J’observe depuis plusieurs mois la montée en puissance de Rassvet, la constellation haut débit russe pensée comme un équivalent de Starlink. Les dernières données de suivi orbital rappellent une évidence : déployer des dizaines de satellites en orbite basse ne suffit pas à bâtir un réseau fonctionnel. Deux satellites du deuxième lot devraient retomber sur Terre et se consumer dans l’atmosphère d’ici un jour ou deux. Derrière cet incident technique se joue une question stratégique plus large, celle de la capacité de Moscou à se doter d’une infrastructure spatiale souveraine, y compris pour des usages militaires.
Ce que disent les données de suivi
Selon l’astrophysicien Jonathan McDowell, spécialiste du suivi des satellites rattaché au Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, deux satellites Rassvet-3 n’ont jamais réussi à élever leur orbite. Il a publié un graphique mis à jour de l’altitude de la constellation. Je le trouve éclairant : la majorité des satellites des deux lancements de 2026 se stabilisent autour de 500 à 510 km, tandis que deux engins du deuxième lot sont passés sous les 230 km et chutent rapidement.
Voici les points chiffrés à retenir :
- Premier lot : lancé le 23 mars 2026, avec un satellite (l’objet 4) rentré dans l’atmosphère en juin sans avoir effectué la moindre manœuvre.
- Deuxième lot : 16 satellites Rassvet-3 lancés le 19 juillet 2026 par une fusée Soyouz-2.1b depuis le cosmodrome de Plesetsk.
- Deux satellites défaillants : déjà sous les 300 km fin août, sans manœuvre d’élévation d’orbite.
- Bilan provisoire : trois satellites perdus sur 32 lancés, soit environ 9 % de l’effectif.
- Satellites encore sous l’altitude cible : un du premier lot à environ 345 km, un autre au-delà de 470 km, un du deuxième lot à environ 363 km.
Un point de prudence s’impose. McDowell ne précise pas si ces derniers engins fonctionnent encore. Altitude et état opérationnel sont deux choses distinctes, et je me garderai de conclure à un échec ou à un succès sans données complémentaires.
Pourquoi ces échecs comptent
Une orbite d’insertion basse sert à vérifier le comportement d’un satellite avant de le monter à son altitude de service. Un engin qui ne manœuvre pas du tout, comme dans le cas de l’objet 4 du premier lot, signale généralement une défaillance précoce : propulsion, alimentation, communication avec le sol. Sans propulsion, la traînée atmosphérique fait redescendre le satellite, qui finit par se consumer.
Un taux de perte d’environ 9 % n’a rien de dramatique pour un programme à ses débuts. Les premiers déploiements de Starlink ont eux aussi connu leurs défaillances. Mais l’échelle change la donne. Le Bureau 1440 vise 292 satellites d’ici fin 2027 et jusqu’à 900 d’ici 2035. Pour tenir ce calendrier, la fiabilité de série devra progresser nettement, et la cadence de lancement avec elle.
Un acteur privé dans un secteur très encadré
Rassvet est développé par le Bureau 1440, une société privée née comme bureau de recherche au sein de l’opérateur mobile MegaFon. Le système doit fournir un accès internet par satellite sur l’ensemble du territoire russe, avec un service commercial partiel annoncé pour 2027 et des terminaux d’abonnés de moins de 15 kg.
Ce statut mérite attention. Dans un secteur spatial russe longtemps dominé par Roscosmos, l’arrivée d’un opérateur privé de cette ampleur est notable. Elle ne signifie pas pour autant une autonomie vis-à-vis de l’État. Ni Roscosmos ni le ministère russe de la Défense n’ont annoncé les lancements de Rassvet, ce qui entretient le flou sur la place exacte de l’armée dans le dispositif.
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L’enjeu militaire derrière le haut débit
C’est ici que le sujet quitte le terrain commercial. Selon les données de suivi, la constellation assurait déjà en août au moins deux fenêtres de couverture quotidiennes au-dessus de l’Ukraine, d’une durée de plus d’une heure chacune. Cette observation a suscité des inquiétudes : les forces russes pourraient à terme l’utiliser comme l’armée ukrainienne utilise Starlink pour ses communications.
Je reste mesuré sur ce point. Une couverture orbitale ne dit rien de l’usage réel qui en est fait. Rien, dans les éléments dont nous disposons, ne prouve une utilisation militaire effective. Mais l’hypothèse est plausible pour deux raisons :
- Les armées modernes dépendent de communications résilientes, et les constellations en orbite basse sont plus difficiles à neutraliser qu’un satellite géostationnaire isolé.
- L’expérience ukrainienne avec Starlink a montré l’intérêt tactique d’un accès internet mobile sur le terrain.
Face à cela, d’autres analystes jugent que la Russie reste loin d’un équivalent opérationnel : peu de satellites en service, terminaux encore en développement, et un calendrier de déploiement qui reste à prouver. Les deux lectures se défendent, et c’est précisément ce qui rend le dossier intéressant à suivre.
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Ce que cela dit de la course aux constellations
Le contraste avec SpaceX est frappant. Starlink compte des milliers de satellites et bénéficie d’une cadence de lancement qu’aucun concurrent n’égale aujourd’hui. Rassvet en est à 32 engins, avec une fusée Soyouz-2.1b qui transporte des lots de 16 satellites. Le rattrapage, s’il a lieu, prendra des années.
Il reste que la Russie n’est pas seule à vouloir sa propre constellation : l’Europe, la Chine et d’autres développent des projets comparables, pour des raisons de souveraineté numérique autant que commerciales. Rassvet s’inscrit dans cette dynamique mondiale, avec ses spécificités : un contexte de sanctions, un accès limité aux composants électroniques avancés, et une dimension sécuritaire assumée en toile de fond.
Mon analyse
Je retiens trois enseignements. D’abord, les pertes actuelles sont modestes mais réelles, et elles obligent le Bureau 1440 à démontrer sa fiabilité avant d’accélérer. Ensuite, la majorité des satellites ayant atteint leur altitude de service, le programme n’est pas à l’arrêt. Enfin, l’enjeu militaire reste la grande inconnue : il dépendra moins de ces défaillances ponctuelles que de la capacité de Moscou à tenir sa cadence de lancement d’ici 2027.
La vraie question n’est donc pas de savoir si Rassvet peut rivaliser avec Starlink à court terme, mais si la Russie peut bâtir assez vite un réseau suffisant pour ses besoins propres. La réponse viendra des prochains lancements.
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FAQ
Qu’est-ce que Rassvet ?
C’est une constellation de satellites haut débit en orbite basse, développée par le Bureau 1440, que la presse présente comme la réponse russe à Starlink.
Combien de satellites Rassvet ont été perdus ?
Si les deux satellites défaillants retombent comme prévu, le total atteindra trois sur 32 lancés depuis mars 2026.
Rassvet est-il utilisé par l’armée russe ?
Aucune source dans les éléments disponibles ne le confirme. Des inquiétudes existent en raison de la couverture au-dessus de l’Ukraine, mais l’usage réel reste à établir.
Quand le service commercial doit-il démarrer ?
Un service commercial partiel est prévu pour 2027, selon le calendrier du Bureau 1440.