Pas de montant, pas de calendrier, pas de commentaire de l’US Air Force. En suivant depuis plusieurs années les start-up de la défense qui sortent de l’écosystème SpaceX et d’El Segundo, je reconnais le style : progresser vite, communiquer peu, laisser les contrats parler.
Une étape discrète après des mois d’accélération
Ce n’est pas un programme de développement nouveau. En septembre, l’AFRL avait déjà ajouté 16,4 millions de dollars à un contrat existant avec Castelion, portant le total à 37,2 millions, pour des travaux sur une arme de frappe à longue portée à faible coût et produisible en masse, jusqu’en juin 2028. L’entreprise présente la modification F-16 comme une extension de ce travail, sans préciser si elle relève exactement du même accord.

La Navy est clairement en avance. En avril, elle a alloué 105 millions de dollars pour l’intégration sur les F/A-18E/F Super Hornet et des essais à tir réel dans la région indo-pacifique, avec un objectif de capacité opérationnelle précoce en 2027. En juin, elle a commandé 50 exemplaires de pré-production pour 23,4 millions. En août, près de 90 millions ont financé la transition vers un programme officiel, y compris des modifications d’exportabilité destinées à accélérer d’éventuelles ventes aux alliés. En septembre, une première commande de production, d’un plafond de 200 millions de dollars, a porté sur 444 missiles complets (All-Up Rounds).
L’Army avait reçu dès octobre 2025 un contrat d’intégration pour une version terrestre compatible avec le lance-roquettes HIMARS. Castelion, fondée en 2022 à Torrance (Californie) par trois anciens de SpaceX — Bryon Hargis (CEO), Sean Pitt et Andrew Kreitz —, construit un campus de production de 1 000 acres à Rio Rancho, au Nouveau-Mexique (Project Ranger), avec un objectif affiché de plusieurs centaines d’armes par an.
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Un missile conçu pour la quantité
Blackbeard est un système de type boost-glide : un propulseur accélère un véhicule planeur hypersonique à plus de Mach 5, capable de manœuvrer dans l’atmosphère. Contrairement à un missile balistique sur trajectoire prévisible, il est plus difficile à intercepter. L’entreprise n’a pas publié de fiches techniques complètes. Des documents budgétaires et des reportages évoquent des portées de l’ordre de 200 milles nautiques dans certaines configurations navales, ou potentiellement davantage dans d’autres, et un coût unitaire cible autour de 385 000 dollars dans les projections de la Navy pour les années suivantes — très en dessous des systèmes hypersoniques « exquis » qui se comptent en dizaines de millions.
L’idée centrale, répétée par Castelion et reprise dans les communications de la Navy, est la « masse abordable » : produire assez pour saturer des défenses avancées plutôt que de compter uniquement sur un petit nombre d’armes très performantes et très chères. La Navy le place sous le programme Multi-mission Affordable Capacity Effector (MACE).
Les jalons contractuels connus
- Octobre 2025 : contrats d’intégration Army et Navy (montants agrégés autour de 90 millions selon certaines sources).
- Février-avril 2026 : environ 50 millions puis 105 millions pour la Navy (prototypes et intégration F/A-18).
- Juin 2026 : 50 unités de pré-production (23,4 millions).
- Août 2026 : près de 90 millions pour capacité opérationnelle précoce et exportabilité.
- Septembre 2026 : commande de production jusqu’à 200 millions pour 444 missiles.
- Septembre 2026 : +16,4 millions AFRL (contrat total 37,2 millions jusqu’en 2028).
- Octobre 2026 : modification AFRL pour intégration F-16 (montant non divulgué).
Pourquoi le F-16 change l’équation
Le Super Hornet est un avion de porte-avions performant, mais en nombre limité. Le F-16 reste le chasseur le plus répandu de l’US Air Force et équipe plus d’une vingtaine de forces aériennes étrangères. Dans le bassin méditerranéen et au Moyen-Orient, il est particulièrement dense : la Grèce en opère un grand nombre (dont une modernisation vers le standard Viper), la Turquie en détient l’une des plus grandes flottes hors États-Unis, l’Égypte, Israël, la Jordanie, les Émirats arabes unis et le Maroc en sont également équipés. Des pays comme la Roumanie ou la Pologne renforcent aussi leurs flottes européennes.

Castelion n’a pas indiqué si le travail d’intégration concerne des versions exportables. La Navy a déjà financé des « Defense Exportability Features » pour faciliter d’éventuelles ventes à des alliés. Une intégration réussie sur F-16 ouvrirait potentiellement une plateforme bien plus large, sous réserve des autorisations américaines, des configurations avioniques spécifiques et des choix politiques. Dans une région où les équilibres de puissance se jouent aussi sur la capacité de frappe à distance et la saturation des défenses, cela n’est pas anodin.
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Et pour les F-16 Marocains ?
L’intégration récente du missile hypersonique Blackbeard de Castelion sur le F-16 ouvre de nouvelles perspectives pour les opérateurs de l’appareil à travers le monde, au premier rang desquels figure le Maroc. Avec sa flotte modernisée de F-16 au standard Viper (Block 72), la Royal Air Force marocaine dispose sur le papier de l’architecture radar (AESA APG-83) et de la puissance de calcul requises pour mettre en œuvre une telle arme de frappe à longue portée et à bas coût.
Toutefois, cette éventualité reste conditionnée à deux conditions : la validation formelle des exportations d’armes hypersoniques par le Congrès américain via le programme Foreign Military Sales (FMS), et le déploiement effectif des kits d’intégration logicielle sur les versions export du chasseur américain. Si Washington accorde son feu vert, le Maroc pourrait devenir l’un des rares pays de la région à doter son aviation de chasse d’une capacité hypersonique de rupture.
FAQ
Qu’est-ce que le missile Blackbeard ?
Un missile hypersonique (plus de Mach 5) de type boost-glide, conçu par Castelion pour être produit en grande série à coût relativement bas, et déjà en cours d’intégration sur F/A-18, HIMARS et désormais F-16.
La Navy a-t-elle vraiment commandé 444 missiles ?
Oui. En septembre 2026, elle a passé une commande de production d’un plafond de 200 millions de dollars portant sur 444 All-Up Rounds, après des commandes de pré-production et des contrats d’intégration antérieurs.
Le F-16 sera-t-il bientôt équipé opérationnellement ?
Non. Il s’agit pour l’instant d’une modification de contrat pour commencer les activités d’intégration. Aucun calendrier ni montant n’a été communiqué, et aucune commande opérationnelle pour l’US Air Force n’a été annoncée.
Ce missile pourrait-il être exporté ?
La Navy a financé des modifications d’exportabilité. L’intégration sur F-16 pourrait faciliter d’éventuelles ventes à des alliés qui opèrent cet avion, mais cela reste soumis aux autorisations américaines et n’est pas confirmé par Castelion pour cette modification.