L’entreprise marocaine ABA Technology présente « Burj », un système de protection et de lutte anti-drones. Selon les informations qui accompagnent sa présentation, il comprend un drone intercepteur de conception entièrement marocaine, capable d’atteindre des vitesses supérieures à 250 km/h. Nous les rapportons ici comme des déclarations du constructeur, en attendant des éléments de validation indépendants.
- ABA Technology présente « Burj », un système anti-drones, au Marrakech Airshow 2026.
- Il comprend un drone intercepteur annoncé comme 100 % marocain et capable de dépasser 250 km/h.
- Ces caractéristiques sont des déclarations du constructeur, pas encore confirmées de façon indépendante.
- Le Maroc cherche à produire localement ses équipements de défense, avec la loi 10-20.
- Aucune commande publique n’est confirmée à ce stade.
Un salon qui assume l’ambition industrielle
Le Marrakech Airshow se tient du 7 au 10 octobre à la base aérienne militaire de Marrakech. Cette huitième édition réunit près de 200 exposants issus de 27 pays, et les Émirats arabes unis y sont partenaire stratégique. Les thèmes affichés sont la souveraineté industrielle, la résilience des chaînes d’approvisionnement, les systèmes de défense avancés, l’intelligence artificielle et les technologies satellitaires.
Ce qui frappe, c’est la présence simultanée d’acteurs rarement réunis sur un même site : des entreprises américaines, chinoises, françaises, israéliennes, turques, indiennes, coréennes et émiraties. Dans son discours d’ouverture, l’inspecteur général des Forces Armées Royales, Abdellatif Loudyi, n’est pas évoqué dans les sources que nous avons consultées, mais le message officiel est clair : le Royaume veut passer du statut d’acheteur à celui de producteur d’équipements de défense. Selon les chiffres cités par la presse marocaine et internationale, le secteur aéronautique compte plus de 150 entreprises et environ 26 000 emplois qualifiés, avec un taux d’intégration locale supérieur à 40 %.
C’est dans ce cadre que « Burj » prend son sens. Il ne s’agit pas seulement d’un produit, mais d’un signal envoyé à des partenaires étrangers comme aux autorités marocaines : des entreprises nationales peuvent proposer des solutions sur un segment devenu central.
ABA Technology, un acteur venu du numérique
ABA Technology n’est pas un industriel de défense historique. L’entreprise, dirigée par son président-fondateur Mohamed Benouda, s’est fait connaître dans les infrastructures numériques. Elle a présenté le 2 avril à Rabat une plateforme d’intelligence artificielle baptisée ABA Fusion AI, développée avec Nvidia et Dell Technologies et décrite comme conçue, produite et opérée depuis le Maroc. Au Marrakech Airshow, selon Médias24, son espace est consacré à l’IoT, à l’électronique et aux solutions connectées.
Ce parcours éclaire la logique de « Burj ». Un système anti-drones repose autant sur le logiciel, la détection et le traitement des données que sur le vecteur physique. Une entreprise rompue à l’intégration de capteurs, d’électronique et d’IA aborde donc ce marché avec un atout réel, même si la fabrication d’un intercepteur aérien fiable est un autre métier.
Pourquoi les drones intercepteurs s’imposent
Pour comprendre l’intérêt de cette annonce, il faut revenir à l’économie de la menace. Les drones d’attaque à bas coût, notamment les modèles de type Shahed, ont montré en Ukraine puis au Moyen-Orient qu’ils pouvaient saturer des défenses conçues pour des cibles plus onéreuses. Tirer un missile antiaérien coûtant plusieurs centaines de milliers d’euros contre un engin quelques dizaines de fois moins cher est une équation difficile à tenir dans la durée.
D’où l’essor des drones intercepteurs, plus rapides et bien moins chers que les missiles, que l’on engage contre des cibles lentes. Nous avions déjà évoqué dans ces colonnes le cas du Sting, développé en Ukraine par le collectif Wild Hornets. Les attaques iraniennes lancées contre les Émirats arabes unis depuis le 28 février 2026, dont une grande partie a été interceptée par les défenses émiraties selon les sources ouvertes, ont confirmé la même leçon : la défense anti-drones n’est plus un segment périphérique, mais un pilier de la protection des sites civils et militaires.
Dans ce contexte, une vitesse annoncée de plus de 250 km/h est un argument commercial pertinent, car elle permet de rattraper des drones d’attaque dont la vitesse de croisière est nettement inférieure. Elle ne dit cependant rien, à elle seule, de l’efficacité réelle : taux d’interception, résistance au brouillage, fonctionnement de nuit ou par mauvais temps, coût unitaire et cadence de production restent à documenter.
Les enjeux pour le Maroc
Le Royaume n’est pas novice en la matière. Il a acquis dès 2019 le système ukrainien de guerre électronique Bukovel-AD, selon des sources spécialisées, et dispose d’un partenariat avec les États-Unis, avec Israël et avec la Turquie dans le domaine des drones. L’annonce de « Burj » s’inscrit dans une autre logique, celle de la localisation.
Cette orientation s’appuie sur la loi 10-20, qui fixe un cadre juridique pour développer la production de défense locale par des coentreprises, des transferts de technologie et l’assemblage national. Lors de l’ouverture du salon, des accords ont porté sur la recherche en fabrication avancée, les composants aéronautiques, l’approvisionnement local et les technologies de défense, dont un drone marocain. Selon l’agence MAP, un partenariat avec la société française Harmattan AI concerne aussi les technologies anti-drones de nouvelle génération, de la recherche à la production, l’intégration et les essais.
Les enjeux se déclinent en trois volets :
- Stratégique : réduire la dépendance à l’égard de fournisseurs étrangers sur un équipement dont les besoins vont croître
- Économique : créer des emplois qualifiés et un tissu de sous-traitants autour de l’électronique et de l’IA
- Géopolitique : se positionner comme fournisseur potentiel pour des pays africains confrontés à des menaces aériennes à bas coût
Ce que nous surveillerons
Nous suivrons de près les prochaines étapes : la publication de caractéristiques techniques vérifiables, d’éventuels essais publics, l’intérêt exprimé par les forces armées ou par des opérateurs d’infrastructures critiques, et la capacité d’ABA Technology à structurer une chaîne de production locale. La question n’est plus de savoir si le Maroc veut produire ses propres équipements anti-drones, mais à quelle vitesse et avec quelle profondeur industrielle il y parviendra.
FAQ
Qu’est-ce que le système « Burj » ?
C’est un système de protection et de lutte anti-drones présenté par l’entreprise marocaine ABA Technology, qui comprend un drone intercepteur.
À quelle vitesse le drone intercepteur peut-il voler ?
Selon l’annonce du constructeur, il peut dépasser 250 km/h. Cette donnée n’a pas été confirmée à ce jour par une source indépendante.
Le système est-il déjà utilisé par l’armée marocaine ?
Nous n’avons trouvé aucune information publique confirmant une commande ou une mise en service par les Forces Armées Royales.
Pourquoi les drones intercepteurs se développent-ils ?
Ils coûtent bien moins cher que les missiles antiaériens et conviennent aux drones d’attaque lents et peu onéreux, qui peuvent saturer les défenses classiques.