Ce n’est pas une hémorragie soudaine, mais un rythme d’usure qui mérite d’être examiné avec précision, car il touche directement la capacité de la Russie à maintenir ses frappes à distance contre les positions et les villes ukrainiennes.
Le Su-34, le chasseur-bombardier que les forces russes utilisent le plus intensément pour larguer des bombes planantes, concentre l’essentiel des destructions. Le 4 octobre, des drones du Service de sécurité d’Ukraine ont touché un Su-34 et un Su-35 sur la base de Khanskaya, en Adyguée, à environ 500 km du territoire contrôlé par Kyiv, ainsi qu’un dépôt de munitions.
Dans la nuit du 14 au 15 octobre, des missiles Neptune de la marine ukrainienne ont frappé la base de Borisoglebsk, dans la région de Voronej. Des images satellites ont montré quatre Su-34 détruits et deux autres gravement endommagés. Le 29 octobre, une nouvelle frappe Neptune a détruit deux autres Su-34 à Marinovka, dans la région de Volgograd ; des clichés satellitaires ont confirmé la présence de débris sur les emplacements de stationnement habituels des appareils.
Le bilan des Su-34 pour le mois s’établit donc à sept appareils détruits, ou neuf en comptant les deux endommagés à Borisoglebsk. Le renseignement militaire ukrainien (HUR) indiquait qu’au 22 octobre la Russie disposait d’environ 140 Su-34 de toutes versions en service, et que l’industrie russe avait livré 22 nouveaux exemplaires entre octobre 2025 et octobre 2026. Les pertes d’octobre représentent à elles seules une part non négligeable de la production annuelle, estimée par le HUR entre 14 et 18 appareils par an dans d’autres communications. La Russie n’a pas reconnu ces frappes.

Chiffres clés des pertes recensées fin septembre-octobre 2026
- 7 Su-34 détruits au sol par des frappes ukrainiennes (Khanskaya, Borisoglebsk, Marinovka), plus 2 endommagés à Borisoglebsk.
- 1 Tu-95MS détruit dans un accident au décollage le 29 septembre près de la base d’Ukrainka (région de l’Amour), avec au moins six morts parmi l’équipage.
- 2 Su-30SM perdus le 21 octobre dans des accidents de vol d’entraînement (l’un confirmé par le ministère russe de la Défense à Kaliningrad, l’autre rapporté par des sources russes et ukrainiennes, avec le décès annoncé de deux pilotes de la patrouille des Chevaliers russes).
- 1 Su-57 signalé détruit par le feu le 29 octobre à Akhtubinsk lors d’un démarrage de moteur (images satellite publiées par une source ouverte ukrainienne ; non confirmé par la Russie).
- 1 Mi-8 détruit le 30 octobre dans la région de Louhansk par des drones ukrainiens après atterrissage.
Ces éléments proviennent du projet open-source ukrainien Oko Gora, qui a recensé 11 avions de chasse et un hélicoptère pour le seul mois d’octobre, du HUR, de déclarations de la marine et du SBU ukrainiens, d’images satellites analysées par des groupes comme AviVector et CyberBoroshno, et des confirmations officielles russes limitées aux accidents de vol. Le projet Oryx, qui n’enregistre que les pertes documentées visuellement, comptait 205 avions russes détruits ou endommagés depuis février 2022, dont 48 Su-34.
Le Tu-95MS perdu le 29 septembre est un cas distinct. L’appareil s’est écrasé au décollage près de la base d’Ukrainka, en Extrême-Orient. Le ministère russe de la Défense a indiqué qu’il effectuait un vol d’entraînement sans armement. Il s’agit du premier accident de ce type depuis 2015. La Russie ne produit plus de Tu-95 ; elle les utilise pour lancer des missiles de croisière Kh-101 sur l’Ukraine. Chaque perte est donc irréversible.
Les deux Su-30SM du 21 octobre relèvent d’accidents. Le ministère de la Défense a confirmé l’écrasement de l’un d’eux dans la région de Kaliningrad lors d’un vol d’entraînement ; les deux membres d’équipage se sont éjectés. Des sources russes et ukrainiennes ont évoqué un second appareil le même jour. Quelques jours plus tard, la patrouille acrobatique des Chevaliers russes a annoncé le décès du colonel Oleg Yerofeyev et du lieutenant-colonel Vladimir Kochetov, sans préciser les circonstances. Des analystes ukrainiens ont établi un lien ; les autorités russes n’ont pas confirmé cette hypothèse.
La perte signalée du Su-57 à Akhtubinsk, principal centre d’essais en vol, est la plus inhabituelle. Une source ouverte ukrainienne a publié des images satellite montrant une trace de brûlure sur une zone de stationnement après un incendie survenu lors du démarrage d’un moteur le 29 octobre. La Russie n’a pas commenté. Si l’information se vérifie, il s’agirait du quatrième Su-57 perdu ou endommagé en 2026, après une frappe de drones en avril et un crash près de Moscou en juillet que Moscou a attribué à une défaillance technique. La production de Su-57 reste limitée à quelques unités par an.
Une mauvaise image des avions russes
Les Su-34 constituent l’outil principal des frappes de bombes planantes (KAB) que les forces russes emploient pour saturer les positions ukrainiennes et les localités proches du front sans s’exposer aux défenses aériennes. Réduire leur nombre disponible force soit à diminuer le rythme des sorties, soit à accepter un risque plus élevé en rapprochant les bases. Les frappes ukrainiennes de missiles Neptune et de drones à longue portée ont démontré que des bases situées à plusieurs centaines de kilomètres de la ligne de front ne sont plus hors de portée. Cela contraint la Russie à disperser davantage ses appareils ou à les retirer plus en profondeur, ce qui allonge les temps de réaction et réduit l’efficacité opérationnelle.
Sur le plan industriel, le rythme de production du Su-34, même s’il a progressé, reste inférieur à la combinaison des pertes au combat, des accidents et de l’usure. Le HUR a souligné que les pertes cumulées depuis 2022 équivalent à plusieurs années de production. Les sanctions occidentales n’ont pas interrompu les chaînes de montage, mais elles limitent l’accès à certains composants et allongent les cycles. Chaque Su-34 représente un investissement de plusieurs dizaines de millions de dollars et des années de formation pour les équipages.
Les accidents confirment par ailleurs une pression sur la flotte et les équipages. Les vols d’entraînement intensifs, le vieillissement de certains appareils et la maintenance sous contrainte apparaissent dans les rapports d’accidents que Moscou est obligé de reconnaître. La perte d’un Tu-95MS, appareil non remplaçable, réduit également la capacité de frappes stratégiques à longue portée.
Affaire à suivre
Ces pertes s’inscrivent dans une guerre d’attrition où l’aviation russe conserve encore un avantage quantitatif, mais où la combinaison de frappes au sol et d’accidents réduit progressivement la marge de manœuvre. La Russie continue de livrer de nouveaux Su-34 et de moderniser des appareils existants. L’Ukraine, de son côté, étend la portée de ses missiles et de ses drones, ce qui force des adaptations. La question reste ouverte de savoir si le rythme de destruction dépassera durablement la capacité de remplacement, et comment cela affectera la densité des frappes de bombes planantes sur le front et les villes ukrainiennes dans les mois à venir. Les données des prochaines semaines, croisées avec les images satellites et les déclarations officielles, permettront d’affiner ce diagnostic.
FAQ
La Russie a-t-elle confirmé les pertes de Su-34 dues aux frappes ukrainiennes ?
Non. Elle n’a reconnu que les accidents survenus lors de vols d’entraînement (Tu-95MS et Su-30SM).
Combien de Su-34 la Russie aurait-elle encore en service ?
Selon le renseignement militaire ukrainien, environ 140 au 22 octobre 2026.
Les images satellites confirment-elles les destructions ?
Oui pour plusieurs cas à Borisoglebsk et Marinovka, où des débris ont été observés sur les emplacements de stationnement.
Le Su-57 incendié à Akhtubinsk est-il confirmé ?
Non par la Russie qui souhaite ne pas faire peur à ses futurs acheteurs. L’information repose sur des images satellite publiées par une source ouverte ukrainienne.
Les algériens se sont fait arnaquer avec le su 57 , les indiens et d’autres nations ont refusé de le prendre car il présentait beaucoup de défauts et il n’est pas furtif. Ya que les algériens qui sont tombés dedans en se ruinant 😂