Contrat « imminent », « en phase finale », livraisons « dès 2027 »… Les titres se succèdent, mais je cherche en vain l’annonce officielle qui les confirmerait. J’ai donc remonté le fil du dossier, source par source, pour séparer ce qui est établi de ce qui relève de l’information de presse non confirmée.
Ma conclusion d’étape tient en une phrase : à la date où j’écris, je n’ai trouvé aucune commande officiellement annoncée, ni par Rabat, ni par Embraer, alors que les discussions sont bien réelles et semblent avancées.
Ce que l’on sait …
Ce qui est documenté : le Maroc et Embraer ont signé en octobre 2024, lors du Marrakech Air Show, un protocole d’accord de coopération couvrant l’aviation commerciale, la défense et la mobilité aérienne urbaine. Le patron d’Embraer Defense & Security, Bosco da Costa Junior, y avait déclaré que le constructeur souhaitait positionner le C-390 comme le choix privilégié de la Force aérienne royale pour son futur transport tactique.
Ce qui relève de la presse spécialisée : en août 2025, le média Defence and Security Alert (DSA) affirmait que Rabat était sur le point de conclure l’achat de quatre à cinq appareils pour environ 600 millions de dollars, avec une signature espérée avant la fin 2025 et des premières livraisons en 2027. Ces informations ont été largement reprises, notamment par AeroTime.
Ce qui manque : un contrat signé, un communiqué officiel ou une confirmation chiffrée. Le site Air Data News le rappelait encore en juin 2026 : des informations similaires circulent depuis deux ans sans qu’aucune commande formelle n’ait suivi. Yabiladi, de son côté, notait mi-juin 2026 que les Forces armées royales n’avaient pas passé de commande officielle malgré des négociations ouvertes depuis octobre 2024.
Je signale au passage que certains sites ont, à différents moments, présenté le contrat comme déjà signé. Je n’ai trouvé aucune confirmation officielle de ces affirmations, et je les traite donc avec prudence.
Une flotte de C-130H qui vieillit
Pour comprendre l’intérêt du dossier, il faut regarder ce que l’avion remplacerait. La Force aérienne royale marocaine exploite des Lockheed Martin C-130H Hercules et quelques ravitailleurs KC-130H, des appareils conçus dans les années 1960 et en service au Maroc depuis les années 1970. Les sources divergent sur leur nombre exact, entre 14 et 16 selon les publications. Cette incertitude illustre d’ailleurs une réalité du dossier : peu d’informations sont publiques sur l’état réel de la flotte.
Un transporteur tactique, c’est l’outil du quotidien des armées : acheminer des troupes et du fret, évacuer des blessés, intervenir lors de catastrophes naturelles, soutenir des opérations de maintien de la paix. Le renouvellement de cette capacité est donc moins spectaculaire qu’une commande de chasseurs, mais tout aussi structurant.
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Le calendrier d’un dossier au long cours
Voici les jalons que j’ai pu recouper, avec la source à chaque fois :
- Octobre 2024 : protocole d’accord entre le gouvernement marocain et Embraer à Marrakech. Selon Military Africa, il évoque un investissement de 1 milliard de dollars et environ 1 000 emplois d’ici 2035, centrés sur la maintenance civile et militaire.
- 2024 et 2025 : des démonstrations du KC-390 d’essai (immatriculé PT-ZNG) sont rapportées à Rabat et à la base de Kénitra, où sont aujourd’hui basés les C-130 (Air Data News, d’après des données de suivi de vols).
- Avril 2025 : Embraer désigne le Maroc comme partenaire régional stratégique pour sa chaîne d’approvisionnement.
- Août 2025 : DSA évoque un contrat de 4 à 5 appareils, pour environ 600 millions de dollars.
- Mai 2026 : Morocco World News parle de négociations avancées pour jusqu’à cinq avions.
- Juin 2026 : selon Africa Intelligence et Air Data News, Embraer propose aussi un système de commandement et de contrôle (C4I) via sa filiale Atech, après la visite d’une délégation du ministère brésilien de la Défense à Rabat.
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Pourquoi Rabat regarde vers le Brésil
Un avion pensé pour les terrains difficiles
Le KC-390 peut emporter jusqu’à 26 tonnes de fret à environ 870 km/h, et décoller de pistes courtes ou non préparées. C’est cet argument qui revient dans les analyses consacrées au Sahara et au Sahel. Un de nos lecteurs a d’ailleurs contesté la comparaison de charge utile avec le C-130H, ce qui a conduit l’auteur à ajouter des unités impériales et métriques. Je retiens la leçon : les comparaisons chiffrées entre avions dépendent des configurations retenues, et il faut les manier avec précaution.
Diversifier ses fournisseurs
Le Maroc s’équipe depuis longtemps auprès de fournisseurs américains, dont Lockheed Martin. Plusieurs médias, comme Army Recognition, voient dans un éventuel choix brésilien un signal de diversification des partenaires, ce que confirme la volonté affichée par Rabat d’élargir ses relations de défense. L’angle est plausible, mais je précise qu’il s’agit d’une interprétation d’analystes : aucune déclaration officielle marocaine ne la formule ainsi, à ma connaissance.
Le budget joue aussi son rôle. La loi de finances 2024 prévoyait environ 12,9 milliards de dollars pour la défense, selon Military Africa, soit une hausse de près de 485 millions de dollars par rapport à 2023.
Un volet industriel central
Le contrat envisagé ne se limiterait pas à des avions. Les sources évoquent la formation des équipages et des techniciens, le soutien logistique et une coopération industrielle, en cohérence avec l’ambition marocaine de devenir un pôle régional de maintenance aéronautique. C’est probablement là que se joue l’avantage d’Embraer face à une offre concurrente qui, d’après H24info, se limiterait à moderniser les C-130H existants.
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Un contrat qui tarde, pourquoi ?
Aucune source officielle n’explique le retard. Je m’en tiens donc à ce que la presse rapporte, puis à des hypothèses que je présente comme telles.
Ce qui est rapporté : le KC-390 fait face à la concurrence du C-130 de Lockheed Martin, comme le souligne Yabiladi. Embraer a par ailleurs élargi son offre au C4I, ce qui suggère que le dossier dépasse le simple achat d’avions.
Ce que je suppose : un contrat associant avions, formation, maintenance et système de commandement est plus long à négocier qu’une acquisition classique. Les arbitrages budgétaires et le choix de rester ou non dans l’écosystème américain pèsent sans doute aussi. Rien de cela n’est confirmé.
Deux lectures du dossier
Les optimistes soulignent la cohérence stratégique du projet : une flotte à renouveler, des essais en vol réalisés, un protocole d’accord signé, un constructeur très engagé. Ils notent aussi que le Maroc figurait dès septembre 2024, avec les Émirats arabes unis et le Chili, sur une présentation d’Embraer listant de futurs opérateurs. Les Émirats ont depuis signé, en 2026, un contrat portant sur jusqu’à 20 appareils, selon Air Data News, ce qui renforce la crédibilité commerciale de l’avion.
Les sceptiques répondent qu’une présentation commerciale n’est pas une commande, et que les annonces d’un accord imminent se répètent depuis 2024 sans résultat. Le PDG d’Embraer lui-même avait reconnu un « intérêt » du Maroc sans accord finalisé, d’après Air Data News. Pour ces observateurs, tant qu’aucune signature n’est annoncée, le dossier reste une négociation.
Je me range à une position d’attente : les indices convergent vers un projet sérieux, mais ils ne valent pas confirmation.
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Ce qu’il faudra surveiller
Trois signaux me paraissent décisifs. Le premier est une annonce officielle, du côté marocain ou d’Embraer, que ce soit un communiqué ou une mention dans le carnet de commandes du constructeur. Le deuxième est le sort de l’offre C4I : si elle est retenue, le contrat changerait de nature. Le troisième est la relation avec Lockheed Martin et l’avenir des C-130H actuels, qui détermineront le rythme du renouvellement.
Reste une question ouverte : si le Maroc franchit le pas, deviendra-t-il le premier client africain du KC-390, comme l’affirment plusieurs médias ? Cela reste à confirmer, car aucune commande n’a été officialisée à ce jour.
FAQ
Le Maroc a-t-il officiellement commandé des KC-390 ?
Pas à ma connaissance. Les négociations sont rapportées par plusieurs médias, mais je n’ai trouvé aucune annonce officielle de commande de la part du Maroc ou d’Embraer.
Combien d’avions et à quel prix ?
La presse évoque quatre à cinq appareils pour environ 600 millions de dollars, d’après DSA. Ces chiffres ne sont pas confirmés officiellement.
Quels appareils le KC-390 remplacerait-il ?
Les C-130H Hercules les plus anciens de la Force aérienne royale, ainsi que, selon AeroTime, deux ravitailleurs KC-130H.
Quand les livraisons pourraient-elles commencer ?
DSA avançait 2027 pour une signature avant fin 2025. Cette date semble aujourd’hui dépassée, faute de contrat annoncé.