À Tanger, les Assises de l’AUSIM 2026 réunissent du 7 au 9 octobre plus de 1.200 dirigeants, décideurs et experts autour d’un enjeu devenu stratégique : comment tirer parti de l’IA et de l’innovation sans perdre la maîtrise de ses données et de ses technologies ?
À retenir
- La 8ᵉ édition des Assises de l’AUSIM se tient à Tanger du 7 au 9 octobre 2026.
- Plus de 1.200 dirigeants, DSI, décideurs publics et experts sont annoncés.
- Le thème « AI-MPOWERING » associe innovation, intelligence et souveraineté.
- L’enjeu : passer du projet pilote à un impact réel, sans perdre le contrôle des données.
- Huit startups de Technopark Morocco participent via un Village Startups.
Il y a quelques années, l’intelligence artificielle était un sujet de laboratoire ou de conférence prospective. Elle est aujourd’hui une ligne budgétaire, un projet pilote dans la plupart des grandes organisations et, de plus en plus, une question de gouvernance. C’est cette bascule que les Assises de l’AUSIM, qui se tiennent à Tanger depuis le 7 octobre, entendent mettre au centre des débats. Nous avons examiné ce que l’on sait de cette 8ᵉ édition et ce qu’elle dit de l’état de la transformation numérique au Maroc.
Un rendez-vous installé de la communauté IT marocaine
L’AUSIM, l’Association des utilisateurs des systèmes d’information au Maroc, rassemble ceux qui déploient, exploitent et arbitrent la technologie au sein des entreprises et des administrations. Ses Assises, organisées tous les deux ans environ, constituent un point de rencontre régulier pour cette communauté. La précédente édition, en octobre 2024 à Marrakech, avait mis l’accent sur le numérique comme levier de durabilité, de résilience et d’efficacité énergétique. Celle de Tanger déplace le curseur vers l’intelligence artificielle.
Selon les organisateurs, plus de 1.200 participants sont attendus jusqu’au 9 octobre. Il s’agit de dirigeants, de directeurs des systèmes d’information, de décideurs publics et d’experts marocains et internationaux. L’AUSIM présente l’événement comme un « think tank opérationnel », c’est-à-dire un espace d’échange entre pairs plutôt qu’une vitrine commerciale. Nous restons prudents sur cette formule. Elle décrit une intention, et seul le contenu des séances permettra de juger de sa réalité.
Le thème retenu, « AI-MPOWERING : par l’Innovation, l’Intelligence et la Souveraineté », repose sur un jeu de mots. Il associe AI, pour intelligence artificielle, et empowerment, que l’on peut traduire par capacité d’action. L’idée est de faire de l’IA un outil qui renforce l’autonomie des organisations, et non un produit que l’on consomme sans le maîtriser.
Dépasser l’effet de mode
Le message des organisateurs est explicite : il s’agit de passer de l’expérimentation à l’impact. Mohamed Saad, président de l’AUSIM, résume la démarche en indiquant que les participants ne viennent pas « observer des gadgets technologiques » mais définir le cadre d’arbitrage permettant de passer du projet pilote à un impact industriel mesurable dans les comptes des entreprises, tout en garantissant la souveraineté des données nationales.
Cette formulation touche un problème bien connu des directions informatiques, au Maroc comme ailleurs. Lancer un prototype d’IA générative, un assistant interne ou un outil d’analyse prédictive est devenu relativement simple. Le faire fonctionner à l’échelle est plus difficile. Il faut des données propres et accessibles, des compétences, un cadre de sécurité, une conformité réglementaire et, surtout, un retour sur investissement démontrable. Beaucoup de projets restent bloqués à ce stade intermédiaire, que le jargon du secteur désigne parfois comme le « purgatoire des pilotes ».
Poser la question en termes de bilan, et non de technologie, est un déplacement notable. Il suppose que les DSI s’entendent avec les directions générales et financières sur des critères de décision : quels usages prioriser, quels gains mesurer, quels risques accepter. C’est ce que recouvre la notion de « cadre d’arbitrage » évoquée par le président de l’association.
La souveraineté, notion centrale et à définir
Le troisième terme du thème, la souveraineté, est sans doute le plus délicat. Dans le débat public, il recouvre des réalités très différentes.
Il peut s’agir de la souveraineté des données : où sont-elles hébergées, qui peut y accéder, sous quelle juridiction ? Le Maroc dispose depuis 2009 d’une loi sur la protection des données personnelles, la loi 09-08, supervisée par la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP). Le recours à des modèles d’IA hébergés à l’étranger pose cependant des questions nouvelles, notamment lorsque les données traitées sont sensibles ou stratégiques.
Il peut aussi s’agir de la souveraineté technologique au sens large : dépendance aux fournisseurs de modèles et de puissance de calcul, accès aux infrastructures, capacité locale à développer ou adapter des solutions. Sur ce terrain, les États comme les entreprises cherchent un équilibre entre l’accès aux meilleures technologies, souvent conçues par une poignée d’acteurs mondiaux, et la préservation de leur marge de manœuvre.
Nous notons que le mot est employé ici sans hostilité envers l’ouverture. Le choix de Tanger comme ville hôte illustre cette ambivalence. Comme le souligne la presse économique marocaine, la proximité de Tanger Med, plateforme logistique et industrielle connectée aux grands réseaux d’échanges mondiaux, offre l’exemple d’un ancrage national articulé à une forte ouverture internationale. La souveraineté, dans cette lecture, n’est pas l’autarcie. Elle désigne la capacité de choisir ses dépendances.
Ce que l’on sait du dispositif
Les informations publiques disponibles à ce stade permettent de poser quelques repères :
- Dates et lieu : du 7 au 9 octobre 2026, à Tanger.
- Édition : la 8ᵉ des Assises de l’AUSIM.
- Participants : plus de 1.200 annoncés par les organisateurs, parmi lesquels des dirigeants, des DSI, des décideurs publics et des experts.
- Thème : « AI-MPOWERING », décliné autour de l’innovation, de l’intelligence et de la souveraineté.
- Écosystème startups : Technopark Morocco a lancé un appel pour sélectionner huit jeunes pousses de son réseau, qui disposent d’un stand dans un « Village Startups ». Sont visées les entreprises actives dans l’IA, la data, la cybersécurité et les technologies émergentes.
La présence d’un espace dédié aux startups n’est pas anodine. Elle rappelle que la question de la souveraineté se joue aussi dans la capacité de l’écosystème local à proposer des alternatives, ou au moins des compléments, aux offres des grands fournisseurs internationaux.
Les enjeux pour les entreprises et l’administration
Pour les grandes organisations marocaines, l’IA pose d’abord un enjeu de productivité, que beaucoup de dirigeants jugent désormais difficile à ignorer. Elle pose aussi un enjeu de risque. Fuite de données via des outils grand public utilisés sans encadrement, biais des modèles, dépendance à un fournisseur unique, cybersécurité : autant de sujets qui relèvent autant de la gouvernance que de l’informatique.
Le Maroc a par ailleurs engagé une stratégie nationale de développement du numérique à l’horizon 2030, que le thème de l’édition semble prolonger, puisque certains communiqués parlent d’« AIMPOWERING 2030 ». Nous ne disposons pas, à cette heure, d’éléments sur d’éventuelles annonces publiques en marge des Assises. Il serait imprudent d’en présumer.
Un point de vue plus réservé mérite d’être rappelé. Certains observateurs estiment que les forums de ce type produisent surtout des déclarations d’intention, et que la mesure de leur utilité se fait dans les mois qui suivent, à travers les décisions d’investissement, les partenariats noués et les projets effectivement mis en production. C’est un critère exigeant, mais légitime.
Une question qui reste ouverte
L’intelligence artificielle rebat-elle les cartes de la transformation numérique au Maroc ? Ce que montrent ces Assises, à ce stade, c’est surtout un déplacement de la question. Il ne s’agit plus de savoir s’il faut adopter l’IA, mais selon quelles règles, avec quels partenaires et à quel prix en termes de dépendance.
La réponse ne viendra pas d’un seul événement. Elle dépendra de la capacité des entreprises, de l’administration et des acteurs de l’innovation à transformer des intentions en choix concrets : quelles données héberger où, quelles compétences former, quels fournisseurs privilégier. Nous suivrons dans les prochains jours les annonces et les prises de position qui émergeront de Tanger.
FAQ
Que sont les Assises de l’AUSIM ?
C’est le grand rendez-vous des utilisateurs de systèmes d’information au Maroc, organisé par l’AUSIM. La 8ᵉ édition se tient à Tanger du 7 au 9 octobre 2026.
Que signifie « AI-MPOWERING » ?
Le terme associe « AI » (intelligence artificielle) et « empowerment » (capacité d’action). Il désigne l’idée de faire de l’IA un levier d’autonomie pour les organisations.
Pourquoi la souveraineté est-elle au cœur du thème ?
Parce que l’usage croissant de l’IA soulève la question du contrôle des données et des technologies. Les organisateurs veulent tirer parti de l’IA sans perdre la maîtrise de ces deux éléments.
Qui participe à l’événement ?
Selon les organisateurs, plus de 1.200 dirigeants, directeurs des systèmes d’information, décideurs publics et experts marocains et internationaux. Huit startups du réseau Technopark Morocco sont également présentes.