Nvidia a confirmé, dans un article publié le 21 septembre sur son blog officiel, deux projets d’infrastructures dédiées à l’IA sur le territoire marocain. Le plus emblématique des deux, la Nexus AI Factory, doit voir le jour près de Casablanca pour un investissement initial de 1,2 milliard de dollars et une capacité cible de 500 mégawatts. Le second s’inscrit dans le déploiement continental de Cassava Technologies, premier partenaire cloud de Nvidia en Afrique.
Ces annonces ne sortent pas de nulle part. Elles confirment et prolongent des engagements pris en avril dernier, lors du GITEX Africa de Marrakech, où plusieurs consortiums avaient déjà présenté leurs ambitions pour doter le Royaume d’une capacité de calcul souveraine. Ce que change la publication de Nvidia, c’est la validation officielle, par le fabricant de semi-conducteurs lui-même, du rôle qu’il entend jouer dans ces deux chantiers.
Cassava Technologies étend son réseau de data centers africains
Le premier projet est porté par Cassava Technologies, un groupe technologique panafricain devenu, selon les termes employés par Nvidia, son premier partenaire cloud sur le continent. Après avoir déployé une première capacité de calcul accélérée par Nvidia en Afrique du Sud, Cassava prévoit d’étendre son réseau à quatre autres marchés : le Maroc, l’Égypte, le Kenya et le Nigeria.
L’enveloppe globale annoncée pour l’ensemble de ce programme panafricain pourrait atteindre 720 millions de dollars. Nvidia ne détaille en revanche ni l’emplacement précis du futur site marocain, ni sa puissance installée, ni le calendrier de sa mise en service. Cette réserve tranche avec la communication beaucoup plus précise réservée à la Nexus AI Factory, ce qui laisse penser que le volet marocain du programme Cassava en est encore à un stade préparatoire.
L’objectif affiché de ces infrastructures reste le même d’un pays à l’autre : permettre aux entreprises et aux développeurs locaux d’entraîner et d’exploiter des modèles d’intelligence artificielle sur des serveurs installés sur le continent, plutôt que de dépendre de capacités de calcul hébergées en Europe, aux États-Unis ou dans le Golfe.
La Nexus AI Factory, un projet de 500 mégawatts près de Casablanca
Le second projet, plus avancé dans sa présentation, est la Nexus AI Factory. Annoncée en avril lors du GITEX Africa de Marrakech, elle doit être construite à Nouaceur, dans la périphérie de Casablanca, en partenariat avec le ministère marocain de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, le ministère de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques, ainsi que l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE).
Le projet est porté par un consortium associant l’opérateur américain d’infrastructures Nexus Core Systems, le groupe coréen Naver Cloud, pressenti pour l’exploitation de la plateforme, et le fonds d’investissement Lloyd Capital. Nvidia y intervient comme fournisseur technologique, avec ses processeurs de la génération Blackwell.
Voici les principaux paramètres communiqués sur ce site :
- Investissement initial : 1,2 milliard de dollars
- Capacité cible : 500 mégawatts, déployés en plusieurs phases jusqu’en 2027
- Technologie : processeurs Nvidia Blackwell (GB200)
- Alimentation électrique : énergie renouvelable fournie par TAQA Morocco
- Localisation : Nouaceur, périphérie de Casablanca
Un point de méthode mérite d’être souligné, car il est souvent source de confusion dans la lecture de ce type d’annonces : les 1,2 milliard de dollars ne constituent pas un investissement direct de Nvidia dans le sol marocain. Cette somme correspond au budget initial de la Nexus AI Factory dans son ensemble, projet auquel le groupe américain fournit sa technologie sans en être l’investisseur principal. La distinction est importante pour évaluer correctement la nature de l’engagement de Nvidia, qui reste avant tout celui d’un fournisseur de puces et de plateformes logicielles, et non celui d’un opérateur d’infrastructure.
Le choix de Nouaceur n’est pas anodin. La zone bénéficie d’une proximité géographique avec l’Europe et d’un accès direct à plusieurs câbles sous-marins de fibre optique, un atout pour la connectivité et la faible latence recherchées par les opérateurs de data centers. Le conseil régional de Casablanca-Settat avait par ailleurs validé l’allocation de plusieurs centaines d’hectares pour l’accueil de grands projets industriels, dont ce site.
Pourquoi ces annonces comptent pour le Maroc
Ces deux projets s’inscrivent dans une compétition plus large que se livrent plusieurs pays africains pour attirer les infrastructures de calcul liées à l’intelligence artificielle. Selon plusieurs comptes rendus de l’annonce d’avril, le Maroc aurait été préféré à l’Afrique du Sud et à d’autres candidats du continent, les investisseurs mettant en avant la stabilité politique du Royaume, sa position géographique stratégique et la qualité de ses infrastructures existantes.
L’enjeu dépasse la seule question de l’attractivité économique. Disposer d’une capacité de calcul souveraine sur le territoire national est de plus en plus présenté, par les gouvernements comme par les industriels du secteur, comme une condition d’autonomie stratégique à l’heure où l’intelligence artificielle irrigue des pans entiers de l’économie, de la santé à la défense en passant par les services financiers. Pour le Maroc, qui affiche l’ambition de faire de l’IA un pilier économique à horizon 2030, ces deux projets constituent une étape concrète, même si leur matérialisation complète s’étalera sur plusieurs années.
Il convient toutefois de nuancer l’ampleur immédiate de ces annonces. Les montants communiqués correspondent à des investissements initiaux et à des capacités cibles à terme, non à des installations déjà opérationnelles. Le déploiement de la Nexus AI Factory est lui-même prévu en plusieurs phases échelonnées jusqu’en 2027, et le volet marocain du programme Cassava n’a, à ce stade, fait l’objet d’aucune précision sur son calendrier ou sa taille. La création d’emplois directs, souvent mise en avant dans ce type de communication, reste également limitée dans les premières phases de ce genre de projets, les data centers étant par nature des infrastructures capitalistiques plus que des créateurs d’emplois massifs.
Ce que suggèrent ces annonces pour la suite
Ces deux projets confirment une tendance de fond : les grands acteurs américains du secteur, qu’il s’agisse des fabricants de semi-conducteurs ou des opérateurs cloud, cherchent désormais des points d’ancrage africains pour leurs infrastructures d’intelligence artificielle, plutôt que de se limiter à des marchés déjà saturés en Europe et en Amérique du Nord. Le Maroc, avec ces deux annonces convergentes portées par Nvidia, se positionne comme l’un des points d’entrée privilégiés de cette dynamique sur le continent.
Reste à observer si ces engagements initiaux se traduiront, dans les délais annoncés, par des mises en service effectives. L’histoire récente des grands projets d’infrastructures numériques, en Afrique comme ailleurs, montre que l’écart entre l’annonce et la livraison peut être significatif. La confirmation par Nvidia constitue un signal fort, mais le test véritable se jouera dans les prochaines années, à mesure que les premières phases de ces sites entreront en fonction.
FAQ
Nvidia investit-il directement 1,2 milliard de dollars au Maroc ?
Non. Cette somme correspond au budget initial de la Nexus AI Factory dans son ensemble. Nvidia y intervient comme fournisseur de technologie, notamment ses processeurs Blackwell, et non comme investisseur principal du projet.
Où sera construite la Nexus AI Factory ?
Le site est prévu à Nouaceur, dans la périphérie de Casablanca, une zone choisie pour sa proximité avec l’Europe et son accès aux câbles sous-marins de fibre optique.
Quelle est la différence entre les deux projets annoncés par Nvidia ?
La Nexus AI Factory est un site de data center dédié, porté par un consortium associant Nexus Core Systems, Naver Cloud, Lloyd Capital et Nvidia. Le second projet s’inscrit dans le déploiement panafricain de Cassava Technologies, premier partenaire cloud de Nvidia sur le continent, qui prévoit des capacités de calcul au Maroc, en Égypte, au Kenya et au Nigeria.
Quand ces infrastructures seront-elles opérationnelles ?
Le calendrier communiqué pour la Nexus AI Factory prévoit un déploiement par phases jusqu’en 2027. Aucun calendrier n’a en revanche été précisé pour le volet marocain du programme Cassava Technologies.