Du 18 au 22 octobre 2026, une délégation de haut rang des Forces armées maliennes, conduite par le général de division Sambo Minkourou Diakité, directeur de la Sécurité militaire, a séjourné au Maroc. La coopération militaire Maroc Mali franchit ainsi une nouvelle étape, et elle se concentre sur un domaine qui ne s’affiche jamais en vitrine : le renseignement.
Ce que disent les faits
Selon les informations disponibles, la délégation a été reçue au siège de l’état-major général des Forces armées royales (FAR) par le général de division Ahmed Laghlid, chef du 5e Bureau, chargé du renseignement militaire. L’objectif affiché était de renforcer le partenariat stratégique et de consolider la coopération bilatérale dans le domaine sécuritaire.
Les échanges ont porté sur deux axes : le partage d’expériences et d’expertises en matière de sécurité militaire, et la formation des unités spécialisées. Le programme comprenait aussi une visite au Centre d’instruction de sécurité et de défense, où les Maliens ont assisté à des présentations sur la formation des officiers et des sous-officiers.
Je retiens un point : aucun communiqué, à ma connaissance, ne mentionne d’équipement, de contrat ou d’exercice conjoint. Il s’agit de savoir-faire, de méthode et de formation. C’est un choix de coopération discret, et sans doute volontairement.
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Une séquence qui s’inscrit dans la durée
Cette visite n’est pas un épisode isolé. Voici les jalons que je peux établir à partir des informations communiquées :
- Février 2026 : première réunion de la commission militaire mixte maroco-malienne, tenue à Bamako, étape structurante de la coopération bilatérale.
- 7 octobre 2026 : l’inspecteur général des FAR, le général Mohammed Berrid, reçoit une délégation de l’armée malienne.
- 18 au 22 octobre 2026 : visite de travail de la délégation de la Sécurité militaire malienne, centrée sur le renseignement et la formation.
Trois rendez-vous en huit mois, dont deux en moins de trois semaines. Je lis dans cette cadence la volonté des deux parties de passer d’un dialogue politique à une coopération opérationnelle institutionnalisée. Une commission mixte donne un cadre, et les visites techniques en sont le premier contenu concret.
Pourquoi le renseignement change la lecture
Quand deux armées parlent de renseignement et de sécurité militaire, elles parlent de la matière la plus sensible d’une relation de défense. On ne partage pas facilement ses méthodes d’analyse, ses procédures de protection des forces ou ses formations de contre-ingérence. Ce choix suppose un niveau de confiance que la simple diplomatie ne suffit pas à produire.
Pour Bamako, l’intérêt est assez lisible. Le Mali fait face depuis plus d’une décennie à des groupes armés djihadistes et à des insurrections dans le nord et le centre du pays. Sa Sécurité militaire a besoin de professionnaliser ses cadres, de diversifier ses partenaires et de consolider une doctrine. Le Maroc, de son côté, dispose d’une réputation reconnue dans la lutte antiterroriste et d’une expérience de formation de cadres militaires et religieux venus de nombreux pays africains. C’est un argument d’influence, et il compte.
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Ce que Rabat en retire
Je ne crois pas que Rabat agisse par pure générosité. La coopération militaire Maroc Mali sert plusieurs intérêts marocains, que j’identifie ainsi, avec la prudence qui s’impose pour une lecture d’analyste.
La sécurité de son flanc sud. Ce qui se passe au Sahel finit toujours par toucher l’Afrique du Nord : trafics, mouvements armés, flux migratoires, radicalisation. Avoir des interlocuteurs de confiance au sein des services maliens, c’est mieux voir venir.
Une stratégie d’influence africaine. Depuis son retour à l’Union africaine en 2017, le Maroc a multiplié les accords de coopération en Afrique de l’Ouest. La formation militaire est un vecteur d’influence durable : les officiers formés gardent des liens avec leur pays d’accueil pendant des décennies.
Le projet atlantique. Rabat a proposé en 2023 une initiative visant à faciliter l’accès à l’océan Atlantique des pays du Sahel. Cette ambition suppose des relations politiques solides avec les États concernés, et le Mali en fait partie. La dimension sécuritaire en est une condition implicite.
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Le contexte régional pèse lourd
Impossible de lire cette visite sans regarder la carte. Le Mali a quitté la Cédéao en 2025 avec le Burkina Faso et le Niger, au sein de l’Alliance des États du Sahel, et ses partenaires militaires ont évolué depuis 2021. La relation avec l’Algérie, longtemps partenaire central de Bamako, s’est dégradée, avec des tensions publiques entre les deux capitales. Dans ce paysage, le Mali cherche à élargir ses appuis, et le Maroc y trouve un espace diplomatique.
Je ne veux pas surinterpréter. Rien dans les informations disponibles n’indique que cette coopération soit dirigée contre un tiers. Mais il serait naïf d’ignorer que, dans la région, chaque rapprochement est lu par les voisins à travers le prisme de la rivalité maroco-algérienne. Les deux lectures coexistent : celle d’une coopération technique classique, et celle d’un repositionnement géopolitique.
Les points de vue divergents
Les observateurs ne s’accordent pas, et c’est sain. Pour les partisans de cette coopération, le Maroc offre au Mali un partenariat sans conditions politiques lourdes, fondé sur la formation et le respect de la souveraineté. C’est un atout dans un pays qui rejette les approches jugées paternalistes.
Les sceptiques répondent que l’impact réel dépendra des moyens et du suivi. Une formation ne change pas à elle seule la dynamique d’un conflit asymétrique, et le Mali traverse une crise sécuritaire profonde dont les causes sont aussi politiques et économiques. Certains rappellent aussi que le Maroc doit mesurer le risque réputationnel d’un rapprochement avec des autorités de transition critiquées sur le terrain des droits humains. Ce risque est réel, et je pense qu’il explique en partie la discrétion du dispositif.
Ce que je surveillerai ensuite
Trois indicateurs me diront si cette séquence devient une vraie coopération structurée. D’abord, l’annonce d’un programme de formation chiffré, avec des promotions d’officiers maliens accueillies au Maroc. Ensuite, la tenue de la deuxième réunion de la commission militaire mixte, probablement à Rabat. Enfin, tout signe d’un cadre juridique, par exemple un accord de défense actualisé ou un mémorandum sur le renseignement.
Pour l’instant, nous avons une dynamique et pas encore un dispositif. L’intérêt de cette visite, à mes yeux, est précisément là : elle montre que les deux armées veulent construire dans la durée, sur un terrain où la confiance se gagne lentement. La vraie question est de savoir jusqu’où Rabat et Bamako accepteront de rendre cette relation visible.
FAQ
Qui a dirigé la délégation malienne au Maroc ?
Le général de division Sambo Minkourou Diakité, directeur de la Sécurité militaire malienne, a conduit la délégation du 18 au 22 octobre 2026.
Qui l’a reçue côté marocain ?
Le général de division Ahmed Laghlid, chef du 5e Bureau des FAR, chargé du renseignement militaire, à l’état-major général des FAR.
Sur quoi ont porté les échanges ?
Sur le partage d’expériences en matière de sécurité militaire et sur la formation des unités spécialisées, avec une visite au Centre d’instruction de sécurité et de défense.
Cette visite est-elle la première entre les deux armées ?
Non. Une commission militaire mixte s’est réunie à Bamako en février 2026, et une délégation malienne a été reçue par l’inspecteur général des FAR le 7 octobre 2026.