En 2025, l’Allemagne a approuvé des exportations d’équipements militaires vers le Maroc pour 19,27 millions d’euros, principalement des technologies de surveillance et de détection de cibles. Ces données figurent dans le rapport annuel sur les exportations d’armements, remis au Bundestag en août et relayé récemment par des médias internationaux spécialisés. Le montant est modeste. La trajectoire politique dans laquelle il s’inscrit l’est moins, et c’est elle que je propose d’examiner ici.
- Le 30 avril 2026, Berlin et Rabat ont exprimé leur intention de renforcer leur coopération militaire.
- En 2025, l’Allemagne a approuvé 19,27 millions d’euros d’exportations militaires vers le Maroc.
- Plus de la moitié concerne la surveillance et la détection de cibles (55,2 %).
- Cela reste marginal face aux 13,3 milliards d’euros d’exportations de défense allemandes.
- L’Allemagne ne figure pas parmi les trois premiers fournisseurs d’armes du Maroc.
Un engagement politique affiché en avril 2026
Le 30 avril 2026, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a reçu à Rabat son homologue allemand, Johann Wadephul, pour la deuxième session du Dialogue stratégique multidimensionnel Maroc-Allemagne. À l’issue des entretiens, selon la déclaration conjointe, les deux ministres ont exprimé leur intention de renforcer davantage la coopération militaire ainsi que la coopération en matière d’armement et de défense, sur la base de la confiance et du respect mutuels.
Le texte précise qu’une déclaration d’intention sur la coopération militaire constituera une étape importante vers une coopération militaire continue, ambitieuse et bénéfique. Les deux parties se sont aussi félicitées des progrès accomplis dans la négociation d’un accord bilatéral de sécurité et dans la mise en place d’un dialogue sur la sécurité.
Je souligne une nuance de fond. Ces formulations expriment une intention et décrivent des négociations en cours. Elles n’annoncent pas un accord conclu. À ce stade, les documents cités ne détaillent ni le contenu ni le calendrier de ces futurs engagements.
Ce que dit le rapport allemand sur les exportations
En Allemagne, toute exportation de matériel militaire exige une licence du gouvernement fédéral, qui rend compte chaque année au Parlement des autorisations accordées, par pays et par catégorie. Pour 2025, le Maroc a obtenu 26 licences d’exportation individuelles. Berlin lui a aussi délivré neuf licences collectives, qui, selon la réglementation allemande, autorisent un grand nombre d’exportations vers plusieurs destinataires spécifiquement identifiés.
Les chiffres clés du dossier marocain :
- 19,27 millions d’euros de licences approuvées en 2025
- 26 licences individuelles et 9 licences collectives
- 55,2 % de la valeur pour les dispositifs de localisation, de détection et d’identification de cibles, ainsi que les pièces pour systèmes de surveillance et de suivi
- 30,9 % pour les composants de véhicules blindés
- Le solde pour des articles liés aux aéronefs, des équipements électroniques militaires, des logiciels et des technologies
Un point de méthode s’impose. Le rapport décrit des catégories et des valeurs approuvées, pas des livraisons effectives, et il ne précise ni les équipements exacts ni leur usage final. Je m’en tiens à ce que le document établit.
Une accélération au second semestre 2025
L’essentiel du montant a été validé dans la seconde moitié de l’année. Le rapport intermédiaire couvrant janvier à juin 2025 recensait 14 licences pour environ 8,47 millions d’euros. Par différence, les 12 licences restantes, soit environ 10,8 millions d’euros, ont été accordées entre juillet et décembre. Plus de la moitié de la valeur est donc intervenue au second semestre, sans que le rapport n’en explique les raisons.
Une part marginale dans les ventes allemandes
Il faut remettre ces chiffres à l’échelle. Selon le service de presse du Bundestag, qui a résumé le rapport le 25 août, les exportations de défense allemandes ont atteint 13,3 milliards d’euros en 2025, contre 13,4 milliards en 2024. Les États membres de l’UE et de l’OTAN, ainsi que des pays assimilés comme l’Australie, le Japon et la Suisse, ont reçu des approbations d’une valeur de 8,7 milliards d’euros. Les licences pour les pays tiers, Ukraine comprise, s’élevaient à environ 4,6 milliards, dont 2,27 milliards pour la seule Ukraine, en tête de ce groupe.
Le Maroc, qui n’est membre ni de l’UE ni de l’OTAN, relève de la catégorie des pays tiers. D’après mon propre calcul à partir des chiffres publiés, ses 19,27 millions d’euros représentent un peu plus de 0,1 % du total allemand. L’enjeu ne tient donc pas au volume, mais à la nature des équipements, centrés sur la surveillance, et à la direction que prend la relation.
Le cadre des licences allemandes
Le ministère allemand des Affaires étrangères indique que Berlin décide de ses exportations d’armes selon les principes politiques de son gouvernement en la matière, dans lesquels le respect des droits de l’homme dans le pays destinataire joue un rôle important. C’est le critère officiel. Le rapport ne dit pas comment il a été appliqué licence par licence, et je ne cherche pas à combler ce silence par des conjectures. Pour un pays tiers, ces autorisations restent par nature des décisions politiques autant que commerciales.
Sahara marocain et migration, deux dossiers liés
La déclaration conjointe d’avril aborde deux sujets sensibles. Sur le Sahara marocain, Berlin a réaffirmé qu’elle considère l’initiative d’autonomie du Maroc comme une base sérieuse et crédible pour les négociations. Cette position n’est pas nouvelle : l’Allemagne l’avait déjà exposée dans une déclaration commune publiée à Rabat en août 2022, qui décrivait le plan de 2007 comme un effort sérieux et crédible et une bonne base pour parvenir à un accord.
Sur la migration, les deux ministres ont salué un partenariat stratégique et fiable. Ils ont réaffirmé leur engagement à continuer de renforcer les processus de retour et de réadmission, ainsi qu’à améliorer la mobilité professionnelle et la migration légale. Ce faisceau de dossiers, défense, Sahara marocain, migration, montre que la relation ne se limite pas à des ventes d’équipements. Le lien entre ces volets est explicite dans les textes officiels, et chacun peut en tirer sa propre lecture.
Des liens économiques solides
Selon le ministère allemand des Affaires étrangères, l’Allemagne a importé pour plus de 3,4 milliards d’euros de marchandises marocaines en 2025 et en a exporté pour un peu moins de 3,9 milliards d’euros vers le royaume. Environ 300 entreprises allemandes sont présentes au Maroc, dont 30 disposent de sites de production ou de filiales de services, et elles ont créé environ 35 000 emplois dans le pays. Ces échanges forment le socle sur lequel s’appuie le rapprochement politique et sécuritaire.
Un fournisseur encore secondaire sur le marché des armes
Sur le marché des armes, l’Allemagne n’est pas aujourd’hui l’un des principaux fournisseurs du Maroc. D’après l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les États-Unis ont représenté 60 % des importations d’armes majeures du royaume entre 2021 et 2025, devant Israël (24 %) et la France (10 %). Le SIPRI classe le Maroc au 28e rang mondial des importateurs d’armes sur cette période. L’Allemagne ne figure donc pas dans le trio de tête. Cela n’exclut pas une montée en puissance, mais les données disponibles ne permettent pas de l’affirmer.
Quels enjeux pour la suite
Plusieurs questions restent ouvertes. La première concerne le rythme : la progression des licences au second semestre 2025 sera-t-elle confirmée dans les prochains rapports ? La deuxième touche à la nature de la coopération, car la déclaration d’intention et l’accord de sécurité évoqués en avril pourraient élargir le cadre au-delà des licences ponctuelles. La troisième relève du débat politique allemand, où le respect des droits de l’homme reste un critère officiel que les parlementaires peuvent interroger lors de l’examen de ces rapports.
Dans le même temps, l’année 2026 marque les 70 ans de relations diplomatiques entre les deux pays, que les deux capitales ont décrits dans leur déclaration d’avril comme sept décennies de partenariat historique. Ce symbole offre un cadre commode pour de nouvelles annonces. Reste à voir si elles se traduiront par des engagements concrets, et si le Maroc diversifiera davantage ses sources d’équipement au-delà de ses fournisseurs actuels.
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FAQ
Quelle est la nature du renforcement militaire entre le Maroc et l’Allemagne
Le 30 avril 2026, les deux ministres des Affaires étrangères ont exprimé leur intention de renforcer la coopération militaire, d’armement et de défense. Une déclaration d’intention et un accord bilatéral de sécurité sont en discussion.
Combien l’Allemagne a-t-elle approuvé d’exportations militaires vers le Maroc en 2025
Le rapport annuel du gouvernement allemand fait état de 19,27 millions d’euros, répartis en 26 licences individuelles. Neuf licences collectives ont également été délivrées.
Quels types d’équipements sont concernés
Les dispositifs de localisation, de détection et d’identification de cibles, ainsi que les pièces pour systèmes de surveillance et de suivi, représentent 55,2 % de la valeur. Les composants pour véhicules blindés en représentent 30,9 %.
L’Allemagne est-elle un grand fournisseur d’armes du Maroc
Non, d’après le SIPRI. Entre 2021 et 2025, les États-Unis (60 %), Israël (24 %) et la France (10 %) dominent les importations d’armes majeures du Maroc.