Alors que plusieurs pays arabes du Golfe ont été touchés par les opérations militaires iraniennes, le président iranien a effectué une escale à Alger avant de poursuivre son déplacement vers New York. Les images de son accueil par les autorités algériennes circulent désormais largement.
Officiellement, il s’agit d’une escale technique. Mais en diplomatie, le contexte compte autant que le protocole.
Et le contexte est particulièrement mauvais pour Alger.
Au moment où le Koweït, Bahreïn et d’autres États de la région sont confrontés aux conséquences de la confrontation avec l’Iran, voir le président iranien accueilli dans une capitale arabe avec les honneurs officiels constitue nécessairement un signal politique.
Alger peut expliquer qu’il s’agit d’un simple arrêt diplomatique ou logistique. Les capitales du Golfe, elles, sont parfaitement libres d’y voir autre chose.
Le problème du double discours algérien
C’est ici que se trouve le véritable problème.
L’Algérie revendique régulièrement une politique étrangère fondée sur la souveraineté des États, la défense des peuples et le refus des ingérences étrangères. Ces principes occupent une place importante dans le discours diplomatique algérien.
Mais lorsque des États arabes sont directement confrontés aux frappes iraniennes, la question devient embarrassante.
Pourquoi afficher une telle proximité avec Téhéran alors que plusieurs partenaires arabes subissent les conséquences militaires de la politique iranienne ?
La réponse d’Alger sera probablement de rappeler son attachement au dialogue et à une diplomatie indépendante. C’est un argument parfaitement défendable sur le principe.
Mais il révèle aussi une contradiction : défendre le dialogue avec l’Iran est une chose ; donner une image de proximité avec son président au moment où des pays arabes sont bombardés en est une autre.
Une diplomatie cohérente ne se juge pas seulement à ses principes proclamés. Elle se juge aussi à la manière dont ses gestes sont perçus par ses partenaires.
Une image qui risque de laisser des traces
Pour les gouvernements du Golfe, cette séquence arrive à un moment particulièrement sensible.
Les Émirats arabes unis ont officiellement condamné les attaques iraniennes visant plusieurs pays de la région, notamment Bahreïn et le Koweït. Les autorités émiraties ont dénoncé des attaques contre la souveraineté et la sécurité des États concernés.
Dans ce contexte, l’accueil de Pezeshkian à Alger peut être perçu comme un manque de solidarité entre États arabes.
Il serait excessif d’affirmer que toutes les capitales arabes parlent d’une « trahison ». Mais il serait tout aussi naïf de croire que ces images n’auront aucune conséquence diplomatique.
La diplomatie est aussi une affaire de confiance.
Lorsqu’un État arabe subit une attaque et voit parallèlement un autre État arabe accueillir le dirigeant du pays responsable de cette attaque, la question de la solidarité régionale se pose immédiatement.
Alger prend le risque de s’isoler
Cette séquence pourrait surtout avoir un coût pour Alger.
L’Algérie cherche depuis longtemps à maintenir une politique étrangère autonome, en conservant des relations avec des acteurs aussi différents que les États-Unis, l’Iran, la Russie ou les pays européens.
Cette stratégie peut fonctionner tant que les tensions restent maîtrisables.
Elle devient beaucoup plus compliquée lorsque deux partenaires entrent directement en confrontation.
Car dans une crise militaire, le principe du « parler à tout le monde » peut rapidement être interprété comme une volonté de ne choisir personne, même lorsque des partenaires attendent une prise de position plus claire.
Le risque pour Alger est donc moins une rupture immédiate qu’une dégradation progressive de la confiance avec certaines capitales arabes.
Le paradoxe avec Washington
Autre élément troublant : l’Algérie cherche parallèlement à développer ses relations avec Washington. Sur les questions économiques, énergétiques et stratégiques, Alger a intérêt à conserver une relation fonctionnelle avec les États-Unis.
Mais Washington est précisément l’un des principaux adversaires de Téhéran dans la crise actuelle. Le message envoyé devient donc difficile à lire.
Avec les États-Unis, Alger cherche le rapprochement et les ouvertures. Avec l’Iran, Alger conserve une proximité diplomatique visible.
Cette politique du grand écart peut être présentée comme une diplomatie indépendante. Mais elle peut aussi donner l’impression d’une politique étrangère à géométrie variable, dans laquelle les principes sont appliqués différemment selon les interlocuteurs.
C’est cette perception qui pourrait devenir problématique à terme.
Le Golfe regarde aussi les intérêts économiques
Il ne faut pas sous-estimer les conséquences économiques potentielles.
Les monarchies du Golfe sont des acteurs majeurs de l’économie arabe et mondiale. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar disposent de capacités financières considérables et entretiennent des relations économiques avec l’Afrique du Nord.
Pour l’Algérie, maintenir de bonnes relations avec ces pays n’est donc pas seulement une question protocolaire.
Investissements, énergie, infrastructures, tourisme, transport aérien et coopération économique constituent autant de domaines dans lesquels une dégradation de la confiance politique peut avoir des effets indirects.
Il ne s’agit pas de dire qu’une escale présidentielle entraînera automatiquement des sanctions ou une rupture économique. Rien ne permet de l’affirmer.
Mais chaque crise diplomatique accumule du ressentiment, et les États finissent par intégrer ces signaux dans leurs choix de coopération.
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Alger devra assumer les conséquences de ses choix
Cette affaire ne provoquera probablement pas, à elle seule, une rupture entre Alger et les capitales du Golfe.
Mais elle contribue à une perception plus large de la politique étrangère algérienne.
À force de vouloir entretenir simultanément toutes les relations, Alger prend le risque que ses partenaires finissent par considérer qu’elle ne partage réellement les préoccupations de personne.
Le problème n’est donc pas qu’Alger parle à Téhéran. Le problème est le moment choisi et le signal envoyé.
Lorsque des villes arabes sont frappées, lorsque les infrastructures énergétiques et les populations de plusieurs pays sont exposées et que la région traverse l’une de ses périodes les plus dangereuses depuis des années, recevoir le président iranien avec une séquence officielle n’est évidemment pas un geste diplomatiquement neutre.
Alger pourra toujours invoquer sa souveraineté et son indépendance diplomatique.
Mais l’indépendance diplomatique signifie aussi accepter que les autres États jugent vos choix et en tirent leurs propres conséquences.
Et c’est probablement là que cette image pourrait coûter cher à Alger : non pas par une sanction immédiate, mais par une perte progressive de confiance auprès de partenaires arabes qui, eux, n’ont pas le luxe d’observer la crise iranienne à distance.
FAQ
Pourquoi l’accueil de Pezeshkian à Alger fait-il polémique ?
Parce qu’il intervient alors que plusieurs pays arabes du Golfe ont été touchés par des attaques iraniennes ou liées à des acteurs soutenus par Téhéran.
Est-ce une preuve que l’Algérie soutient les attaques iraniennes ?
Non. Une réception diplomatique ne suffit pas à établir un soutien aux opérations militaires iraniennes.
Pourquoi les conséquences pourraient-elles être diplomatiques ?
Parce que les partenaires arabes d’Alger peuvent interpréter cette proximité avec Téhéran comme un manque de solidarité au moment où ils sont directement confrontés à la menace iranienne.
Quel est le principal risque pour Alger ?
Une dégradation progressive de la confiance avec certaines capitales arabes, notamment si Alger continue à afficher une proximité avec Téhéran pendant que le conflit se poursuit.
Je suis algérien et c’est une honte pour mon pays d’avoir accueilli un régime chiite qui massacre mes frères sunnites au moyen orient !