Le cours de Forafric Global, coté au Nasdaq, a nettement progressé en début de semaine, au lendemain d’une annonce qui change la nature du groupe. Le 7 octobre 2026, l’entreprise a dévoilé un accord préliminaire pour racheter la totalité d’Al Nasr Industries & Systems, une société marocaine actionnaire de deux projets d’usines d’équipements militaires.
À retenir
- Forafric Global veut racheter Al Nasr Industries & Systems, annoncé le 7 octobre 2026.
- Al Nasr détient des parts dans deux projets d’usines militaires au Maroc.
- L’action a gagné 7,39 % en deux séances, à 12,50 dollars.
- Le chiffre d’affaires du groupe a reculé de 35,6 % en 2025.
- La finalisation est visée au quatrième trimestre 2026, prix non communiqué.
Si la transaction aboutit, elle marquerait le passage d’un acteur de la meunerie vers l’industrie de défense.
J’ai suivi cette séquence de près. Elle ne dit pas seulement ce que le marché pense d’une opération. Elle montre aussi ce qu’un groupe fragilisé est prêt à tenter pour retrouver une trajectoire de croissance.
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Un marché qui réagit, mais sans excès
Le titre AFRI a pris 5,24 % le mercredi 7 octobre, puis 2,04 % le lendemain, et a terminé la séance de jeudi à 12,50 dollars, soit 115,65 dirhams. La veille de l’annonce, il valait 11,64 dollars (107,69 dirhams). Sur deux séances, le gain atteint donc 7,39 %.
Les échanges ont suivi la même pente. Jeudi, 67 580 actions ont changé de mains, contre 36 402 la veille, soit 85,6 % de plus. Cet afflux traduit une curiosité nouvelle pour le dossier, sans pour autant témoigner d’un engouement massif.
Les bons de souscription d’actions, cotés sous le symbole AFRIW, ont réagi avec bien plus de vigueur. Ces titres donnent le droit d’acheter des actions plus tard, à un tarif fixé d’avance. Leur valeur est très sensible aux paris des investisseurs sur l’avenir du cours. Ils sont passés de 1,45 dollar (13,42 dirhams) mardi à 2,12 dollars (19,61 dirhams) jeudi, soit 46,2 % de hausse, avec 83 954 bons échangés lors de la séance du 8 octobre.
Pour garder les ordres de grandeur en tête, voici l’essentiel de la séquence boursière :
- Action AFRI : +5,24 % le 7 octobre, puis +2,04 % le 8 octobre
- Cours de clôture du 8 octobre : 12,50 dollars, contre 11,64 dollars le 6 octobre
- Volume sur l’action jeudi : 67 580 titres, contre 36 402 la veille
- Bons AFRIW : de 1,45 à 2,12 dollars, avec 83 954 bons échangés
L’intérêt a dépassé les frontières américaines, puisque la presse économique sud-coréenne s’est elle aussi penchée sur le virage de Forafric. Je reste toutefois prudent. Les volumes demeurent limités, et rien ne permet de savoir précisément qui achète ni pourquoi. Quelques séances favorables ne valent pas jugement sur la solidité d’une stratégie.
Ce que contient réellement l’accord avec Al Nasr
Le texte signé le 7 octobre prévoit la reprise de 100 % du capital d’Al Nasr Industries & Systems. Cette société n’exploite pas elle-même d’usine d’armement. Elle détient des participations minoritaires dans deux entreprises qui construisent, au Maroc, des sites de production de matériels et d’équipements militaires.
Ces deux projets disposent d’autorisations délivrées dans le cadre de la loi n° 10-20, qui régit la fabrication, le commerce, l’importation et l’exportation du matériel de défense. Cette précision n’est pas anodine. Elle indique que les chantiers évoluent dans un cadre légal strict, ce qui constitue à la fois une garantie de sérieux et une barrière à l’entrée. Le secteur exige des capitaux conséquents et des savoir-faire pointus.
Forafric ne s’arrêterait pas là. Le groupe dit vouloir, à terme, monter au capital de ces deux entreprises pour en prendre le contrôle. Cette étape lui donnerait davantage de poids sur les arbitrages d’investissement, les orientations de production et la stratégie commerciale. Tant qu’il reste actionnaire minoritaire par ricochet, sa capacité à peser sur ces choix demeure restreinte.
Le calendrier annoncé vise une finalisation au quatrième trimestre 2026. Elle suppose des audits financiers et juridiques, la signature des accords définitifs et l’obtention des feux verts nécessaires. Plusieurs inconnues subsistent : le prix du rachat, la valeur des actifs concernés et le budget requis pour achever les installations.
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Du blé aux drones, puis aux usines
Cette annonce prolonge un virage amorcé au printemps. Forafric s’est fait connaître par la transformation des céréales et la production de farine, de semoule, de pâtes et de couscous. Le groupe a ensuite élargi son horizon à la sécurité alimentaire, aux infrastructures énergétiques et à la défense.
Dans ce dernier domaine, ses premières pistes touchaient aux drones, à l’intelligence artificielle embarquée dans des équipements militaires et aux dispositifs laser conçus pour neutraliser des appareils sans pilote. Pour acquérir l’expertise manquante, il misait sur des partenariats avec des industriels étrangers.
L’opération Al Nasr change l’échelle. On passe d’ambitions technologiques à des intérêts dans de véritables outils de production, avec l’idée de vendre ensuite des équipements au marché marocain comme à l’export.
Ce pivot s’appuie sur un remaniement financier lancé en août. Forafric Global a cédé 68 % de Forafric Maroc à Cap Holding. L’accord comprenait une augmentation de capital de 100 millions de dirhams, un allègement d’environ 280 millions de dirhams de la dette financière et la couverture des besoins de trésorerie de la filiale pendant deux ans. En se désengageant ainsi de son activité agroalimentaire marocaine, la maison mère libère des ressources pour ses nouveaux axes, dont l’industrie militaire est devenue l’un des principaux.
Une urgence financière qui éclaire la manœuvre
Pour comprendre cet empressement, il faut regarder les comptes. En 2025, le chiffre d’affaires consolidé de Forafric Global a chuté de 35,6 %, à 176,49 millions de dollars (environ 1,63 milliard de dirhams), contre 274,22 millions de dollars un an plus tôt. La perte nette s’est élevée à 13,79 millions de dollars (127,59 millions de dirhams). Au 31 décembre, le déficit accumulé atteignait 154,6 millions de dollars, soit environ 1,43 milliard de dirhams.
Les états financiers évoquaient en outre des tensions de financement et un doute sérieux sur la capacité du groupe à poursuivre son exploitation. Dans ce contexte, la défense apparaît comme une porte de sortie, un moyen de bâtir des revenus neufs et de se doter d’actifs industriels capables de soutenir un redressement.
Le pari n’a cependant rien d’immédiat. Un marché militaire se construit sur des années, entre essais techniques, homologations, production en série puis livraisons. Les usines marocaines devront donc être financées sur la durée, alors même que la trésorerie du groupe reste précaire. À mes yeux, c’est là que se situe le principal risque : l’écart entre l’horizon des investissements et l’urgence financière de l’entreprise.
Une transaction entre parties liées
Un autre élément appelle l’attention. Forafric et Al Nasr dépendent du même bénéficiaire effectif ultime, ce qui range le rachat parmi les opérations entre parties liées. Ce type de transaction n’a rien d’illégitime en soi, mais il impose une vérification attentive des conditions de prix.
L’actionnariat accentue cette exigence. Lighthouse Settlement détient 71,39 % des actions ordinaires, soit 19 250 483 titres. Yariv Elbaz et sa famille figurent parmi les bénéficiaires potentiels de cette fiducie, gérée par Lighthouse Corporation PTC. Avec un tel niveau de concentration, les petits porteurs dépendent largement de la rigueur de l’évaluation d’Al Nasr, du montant versé et des engagements qui pourraient suivre. Le conseil d’administration devra se prononcer sur les termes définitifs avant tout transfert.
Je considère que cette gouvernance pèsera autant que l’évolution du cours dans la perception de l’opération. Un prix perçu comme équitable renforcerait la crédibilité du projet, tandis qu’un prix contesté pourrait refroidir l’enthousiasme actuel.
Les prochaines étapes à suivre
La signature des accords définitifs constituera le premier rendez-vous, et le prix convenu comme le montant des investissements prévus permettront de mesurer l’enjeu financier réel. Viendront ensuite la mise en service des deux usines, les premières commandes et les recettes effectivement encaissées. Ces éléments diront si l’armement peut contribuer au redressement de Forafric.
Pour l’heure, le marché achète une promesse. Reste à voir si elle se transformera en chiffre d’affaires.
FAQ
Que prévoit l’accord du 7 octobre 2026 ?
Forafric Global s’est entendu avec Al Nasr Industries & Systems pour acquérir 100 % de son capital. Cette société détient des parts dans deux entreprises qui bâtissent des usines de matériel militaire au Maroc.
Quand le rachat doit-il être finalisé ?
Le groupe vise le quatrième trimestre 2026, sous réserve des audits, de la signature des accords définitifs et des autorisations requises.
Pourquoi Forafric s’oriente-t-il vers la défense ?
Son chiffre d’affaires a reculé de 35,6 % en 2025 et il a subi une perte nette de 13,79 millions de dollars. Le groupe cherche de nouvelles sources de revenus et a cédé 68 % de Forafric Maroc pour redéployer ses moyens.
En quoi s’agit-il d’une opération entre parties liées ?
Forafric et Al Nasr relèvent du même bénéficiaire effectif ultime. Les conditions financières du rachat intéressent donc particulièrement les actionnaires minoritaires.