Pour la première fois depuis la création de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) en 1991, le mandat n’a pas été prolongé. Il expire ce 31 octobre 2026. Le Parlement marocain se réunit lundi 2 novembre à 13 heures, en séance conjointe des deux Chambres, pour examiner ces développements. Ce qui se joue dépasse le sort d’une mission de maintien de la paix de taille modeste : il concerne la manière dont un différend de cinquante ans peut être traité, ou non, dans le cadre onusien.
Un double veto qui laisse la Minurso sans mandat
Vendredi 30 octobre, le Conseil de sécurité a examiné deux projets de résolution concurrents. Le texte américain, porté par le penholder habituel du dossier, proposait de prolonger la mission jusqu’au 31 octobre 2027 tout en introduisant des changements substantiels. Il prévoyait de la rebaptiser Mission des Nations unies au Sahara occidental (Minuso), de supprimer ainsi la référence au référendum dans son intitulé, de faire du plan d’autonomie marocain de 2007 la seule base des négociations, et de réduire sa composante militaire. Ce projet a recueilli 11 voix pour, trois abstentions (Chine, Pakistan et Somalie) et un vote contre de la Russie, qui a exercé son veto.
Le projet russe, soumis ensuite, se limitait à une prolongation technique d’un an du mandat existant, sans modification du nom ni des missions. Il n’a obtenu que trois voix favorables (Russie, Chine et Somalie), un vote contre des États-Unis et onze abstentions. Il n’a donc pas atteint les neuf voix requises.
Selon les chiffres cités par Reuters à partir d’un rapport du Secrétaire général, la Minurso compte 155 personnels militaires et son coût pour l’exercice fiscal débuté en juin 2026 est estimé à 62 millions de dollars. D’autres décomptes évoquent un effectif total d’environ 359 personnes, civils compris. La mission, créée par la résolution 690 de 1991 dans le cadre d’un plan de règlement accepté par le Maroc et le Front Polisario, n’a jamais organisé le référendum prévu, en raison notamment de désaccords persistants sur le corps électoral.
L’ambassadeur américain Mike Waltz a indiqué que les États-Unis étaient prêts à travailler avec le Secrétaire général à un retrait ordonné qui protège le personnel des Nations unies et prenne en compte les besoins de sécurité et humanitaires. Il a rappelé que les préparatifs du référendum avaient cessé depuis plus de vingt ans et que la mission ne remplissait plus sa finalité initiale.
La lecture du Cabinet royal
Quelques heures après le vote, un communiqué du Cabinet royal a tiré les conséquences du non-renouvellement. Il y voit « une évolution importante et un pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations unies ». Le texte précise que l’absence de prolongation « signifie clairement que la présence de cette Mission dans les provinces du Sud du Royaume, notamment à travers son personnel, ses véhicules, son matériel et ses symboles, devrait cesser dans les prochains jours ». Il ajoute que cette situation « devrait marquer la fin de la saisine du Conseil de sécurité et le retrait de cette question de son ordre du jour », rendant inutiles les réunions périodiques, les rapports du Secrétaire général et les briefings de son envoyé personnel, Staffan de Mistura.
Le communiqué suspend le processus politique onusien, qu’il impute aux « tergiversations des autres parties et à leur obstination à créer des blocages et à perpétuer le statu quo ». Il affirme que le Maroc reste engagé dans le respect du cessez-le-feu, dans le cadre de son intégrité territoriale, et que le soutien international à l’autonomie sous souveraineté marocaine, déjà porté par plus des deux tiers des États membres selon le texte, se poursuivra sur le plan bilatéral et régional.
Cette lecture s’inscrit dans une séquence commencée en octobre 2025 avec la résolution 2797, qui avait déjà placé le plan d’autonomie marocain comme base des négociations. Le communiqué lie également le moment à la Fête de l’Unité, décrétée par le roi Mohammed VI.
Les positions en présence
La France et le Royaume-Uni ont voté le texte américain et réaffirmé leur soutien au plan d’autonomie comme base crédible et pragmatique. L’ambassadeur français Jérôme Bonnafont a rappelé la position constante de Paris en faveur de la souveraineté marocaine. L’ambassadrice britannique Sarah MacIntosh a décrit le plan comme « la plus crédible, viable et pragmatique ».
La Russie a justifié son veto en estimant que le projet américain favorisait unilatéralement une partie et préjugeait de questions de souveraineté. L’ambassadeur Vassily Nebenzia a déclaré que le Conseil ne pouvait pas donner son aval à une telle approche. Le Front Polisario et l’Algérie, qui soutient la revendication d’indépendance, ont précédemment qualifié des textes similaires de rupture avec le droit à l’autodétermination et avec le cadre de décolonisation inscrit aux Nations unies. Le Polisario a repris les hostilités en novembre 2020 après une rupture du cessez-le-feu de 1991.
Les États-Unis, sous l’impulsion du président Trump, ont fait du règlement de ce différend une priorité relative et ont multiplié les rounds de discussions à Washington et Madrid impliquant le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, sous la co-présidence de Staffan de Mistura et de l’ambassadeur Waltz. Le communiqué royal note que plus des deux tiers des membres de l’ONU soutiennent l’autonomie sous souveraineté marocaine comme cadre unique.
- Points factuels sur le vote du 30 octobre
Projet américain : 11 pour, veto russe, 3 abstentions (Chine, Pakistan, Somalie).
Projet russe : 3 pour (Russie, Chine, Somalie), vote contre des États-Unis, 11 abstentions.
Effectifs Minurso : 155 militaires (chiffre Reuters/rapport SG) ; coût estimé ~62 millions USD pour l’exercice en cours.
Mandat : expirait le 31 octobre 2026 faute de résolution.
Parlement : séance conjointe lundi 2 novembre 2026 à 13 h.
Ce qui est en jeu pour la stabilité régionale
Le différend oppose depuis 1975 le Maroc, qui contrôle la majeure partie du territoire après le retrait espagnol et la Marche verte, au Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Un mur de sable sépare les zones. Le territoire, considéré par l’ONU comme non autonome, renferme des phosphates et un potentiel offshore. La fermeture éventuelle de la Minurso soulève des questions pratiques de sécurité le long du berm et pour les populations, notamment les réfugiés des camps de Tindouf en Algérie, dont le recensement a longtemps fait débat.
Pour le Maroc, la fin de la mission représente la clôture d’un chapitre d’internationalisation qu’il juge anachronique et le basculement vers une gestion bilatérale et régionale, appuyée sur le soutien diplomatique accumulé (États-Unis, France, Royaume-Uni, plusieurs pays africains et arabes ayant ouvert des consulats dans les provinces du Sud). Pour le Polisario et l’Algérie, elle affaiblit le cadre onusien qui maintenait ouverte la question de l’autodétermination. Pour le Conseil de sécurité, l’épisode illustre les limites du consensus sur un dossier longtemps renouvelé de façon routinière.
La séance parlementaire de lundi intervient dans un contexte où le consensus national marocain sur l’intégrité territoriale dépasse traditionnellement les clivages partisans. Elle devrait permettre de prendre acte des développements et d’exprimer une position institutionnelle, sans que des mesures législatives spécifiques aient été annoncées à ce stade.
Questions fréquentes
Pourquoi le mandat de la Minurso n’a-t-il pas été renouvelé ?
Deux projets ont échoué : le texte américain, soutenu par 11 membres, a été bloqué par un veto russe ; le texte russe de prolongation simple n’a pas obtenu les neuf voix nécessaires.
Que dit le Maroc sur le départ de la mission ?
Le Cabinet royal estime que le non-renouvellement implique que la présence de la Minurso (personnel, véhicules, équipements, symboles) dans les provinces du Sud doit cesser dans les prochains jours, et que le dossier devrait sortir de l’ordre du jour du Conseil de sécurité.
Quel est le calendrier immédiat ?
Le mandat expire le 31 octobre 2026. Le Parlement marocain tient une séance conjointe lundi 2 novembre à 13 heures. Les États-Unis ont indiqué être prêts à accompagner un retrait ordonné.
La fin de la Minurso met-elle fin au processus politique ?
Selon le Cabinet royal, le processus onusien est suspendu. Les États-Unis affirment vouloir poursuivre le travail avec l’envoyé personnel et les parties pour une solution durable.