Le premier F-16 Block 72 destiné au Maroc a effectué son vol inaugural. Lockheed Martin a communiqué sur cet événement le 6 octobre 2026. Selon l’avionneur, le vol a eu lieu le 1er octobre sur son site de production de Greenville, en Caroline du Sud. Un pilote d’essai y a conduit des validations de systèmes dans le cadre des procédures d’acceptation habituelles.
- Le premier F-16 Block 72 du Maroc a volé à Greenville, selon Lockheed Martin.
- Le vol a eu lieu le 1er octobre 2026 et a été annoncé le 6 octobre.
- Le contrat porte sur 25 appareils neufs et sur la modernisation de 23 F-16.
- Aucune date de livraison n’a été communiquée, et le programme a pris du retard.
- L’avion reste de quatrième génération, dans un contexte de rivalité aérienne avec l’Algérie.
L’annonce est brève, mais elle intervient dans un programme dont le calendrier est suivi de près à Rabat comme à Washington. Elle mérite d’être replacée dans son contexte : un contrat vieux de plus de sept ans, des retards documentés, et un environnement régional où l’aviation de combat reste un marqueur central des équilibres stratégiques.
Ce que Lockheed Martin a réellement annoncé
Le constructeur parle d’une « étape » vers la livraison, pas d’une livraison. L’appareil poursuit son programme d’essais en vol avant de rejoindre les Forces Royales Air. Mike Shoemaker, qui dirige l’Integrated Fighter Group de Lockheed Martin, a présenté ce vol comme une avancée concrète du programme marocain.
L’entreprise rappelle aussi une relation de plus de cinquante ans avec le Royaume, qui remonte à la livraison d’un premier C-130 Hercules en 1974. Les Forces armées royales exploitent aujourd’hui des F-16, des C-130, des systèmes radar avancés et des hélicoptères Black Hawk. Selon la presse marocaine qui relaie le communiqué, elles doivent aussi recevoir des lance-roquettes HIMARS. Le texte évoque enfin l’ambition du Maroc de devenir un pôle régional de maintenance, de réparation et de révision d’aéronefs.
À ce stade, le communiqué ne fournit ni date de livraison ni nombre d’appareils concernés par la première remise. Nous nous en tenons donc à ce qui est établi.
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Un contrat signé dans un autre contexte
Pour mesurer la portée de ce vol, il faut remonter à mars 2019. Le département d’État américain approuvait alors, via la Defense Security Cooperation Agency (DSCA), deux ventes possibles au Maroc. La première portait sur 25 F-16C/D Block 72 neufs, pour 3,8 milliards de dollars, avec moteurs, armements, systèmes de navigation et pièces de rechange. La seconde, de 985,2 millions de dollars, visait la mise à niveau des 23 F-16 déjà en service vers la configuration F-16V, dite « Viper ».
La DSCA soulignait que le Maroc, déjà utilisateur du F-16, n’aurait « aucune difficulté » à absorber ces appareils. Elle y voyait un renforcement de l’interopérabilité avec les États-Unis et de la capacité marocaine à participer à des opérations de coalition, comme les sorties menées contre l’organisation État islamique en Syrie et en Irak.
Le Maroc avait commandé ses premiers F-16 en 2008, au nombre de 24, et en a perdu un en 2015 lors d’opérations au Yémen au sein de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Ce rappel éclaire la logique du programme actuel : il s’agit moins d’un changement de doctrine que de la modernisation d’une flotte existante.
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Un calendrier qui a glissé
Les premières projections étaient nettement plus optimistes. Des articles de 2023, citant des sources industrielles, évoquaient des premiers appareils achevés en 2024 et des livraisons à partir de 2025. Un rapport du Cato Institute, cité par la presse marocaine, anticipait pour sa part une réception en 2027. Il relevait un délai d’environ huit ans entre l’annonce américaine et la livraison, parmi les plus longs observés pour cette famille d’appareils.
Plus récemment, Africa Intelligence, repris par Hespress, indiquait que Rabat estimerait le programme en retard de plus d’un an. Le Royaume chercherait selon ce média à obtenir une compensation auprès de l’industriel. Ces informations n’ont pas, à notre connaissance, été confirmées officiellement. Elles doivent être lues comme telles.
Les causes sont en partie connues. Le Block 70/72 est une variante récente, et Taïwan, premier gros client avec 66 appareils, a lui aussi connu des retards. Le ministère taïwanais de la Défense les avait attribués en 2023 à des difficultés de chaîne d’approvisionnement, puis à des problèmes de logiciel de commandes de vol. En mai 2026, Lockheed Martin a indiqué, selon Hespress, que les appareils destinés au Maroc et à Taïwan partageaient une configuration technologique spécifique, qui avait nécessité des modifications après des essais en vol. L’entreprise affirme avoir achevé cette phase avant les premières livraisons.
Les chiffres à retenir
- 25 F-16C/D Block 72 neufs, pour 3,8 milliards de dollars (DSCA, mars 2019).
- 23 F-16 existants à moderniser au standard F-16V, pour 985,2 millions de dollars (DSCA, mars 2019).
- Première livraison initialement attendue en 2024-2025, selon des sources de presse de l’époque.
- Premier vol du Block 72 marocain : 1er octobre 2026 à Greenville, selon Lockheed Martin.
🇲🇦✈️ Les F-16 de la Force Royale Air survolent Marrakech en préparation des démonstrations du Marrakech Airshow 2026 ! 🔥
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Ce que change le Block 72
Lockheed Martin présente le Block 70/72 comme la version la plus avancée de la famille F-16, avec une durée de vie structurelle supérieure de plus de 50 % à celle des modèles précédents et un radar à antenne active (AESA). Les équipements de guerre électronique comptent parmi les évolutions les plus citées. L’industriel L3Harris avait indiqué en 2023 que les F-16 marocains seraient dotés du système Viper Shield, conçu pour détecter et contrer les menaces radar.
Il faut toutefois rester nuancé. Le F-16 Block 72 reste un chasseur de quatrième génération, c’est-à-dire non furtif. Sa valeur tient à son avionique, à ses capteurs et à son intégration dans un réseau, plus qu’à une rupture de plateforme. Pour les Forces Royales Air, l’enjeu est aussi logistique : formation des pilotes, maintenance, munitions compatibles. Des travaux d’adaptation des bases de Benslimane et de Benguerir (arrêt d’aéronefs, simulateur de vol, zone d’essai des moteurs) avaient été rapportés par la presse spécialisée, citant le site espagnol Defensa.
Un équilibre aérien régional sous observation
Le vol de Greenville se lit forcément à l’aune de la compétition avec l’Algérie. Les deux pays n’ont plus de relations diplomatiques depuis 2021, et l’espace aérien algérien est fermé aux avions marocains. Selon plusieurs médias, dont l’agence APA, Alger aurait commencé à intégrer ses premiers Su-57E russes, ce qui ferait de l’Algérie le premier client étranger de cet appareil. Ces informations reposent sur des sources non officielles, et le conditionnel s’impose. Le statut de « cinquième génération » du Su-57 est lui-même débattu parmi les spécialistes.
Les analystes divergent sur la portée de cette évolution. Certains experts cités par la presse marocaine estiment que le Maroc conserve un avantage qualitatif grâce à l’alignement de ses équipements sur les standards occidentaux et à l’interopérabilité avec l’OTAN. D’autres rappellent que l’Algérie dispose d’une flotte plus nombreuse, notamment de Su-30, et que le Maroc doit compenser par des multiplicateurs de force : avions de guet aérien, guerre électronique, drones.
Du côté marocain, plusieurs pistes ont été évoquées dans la presse. Les F-35 américains ont fait l’objet de spéculations, sans aucune confirmation officielle. Le Rafale français reviendrait parmi les options étudiées, avec des livraisons qui n’interviendraient pas avant 2030 ou 2031. Des discussions autour du JF-17 pakistanais ont également été rapportées. Nous les mentionnons pour situer le débat, non comme des décisions actées.
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Ce qu’il faudra surveiller
Trois points nous semblent décisifs dans les mois qui viennent.
Le premier est la date de la première livraison. Un vol d’essai à Greenville n’engage pas le calendrier de remise des appareils. Les campagnes d’essais en vol puis les procédures d’acceptation doivent d’abord être menées à terme.
Le deuxième est le rythme de production. Lockheed Martin doit livrer à plusieurs clients, dont Taïwan, avec une ligne de production relocalisée en Caroline du Sud. La concurrence entre commandes pèsera sur le calendrier marocain.
Le troisième est la dimension industrielle. Le communiqué évoque l’ambition du Maroc de devenir un pôle de maintenance aéronautique. Si elle se concrétise, elle donnerait au programme une portée économique qui dépasse l’acquisition des appareils.
Une étape réelle, une conclusion encore ouverte
Ce premier vol ne dit pas à quelle date les Forces Royales Air disposeront de leurs Block 72, ni dans quelles conditions elles les intégreront à une flotte de plus en plus hétérogène. Il montre en revanche que le programme est sorti d’une phase de mise au point délicate et qu’un appareil de série vole. Dans un domaine où les annonces précèdent souvent les réalités, ce fait compte.
Reste à savoir si cette étape marquera le début d’un rythme de livraison régulier ou l’une des nombreuses séquences d’un programme dont le calendrier est resté incertain. La réponse dépendra autant des cadences industrielles américaines que des choix de Rabat en matière de diversification.
FAQ
Qu’est-ce que le F-16 Block 72 ?
C’est la version la plus récente du F-16 Fighting Falcon produite par Lockheed Martin. Elle intègre notamment un radar AESA, une avionique modernisée et une durée de vie structurelle allongée, mais reste un appareil de quatrième génération.
Combien de F-16 Block 72 le Maroc a-t-il commandés ?
Le contrat approuvé par les États-Unis en mars 2019 porte sur 25 appareils neufs, pour 3,8 milliards de dollars. Il s’accompagne de la modernisation de 23 F-16 déjà en service.
Quand les appareils seront-ils livrés ?
Aucune date officielle de première livraison n’a été communiquée. Le premier appareil poursuit ses essais en vol avant d’être remis aux Forces Royales Air.
Pourquoi le programme a-t-il pris du retard ?
Selon les informations disponibles, la mise au point de cette configuration a nécessité des modifications après des essais en vol. Taïwan, autre client, a connu des retards liés à la chaîne d’approvisionnement et au logiciel de commandes de vol.