À la veille de l’ouverture, le média israélien CTech a publié le programme du constructeur sur la base des Forces royales air de Marrakech. Elbit y réunira des moyens de reconnaissance, de frappe et de protection, ainsi que des outils de communication et de formation des pilotes. Nous avons passé en revue cette annonce pour comprendre ce qu’elle dit de la présence israélienne au Maroc, et ce qu’elle ne dit pas.
- Elbit participe pour la première fois au Marrakech Air Show, du 7 au 10 octobre.
- Le groupe présentera des drones, des capteurs, des munitions rôdeuses et le lance-roquettes PULS.
- Il montrera aussi le MINI MUSIC, qui protège avions et hélicoptères contre les missiles à guidage thermique.
- Le PULS est déjà connu au Maroc, où des essais avaient été rapportés en mars 2025.
Un stand construit autour de la chaîne « voir, décider, frapper »
La logique de l’offre est lisible. Elbit ne vient pas avec un produit isolé, mais avec un ensemble cohérent qui couvre la détection d’une cible, sa désignation et son traitement.
Le Hermes 900 figure parmi les principaux appareils présentés. Ce drone est conçu pour des missions de renseignement et de surveillance, sur terre comme en mer. Il s’agit d’un appareil de longue endurance, c’est-à-dire capable de rester en vol de nombreuses heures pour observer une zone. Elbit apportera également plusieurs familles de systèmes autonomes, dont les THOR, Magni-X et FireFox-X.
Pour repérer les cibles, le groupe mettra en avant le SPECTRO-12, dernier modèle de sa gamme de capteurs électro-optiques multispectraux. Cet équipement associe plusieurs types de capteurs (caméras de jour, imagerie thermique, entre autres) pour détecter, identifier et suivre des objectifs. Il peut fournir les informations nécessaires à une opération de surveillance comme à une frappe.
La frappe, fonction centrale du stand
C’est cette seconde fonction qui occupera une place importante. Elbit exposera le SkyStriker, une munition rôdeuse : un engin sans pilote qui patrouille au-dessus d’une zone, recherche une cible, puis l’attaque en s’écrasant sur elle. On parle parfois de « drone kamikaze », terme courant mais imprécis. Le lance-roquettes multiple PULS sera également présent, de même que les équipements Lizard, destinés au guidage laser de précision.
Voici les principaux équipements annoncés par Elbit pour le salon :
- Surveillance : drone Hermes 900, capteur SPECTRO-12
- Systèmes autonomes : THOR, Magni-X, FireFox-X
- Frappe : munition rôdeuse SkyStriker, lance-roquettes PULS, guidage laser Lizard
- Protection : contre-mesures infrarouges MINI MUSIC
- Formation et communication : simulateurs, solutions de pilotage, communications embarquées
Le PULS, déjà familier des Forces armées royales
Un des équipements présentés n’est pas une découverte pour Rabat. Le PULS est déjà connu au Maroc : les essais de ce lance-roquettes par les FAR avaient été rapportés en mars 2025. Sa présence à Marrakech permettra au constructeur de le montrer aux délégations militaires attendues au salon.
Il faut toutefois être précis sur ce que l’annonce établit. Le communiqué publié ce 6 octobre porte sur les équipements exposés. Il ne fait état d’aucune nouvelle commande marocaine. Un salon est avant tout une vitrine commerciale : y exposer un système ne signifie ni qu’un contrat est signé, ni qu’il est en négociation. Nous nous en tiendrons donc à ce qui est documenté, sans extrapoler sur d’éventuels achats.
Protéger les appareils, former les équipages
Le programme ne se limite pas aux armes. Elbit présentera le MINI MUSIC, un dispositif de contre-mesures infrarouges qui vise à protéger les avions et les hélicoptères contre les missiles guidés par la chaleur. Selon les explications du constructeur, il appartient à une famille de systèmes conçus pour perturber le guidage de ces missiles. Le principe consiste à aveugler ou à tromper l’autodirecteur du missile afin qu’il manque sa cible.
L’industriel proposera aussi des technologies de communication embarquées, des simulateurs et des solutions de formation au pilotage. Son programme couvre donc aussi les moyens nécessaires pour préparer les équipages et échanger des informations pendant les missions. Ce volet est moins spectaculaire que les drones ou les munitions, mais il pèse souvent lourd dans les contrats de défense : un équipement n’a de valeur que si ceux qui l’emploient sont formés à s’en servir.
Une participation qui s’inscrit dans la normalisation
Elbit ne sera pas seul. L’entreprise retrouvera à Marrakech d’autres entreprises israéliennes de défense, notamment IAI, Rafael, Xtend et UVision. Leur participation s’inscrit dans le prolongement de la coopération militaire engagée après la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv, puis la signature d’un accord de défense en novembre 2021.
Ce cadre explique que le salon devienne un lieu naturel pour ces industriels. Depuis la reprise des relations en décembre 2020, le Maroc a diversifié ses partenaires en matière d’armement, et Israël y occupe désormais une place visible. Pour les entreprises israéliennes, un salon organisé sur une base militaire marocaine offre un accès direct à des décideurs qu’elles ne pouvaient pas approcher auparavant.
Les enjeux pour Rabat
Du côté marocain, plusieurs motivations peuvent être avancées, sans qu’elles aient toutes été formulées officiellement. Les FAR poursuivent depuis plusieurs années une modernisation de leurs équipements, avec un intérêt marqué pour les drones, la surveillance et les capacités de frappe à distance. Ces technologies répondent à des besoins de contrôle de vastes espaces et de réactivité face à des menaces variées. Les partisans de cette coopération y voient aussi un moyen de réduire la dépendance à un nombre limité de fournisseurs et d’accéder à des technologies éprouvées.
Cette lecture n’est pas unanimement partagée. Les critiques de la normalisation, au sein de la société marocaine notamment, estiment que ce rapprochement militaire s’accompagne d’un coût politique, en particulier dans le contexte régional marqué par la guerre à Gaza. Elles rappellent que l’opinion publique marocaine reste sensible à la question palestinienne. À l’inverse, les autorités défendent une politique de défense fondée sur les intérêts nationaux de sécurité. Les deux positions coexistent, et la visibilité d’un industriel comme Elbit sur le sol marocain alimente mécaniquement le débat.
Ce qu’il faudra observer ensuite
Plusieurs questions restent ouvertes à l’issue du salon. Des annonces de contrats seront-elles faites, ou les échanges resteront-ils au stade de la prospection ? Les équipements présentés correspondent-ils à des besoins déjà exprimés par les FAR, ou s’agit-il surtout d’une démonstration commerciale ? Enfin, la présence simultanée de plusieurs groupes israéliens signale-t-elle une montée en puissance durable de cette coopération ?
À ce stade, aucune réponse officielle ne permet de trancher. Nous suivrons les déclarations des délégations et les éventuelles annonces à l’issue des quatre jours du Marrakech Air Show.
FAQ
Quand a lieu le Marrakech Air Show ?
Le salon se tient du 7 au 10 octobre, sur la base des Forces royales air de Marrakech.
Elbit participe-t-il pour la première fois ?
Oui. L’industriel israélien participe pour la première fois au salon.
Le Maroc a-t-il commandé de nouveaux équipements à Elbit ?
L’annonce publiée le 6 octobre porte sur les équipements exposés et ne fait état d’aucune nouvelle commande marocaine.
Qu’est-ce qu’une munition rôdeuse ?
C’est un engin sans pilote qui patrouille au-dessus d’une zone, recherche une cible, puis l’attaque.