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Ces villes marocaines qui ont changé de nom au fil de l’histoire

Découvrez l'histoire fascinante des villes marocaines qui ont changé de nom : de Mogador à Essaouira, d'Anfa à Casablanca, plongez dans la toponymie du Maroc.

Maroc
Dernière mise à jour : 4 mars 2026 2h34
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Ces villes marocaines qui ont changé de nom au fil de l'histoire

Le Maroc est une terre de passage, un carrefour où se sont croisées les plus grandes civilisations de la Méditerranée et du désert. De l’Antiquité phénicienne à l’ère coloniale, en passant par les dynasties arabo-berbères, chaque conquérant, chaque marchand et chaque bâtisseur a laissé une trace indélébile sur la carte du pays. L’un des témoignages les plus fascinants de cette histoire millénaire réside dans la toponymie. Voyager à travers les noms de villes marocaines, c’est un peu comme feuilleter un livre d’histoire où chaque chapitre a été réécrit, mais dont les anciennes lignes transparaissent encore sous l’encre nouvelle.

Sommaire
  • Le passage de l’ère antique à l’identité moderne
  • Casablanca la blanche et son passé médiéval
  • Essaouira la bien dessinée et l’héritage de Mogador
  • Les villes du nord et l’influence coloniale espagnole
  • Marrakech et le mystère de son appellation
  • La renaissance des noms amazighs au XXIe siècle
  • Questions fréquentes sur les anciens noms de villes au Maroc

Comprendre pourquoi une cité change de nom, c’est plonger dans les motivations politiques, culturelles et religieuses d’une époque. Parfois, il s’agissait d’effacer les traces d’un envahisseur, d’autres fois de rendre hommage à un saint protecteur ou de revenir à des racines amazighes longtemps occultées. Ces mutations ne sont pas de simples changements administratifs ; elles portent en elles l’âme des lieux. Aujourd’hui, alors que le Maroc moderne s’affirme, redécouvrir ces anciens patronymes permet de mieux saisir la complexité et la richesse de l’identité nationale, entre héritage antique et aspirations contemporaines.

Le passage de l’ère antique à l’identité moderne

Dans l’Antiquité, le Maroc était connu sous le nom de Maurétanie Tingitane. Les ports de la côte étaient des comptoirs essentiels pour les Phéniciens, puis pour les Romains. Prenons l’exemple frappant de la ville de Larache. Avant de porter ce nom d’origine arabe signifiant “les vignes” ou “les treilles”, la cité était connue sous le nom de Lixus. Les ruines de Lixus, encore visibles aujourd’hui sur une colline surplombant l’oued Loukkos, rappellent que ce fut l’un des centres de production de sel et de garum les plus importants de l’Empire romain. Le glissement de Lixus vers Larache marque la fin d’une ère gréco-romaine et l’intégration de la région dans la sphère d’influence islamique dès le VIIIe siècle.

Un autre exemple emblématique est celui de Tanger. Si son nom actuel semble très proche de son appellation antique Tingis, l’évolution est subtile mais chargée de sens. Pour les Romains, Tingis était la capitale de la province. Selon la mythologie, elle aurait été fondée par Antée et nommée en l’honneur de sa femme Tinga. Au fil des siècles, sous l’occupation vandale, byzantine puis arabe, le nom s’est stabilisé en Tanja. Ce qui est fascinant, c’est que malgré les invasions portugaises et anglaises qui ont tenté d’imposer leurs propres codes, le nom originel a survécu à travers les âges, prouvant que certaines identités urbaines sont plus fortes que les empires qui les gouvernent.

Volubilis et la naissance de Moulay Idriss Zerhoun

Non loin de Meknès se trouve le site de Volubilis, une cité romaine florissante dont les mosaïques émerveillent encore les visiteurs. Pourtant, dans le langage local et l’histoire marocaine, ce lieu est intimement lié à la naissance de la première dynastie musulmane. Les textes anciens font référence à Oualili. Ce nom est une déformation berbère de “Volubilis”, qui désigne en réalité la fleur de liseron. Lorsque Idriss Ier, fuyant le califat abbasside, arriva dans la région en 788, c’est à Oualili qu’il fut accueilli par la tribu des Awraba.

Progressivement, le centre de gravité s’est déplacé vers la colline voisine pour former la ville sainte de Moulay Idriss Zerhoun. Ici, le changement de nom et de lieu symbolise une rupture totale : on passe d’une cité latine, païenne puis chrétienne, à un bastion de l’islam naissant au Maghreb. Aujourd’hui, si Volubilis reste le nom archéologique officiel, Oualili demeure dans la mémoire collective comme le berceau de l’État marocain, illustrant parfaitement comment la géographie sacrée peut l’emporter sur le tracé colonial romain.

Casablanca la blanche et son passé médiéval

C’est sans doute la ville dont le changement de nom est le plus célèbre au monde. Avant de devenir la métropole économique que nous connaissons, Casablanca portait le nom berbère de Anfa. Fondée par les tribus Barghwata au VIIe siècle, Anfa était un port prospère, souvent décrit par les voyageurs de l’époque comme une cité riche entourée de jardins. Cependant, sa position stratégique attira les foudres des Portugais. En 1468, après des attaques répétées contre leurs navires, ces derniers rasèrent littéralement la ville.

Sur les ruines d’Anfa, les commerçants portugais remarquèrent une petite maison blanche qui servait de repère aux marins. Ils commencèrent à appeler l’endroit Casa Branca. Plus tard, sous l’influence espagnole, le nom devint définitivement Casablanca. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que le sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah reconstruisit la ville et lui donna son nom arabe actuel : Dar el Beïda, traduction littérale de “La Maison Blanche”. Aujourd’hui, les deux noms coexistent, mais le quartier historique d’Anfa a conservé son appellation d’origine, comme un hommage à la cité médiévale disparue.

Essaouira la bien dessinée et l’héritage de Mogador

Le cas d’Essaouira est unique car il illustre une volonté délibérée de planification urbaine et de changement d’identité royale. Pendant des siècles, les marins européens ont connu ce port sous le nom de Mogador. L’origine de ce terme est discutée, mais elle proviendrait probablement du nom d’un saint local, Sidi Mogdoul. Sous l’occupation portugaise, Mogador devint une place forte stratégique sur la route de l’Afrique. La ville était alors perçue comme un comptoir étranger, une enclave européenne sur la côte marocaine.

En 1764, le sultan Mohammed ben Abdallah décida de transformer ce port en une fenêtre commerciale sur le monde. Il confia à l’architecte français Théodore Cornut la mission de dessiner une ville moderne, dotée de remparts imprenables. La cité fut alors rebaptisée Essaouira, ce qui signifie en arabe “La bien dessinée” ou “La petite muraille”. Le passage de Mogador à Essaouira marque ainsi une transition majeure :

  • La fin de la domination coloniale portugaise sur les échanges maritimes.

  • L’intégration de la ville dans le réseau des cités impériales du Maroc.

  • La création d’un port cosmopolite où cohabitaient juifs, musulmans et chrétiens.

  • L’affirmation d’une souveraineté marocaine sur l’Atlantique.

Même si le nom Mogador est encore utilisé par nostalgie ou par les historiens de la marine, Essaouira est devenue le symbole d’une modernité marocaine réfléchie. Les festivals de musique Gnaoua qui s’y tiennent chaque année célèbrent cette identité métissée, ancrée dans un nom qui valorise l’harmonie architecturale et humaine.

Les villes du nord et l’influence coloniale espagnole

Dans la partie septentrionale du pays, l’histoire a imposé des noms qui reflètent les tensions entre les deux rives du détroit. La ville de Tétouan, souvent surnommée “la colombe blanche”, a toujours porté ce nom d’origine amazighe signifiant “les yeux” ou “les sources”. Cependant, lors de l’occupation espagnole, elle fut le centre névralgique du Protectorat. Mais c’est vers des villes plus petites que le changement est le plus visible. Chefchaouen, par exemple, fut longtemps appelée simplement Chaouen (“les cornes” en référence aux sommets du Rif qui la dominent). L’ajout du préfixe “Chef” est une évolution plus tardive pour désigner “regarde les cornes”.

Un autre exemple marquant est celui de la ville d’Al Hoceima. Sous la colonisation espagnole, elle fut fondée sous le nom de Villa Sanjurjo, en hommage au général espagnol José Sanjurjo qui y débarqua en 1925. Ce nom, symbole de l’oppression coloniale pour les populations locales du Rif, ne pouvait pas survivre à l’indépendance du pays en 1956. La ville reprit alors le nom de la petite île située juste en face : Al Hoceima, qui dérive de l’arabe signifiant “la lavande”. Ce retour au patronyme naturel est une constante dans le Maroc post-colonial.

Marrakech et le mystère de son appellation

Marrakech, la ville ocre, n’a pas forcément changé de nom, mais son appellation a donné naissance au nom du pays lui-même dans les langues occidentales. À l’origine, Amur n Yakush signifierait “Terre de Dieu” ou “Part de Dieu” en langue amazighe. Fondée par les Almoravides au XIe siècle, elle devint si puissante que les voyageurs étrangers confondaient la ville avec le royaume tout entier. C’est ainsi que par déformation phonétique, Marrakech est devenue “Morocco” en anglais, “Marruecos” en espagnol et “Maroc” en français.

Pourtant, au sein du pays, Marrakech a souvent été désignée par des titres honorifiques plutôt que par des noms différents. On l’appelle Sabaatou Rijal (la ville des sept saints) ou Al Hamra (la rouge). Ce qui est intéressant ici, c’est que la ville a conservé son identité profonde tout en exportant son nom pour définir une nation entière. Cela démontre le rayonnement culturel et politique que Marrakech a exercé pendant des siècles, au point d’effacer dans l’esprit des étrangers les noms des autres capitales comme Fès ou Rabat.

La renaissance des noms amazighs au XXIe siècle

Depuis quelques années, on observe au Maroc un mouvement de réappropriation culturelle qui passe par la toponymie. De nombreuses localités, dont les noms avaient été “arabisés” ou simplifiés administrativement, retrouvent officiellement leurs racines amazighes. Ce n’est pas tant un changement de nom qu’une rectification orthographique et phonétique qui rend hommage à la diversité du pays. La signalisation routière bilingue (Arabe et Tifinagh) participe à cette redécouverte.

Par exemple, la ville d’Agadir a toujours porté ce nom signifiant “grenier collectif fortifié” ou “citadelle”. Mais de nombreux villages aux alentours ont vu leurs dénominations officielles évoluer pour mieux coller à la réalité linguistique locale. Cette dynamique montre que l’histoire des noms de villes au Maroc n’est pas figée. Elle continue d’évoluer avec la société, reflétant une volonté de réconciliation avec toutes les composantes de son passé. L’Agritech et la modernisation des infrastructures rurales mentionnées plus haut s’accompagnent également d’une valorisation de ces terroirs aux noms ancestraux.

Questions fréquentes sur les anciens noms de villes au Maroc

Pourquoi Casablanca s’appelait-elle Anfa autrefois ?

Anfa était le nom de la cité berbère originelle fondée au VIIe siècle. Le nom de Casablanca est apparu plus tard, au XVe siècle, lorsque les marins portugais ont utilisé une maison blanche sur la côte comme point de repère, la nommant “Casa Branca”.

Quelle est la ville marocaine qui a le plus changé de nom ?

Il est difficile d’en désigner une seule, mais Essaouira est un cas d’école. Elle est passée de sites phéniciens anonymes à Mogador sous l’influence européenne, avant d’être officiellement renommée Essaouira par le sultan Mohammed III au XVIIIe siècle pour marquer sa reconstruction architecturale.

Est-ce que Rabat a toujours porté ce nom ?

Le nom complet est Ribat al-Fath (Le camp de la victoire). Avant sa fondation officielle par les Almohades au XIIe siècle, le site était occupé par une petite bourgade nommée Sala (qui a donné Salé) sur l’autre rive de l’oued Bouregreg. Le nom a été simplifié en Rabat au fil du temps.

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