Le brouillon dont Reuters a rendu compte le 28 septembre n’a pas été publié officiellement par l’entreprise. D’un côté, une croissance que le secteur n’avait jamais connue. De l’autre, des engagements de plusieurs centaines de milliards de dollars et une clientèle très concentrée. Le titre de cet article évoque une dette impossible à rembourser. Je prends la question au sérieux, mais je la nuance : ce que décrit le document relève surtout d’engagements d’achat de puissance de calcul, pas d’un endettement classique.
À retenir
- Le prospectus d’Anthropic a fuité. Il reste un brouillon non public.
- En 2025, la société a perdu 42 milliards de dollars pour 4,6 milliards de revenus.
- Elle prévoit 518 milliards de dépenses en puissance de calcul.
- Près d’un quart de ses revenus 2025 vient de deux clients.
- L’introduction en Bourse est attendue en novembre.
Le prospectus d’Anthropic, radiographie d’un géant de l’IA
Selon les chiffres rapportés par la presse financière, voici l’essentiel :
- Chiffre d’affaires 2025 de 4,6 milliards de dollars, pour des charges d’exploitation de 13 milliards.
- Perte d’exploitation supérieure à 8 milliards et perte nette de 42 milliards.
- Trésorerie de 20,28 milliards de dollars.
- Revenus de 11,5 milliards au deuxième trimestre 2026, contre 4,73 milliards au premier.
- Plans de dépenses de 518 milliards en services cloud et centres de données.
Autre détail révélateur : les facteurs de risque occupent 80 pages, contre 48 pour la description de l’activité. Rarement une société aura autant insisté sur ce qui peut mal tourner.
Une croissance sans précédent dans l’histoire économique
Le chiffre d’affaires 2025 serait douze fois supérieur à celui de 2024. Côté projections, le rythme annualisé serait passé d’environ 9 milliards fin 2025 à environ 65 milliards fin juillet 2026. Je n’ai pas fait de comparaison exhaustive avec d’autres entreprises, mais je ne connais pas d’équivalent dans le logiciel. Reste à savoir si cette trajectoire peut se prolonger au-delà de la phase d’adoption massive.
Les pertes d’Anthropic, une illusion comptable révélatrice
L’écart entre une perte d’exploitation d’environ 8 milliards et une perte nette de 42 milliards est considérable. Les comptes rendus que j’ai consultés n’en détaillent pas la composition, et je ne veux pas spéculer. Ce qui est rapporté, en revanche, c’est que la société serait bénéficiaire sur le plan opérationnel pour un deuxième trimestre consécutif. La photographie de 2025 ne dit donc pas tout de la situation actuelle. La version publique du prospectus devra clarifier ce point.
Claude Code, le moteur de la conquête enterprise
Lancé en mai 2025, l’outil de programmation agentique est devenu un pilier. Son rythme annualisé dépassait 2,5 milliards de dollars début 2026, et les entreprises en représentaient plus de la moitié. À cette date, cela ne pesait qu’environ 18 % du total annualisé. L’enjeu stratégique est ailleurs : en vendant un produit fini plutôt qu’un simple accès à un modèle, Anthropic cherche à capter davantage de valeur auprès de ses clients.
Run rate vs revenu réel, attention au mirage des projections
Il faut distinguer le revenu comptabilisé du « run rate ». Selon une personne proche du dossier citée par Reuters Breakingviews, Anthropic multiplie par 13 les ventes à l’usage des 28 derniers jours et par 12 les abonnements mensuels. Autrement dit, c’est une extrapolation, pas un résultat. OpenAI a critiqué cette méthode, même si les règles comptables américaines autorisent les deux approches. Mon propre calcul, simple et approximatif : les 11,5 milliards du deuxième trimestre, annualisés, donnent environ 46 milliards, soit nettement moins que les 65 milliards du run rate de fin juillet.
L’open source et les nouveaux rivaux qui menacent les marges
La pression ne vient pas seulement de la concurrence frontale. Elle vient aussi des prix. Meta, longtemps porte-drapeau des modèles ouverts, a changé de cap : son modèle Muse Spark est propriétaire, contrairement à ses engagements passés. Dans ce paysage, la valeur d’un modèle se banalise vite, et c’est la marge qui devient le vrai champ de bataille.
Anthropic veut remplacer tout le travail intellectuel humain
Reuters décrit une vision de l’IA aux ambitions très larges dans le prospectus, et les derniers modèles de l’entreprise sont présentés comme destinés au codage et au travail de la connaissance. Je lis dans cette ambition une logique économique : pour justifier une valorisation de plusieurs centaines de milliards, il faut viser un marché aussi vaste que le travail intellectuel lui-même. Le même document admet pourtant que ses modèles pourraient poser un risque catastrophique, voire existentiel, pour l’humanité.
Meta Muse et le SaaS-apocalypse, qui disparaît en premier ?
Le « SaaS-apocalypse » désigne la crainte que des agents d’IA vident de leur substance les logiciels facturés par utilisateur. Je n’ai pas vérifié l’état actuel des marchés sur ce point. Le signal Meta, lui, est documenté : l’application d’agent personnel Muse, lancée le 8 septembre, a fait bondir l’action de 11,43 % le 21 septembre. Sur 13 jours, Muse a cumulé 2,5 millions de téléchargements contre 400 000 pour Claude, avec des lancements échelonnés qui limitent la comparaison. Et selon Bloomberg, l’API de Meta coûterait environ un quart du prix d’OpenAI et d’Anthropic. À mon sens, les premiers fragilisés seront les intermédiaires sans distribution propre.
Quand les plus gros clients d’Anthropic peuvent partir
Près d’un quart du chiffre d’affaires 2025 provient de deux clients non nommés, soit environ 1,1 milliard de dollars, et beaucoup de grands comptes ne sont pas liés par des contrats de long terme. L’hypothèse que ces deux clients développent leurs propres solutions circule, mais je n’ai trouvé aucune déclaration vérifiable qui la confirme. Le risque est réel sans être documenté : l’équation change si l’un d’eux réduit ses achats.
La dette d’Anthropic peut-elle vraiment être remboursée ?
Rappelons d’abord que 518 milliards de dollars ne sont pas une dette financière. Ce sont des engagements d’achat. Reuters aurait aussi corrigé son texte pour parler d’un horizon de « prochaines années » plutôt que de « prochaine année », selon des observateurs : la nuance est majeure. Rapportés au run rate de 65 milliards, ces engagements représentent environ huit ans de revenus actuels, un ordre de grandeur grossier. Tout dépendra de la poursuite de la croissance et de la tenue des prix. Si les deux flanchent, la charge deviendra lourde.
Anthropic vs OpenAI, deux mondes financiers difficiles à comparer
Comparer les deux groupes suppose d’harmoniser leurs méthodes de comptabilisation. La polémique sur le run rate le montre : un chiffre « annualisé » n’a de sens que si la formule est identique. Faute de données auditées pour OpenAI, je m’abstiens de chiffrer l’écart.
L’IPO d’Anthropic, un animal que Wall Street n’a jamais vu
La dernière valorisation privée était de 965 milliards de dollars en mai, et beaucoup anticipent environ 2 000 milliards à l’introduction. Le calendrier, d’abord prévu en octobre, aurait glissé à novembre. Sur le plan juridique, je n’ai pas vu de détail sur l’exposition à la responsabilité du fait des produits, un point que je surveillerai dans la version publique. Le marché devra juger si la croissance justifie l’écart entre perte nette et promesse. Et si la bataille se joue sur les marges plutôt que sur les modèles, qui en sortira vraiment gagnant ?
FAQ
Le prospectus d’Anthropic est-il public ?
Non. Il s’agit d’un brouillon qui a fuité, rapporté par Reuters.
Anthropic est-elle rentable ?
Pas sur 2025, avec une perte nette de 42 milliards. Elle serait toutefois bénéficiaire sur le plan opérationnel au deuxième trimestre 2026.
Quand aura lieu l’IPO ?
Elle serait reportée à novembre, selon la presse. Aucune date officielle n’est publiée.