Le Maroc possède désormais 19 Apache AH-64E sur les 24 commandés aux États-Unis. Lundi 26 octobre, six nouveaux appareils ont été présentés à la première base aérienne des Forces royales air, près de Rabat. Au-delà de la cérémonie, je lis dans cette livraison un signal de long terme sur la façon dont Rabat construit sa puissance aérienne et son partenariat avec Washington.
Une cérémonie sobre pour une livraison stratégique
La présentation s’est tenue à Salé, en présence du général américain Matthew W. Brown et de responsables des Forces armées royales. C’est le commandement américain SETAF-AF qui a officialisé l’événement dans son communiqué. Je note la discrétion du format : pas de grand défilé, mais une étape administrative et opérationnelle de plus dans un programme qui avance par lots.
Ce troisième lot de six hélicoptères suit deux livraisons précédentes. Les premiers appareils sont arrivés en mars 2025, puis sept autres en mai 2026. Le total atteint donc 19 hélicoptères, soit près de 80 % de la commande. Il en reste cinq à recevoir.
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Les chiffres clés du programme
Pour s’y retrouver, voici les repères essentiels, tels qu’ils ressortent des communications américaines.
- Commande marocaine : 24 AH-64E
- Livraisons : 6 en mars 2025, 7 en mai 2026, 6 en octobre 2026
- Appareils livrés à ce jour : 19
- Appareils restant à livrer : 5
- Valeur actuelle du programme : près de 1,3 milliard de dollars, selon l’armée américaine
- Projet initial de 2019 : jusqu’à 36 appareils, dont douze en option, pour un plafond de 4,25 milliards de dollars
De 36 à 24 appareils, ce que cet écart raconte
L’écart entre 2019 et aujourd’hui m’intrigue. En 2019, Washington avait envisagé une vente beaucoup plus large, avec un plafond de 4,25 milliards de dollars. Le programme actuel, évalué à près de 1,3 milliard, correspond à une version resserrée : 24 appareils.
Il faut rester prudent sur l’interprétation. Un plafond de notification au Congrès américain n’est pas un contrat : c’est une enveloppe maximale autorisée, souvent supérieure à ce que le client achète réellement. Je ne dispose d’aucune déclaration officielle expliquant pourquoi Rabat a retenu 24 appareils plutôt que 36. Les options restent peut-être ouvertes, mais ce serait de la spéculation de l’affirmer. Ce que je peux dire, c’est que le Maroc a choisi une montée en puissance progressive, ajustée à ses capacités de formation, de maintenance et de financement.
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Une version que personne d’autre n’a en Afrique
C’est le point qui me frappe le plus. L’Égypte et le Maroc sont les deux seuls pays africains à utiliser l’Apache, mais le Maroc est le seul à posséder la version AH-64E. Cet hélicoptère est conçu pour l’attaque, la reconnaissance et l’appui aux troupes au sol.
La notification américaine de 2019 ne se limitait pas aux cellules. Elle prévoyait des missiles Hellfire, des canons de 30 mm, des systèmes de visée, des moyens de formation, ainsi que la maintenance et le soutien associés. Cette dernière composante est souvent sous-estimée. Un hélicoptère d’attaque moderne vaut autant par sa chaîne logistique que par sa puissance de feu : pilotes qualifiés, mécaniciens formés, pièces disponibles, munitions. Un parc de 19 machines exige un écosystème complet, et c’est ce qui rend l’achat durable plutôt que symbolique.
African Lion, le vrai test de l’intégration
La livraison ouvre surtout une nouvelle étape pour les entraînements conjoints. Le général Brown a annoncé que les pilotes et les forces terrestres des deux pays travailleront ensemble sur les Apache lors des prochaines éditions d’African Lion. L’édition 2027 doit débuter au Maroc le 19 avril.
Pourquoi cela compte-t-il ? Parce qu’un hélicoptère d’attaque ne se résume pas à une plateforme. Son efficacité dépend de la coordination avec l’infanterie, l’artillerie et le renseignement. Faire voler des Apache aux côtés de forces terrestres américaines, c’est apprendre des procédures communes, des méthodes de ciblage et une façon de commander. C’est là que se joue l’interopérabilité, et je pense que cet aspect pèsera plus lourd à long terme que le nombre d’appareils alignés.
Ces exercices s’inscrivent aussi dans la feuille de route de coopération militaire 2026-2036, signée en avril au Pentagone. Une décennie de cadre commun donne de la visibilité aux deux armées, ce qui est rare dans les relations de défense, souvent rythmées par l’actualité politique.
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Les lectures possibles de ce renforcement
Un tel programme ne laisse pas indifférent, et je pense qu’il faut présenter les deux lectures.
Pour ses défenseurs, la modernisation des moyens aériens répond à des besoins légitimes : surveillance des frontières, réaction rapide, protection du territoire et appui aux opérations terrestres. Dans cette logique, un partenariat solide avec les États-Unis garantit aussi l’accès à la formation et au soutien technique sur plusieurs années.
Pour d’autres observateurs, l’accumulation d’équipements de pointe dans la région nourrit une dynamique d’armement et de défiance, notamment dans un voisinage où les tensions politiques sont connues. Ils soulignent aussi le coût d’opportunité : chaque milliard consacré à la défense n’est pas investi ailleurs. Je ne tranche pas ce débat ici, car il dépend de priorités nationales que seuls les Marocains peuvent arbitrer. Je constate simplement que le calendrier de livraison et la feuille de route 2026-2036 montrent un choix assumé et planifié, pas une décision improvisée.
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Ce que je retiens et ce qu’il faudra suivre
Trois points me semblent déterminants pour les prochains mois.
D’abord, la livraison des cinq derniers appareils : elle donnera la mesure du respect des délais et du rythme du programme. Ensuite, l’éventuelle extension de la commande : le plafond de 2019 laisse la porte ouverte, mais rien d’officiel ne l’indique à ce stade. Enfin, la place des Apache dans African Lion 2027 : le niveau d’engagement réel, les scénarios et les unités impliquées diront si l’intégration est symbolique ou opérationnelle.
Je reste prudent sur un point. Les communiqués officiels décrivent un programme en bonne voie, mais ils ne disent rien du niveau de préparation réel des équipages ni de la disponibilité technique des appareils. Ces éléments, essentiels pour juger de la capacité effective, ne sont presque jamais publics.
Combien d’Apache le Maroc possède-t-il aujourd’hui ?
Le Maroc a reçu 19 AH-64E sur les 24 commandés. Cinq appareils sont encore attendus.
Quand les Apache ont-ils été livrés ?
En trois lots : six en mars 2025, sept en mai 2026, puis six présentés le 26 octobre 2026 près de Rabat.
Quelle est la valeur du programme ?
L’armée américaine l’évalue à près de 1,3 milliard de dollars. En 2019, Washington avait envisagé jusqu’à 36 appareils pour un plafond de 4,25 milliards.
Les Apache participeront-ils à African Lion ?
Oui, selon le général Matthew W. Brown, qui a annoncé leur intégration aux prochaines éditions. L’édition 2027 doit débuter au Maroc le 19 avril.