC-10, qui a servi plus de quarante ans à ravitailler d’autres appareils en vol. Il peut aussi transporter du fret et du personnel.
Quels pays sont concernés par ce projet ?
Le destinataire n’est pas officiellement désigné. Aviation Week cite le Maroc et l’Égypte comme les deux possibilités.
Pourquoi le Maroc aurait-il besoin de ces appareils ?
Ses F-16 ne disposent pas de ravitailleur national et dépendent d’appareils alliés pour les opérations lointaines. Fin septembre, quatre d’entre eux ont dû emporter près de sept tonnes de carburant chacun pour rejoindre la France.
Quand sera-t-on fixé ?
Les entreprises ont jusqu’au 28 octobre pour répondre à l’avis américain. L’identité du bénéficiaire pourrait ne pas être connue à cette date.