Récemment, des enregistrements audio ont fait surface et circulent largement dans les camps de Tindouf ainsi que sur les réseaux sociaux sahraouis. Ils ont éclipsé temporairement le projet de résolution américain au Conseil de sécurité de l’ONU. Bachir Mustapha Sayed, président du pseudo « Parlement sahraoui » et frère du fondateur du Polisario, y remet en cause le rôle historique de Brahim Ghali lors du soulèvement d’Ezzmala (ou Zemla) de juin 1970. Ces propos interviennent à quelques mois du 17e congrès du Front et dans un contexte de pression diplomatique accrue sur la question du Sahara occidental Marocain.
Selon les extraits publiés, Bachir Mustapha Sayed affirme que Brahim Ghali « n’était qu’un assistant de policier à Es-Smara » et qu’il n’a jamais occupé de rôle de responsabilité dans l’organisation du mouvement. Il désigne Mohamed Sidi Brahim Bassiri, disparu depuis août 1970, comme le véritable leader. Il conteste également que Ghali ait été emprisonné ou torturé par l’armée espagnole pour sa participation. Ces déclarations contredisent la version officielle du Polisario, qui a longtemps utilisé le sort de Bassiri pour exercer une pression sur l’Espagne, notamment en 2016 face à la réouverture de poursuites contre Ghali en Espagne pour génocide et crimes contre l’humanité.
Des analyses reprennent des éléments similaires des enregistrements : « Ghali n’a pas été l’artisan du soulèvement de Zemla comme il le prétend » et « la situation est critique ». Ces propos s’inscrivent dans une rivalité ancienne. Lors du 16e congrès de janvier 2023 en Algérie, Brahim Ghali avait obtenu la majorité des voix face à Bachir Mustapha Sayed. Ce dernier, ancien conseiller de Ghali et issu comme lui de la tribu des Rguibates du Sahel, a depuis renforcé sa position, notamment par sa nomination à la présidence du « Parlement ».
Le mythe fondateur remis en question
Le soulèvement d’Ezzmala du 17 juin 1970 à El Aaiún, mené par Bassiri contre la présence espagnole, constitue un épisode fondateur pour le Polisario. La répression a entraîné des morts et la disparition de Bassiri. Ghali a construit une partie de sa légitimité historique sur une participation active à ces événements et à la fondation du Front en 1973. Des sources historiques espagnoles et des récits de l’époque indiquent qu’il servait dans la police territoriale à Smara et qu’il a été arrêté après les manifestations, mais le degré exact de son leadership reste débattu selon les narrations.
Ces audios relancent un débat interne sur la légitimité et le bilan du leadership actuel. Bachir Mustapha Sayed critique également, sans toujours l’imputer nommément à Ghali, le bilan militaire et diplomatique du mouvement. Cela intervient alors que les États-Unis ont présenté, vers le 20-22 octobre 2026, un projet de résolution au Conseil de sécurité. Le texte propose de renommer la MINURSO en MINUSO (en retirant la référence au référendum), de réduire d’au moins 50 % les effectifs en uniforme d’ici fin janvier 2027, de mettre fin au mandat de maintien de la paix le 30 avril 2027 et de le transformer ensuite en mission politique spéciale jusqu’à octobre 2027. Il érige le plan d’autonomie marocain comme seule base réaliste de négociation. Le Polisario a dénoncé une rupture avec le droit international et conditionné sa participation à des changements substantiels. Le mandat actuel de la MINURSO expire fin octobre 2026.
Dans les camps, ces discussions internes ont pris le pas sur le débat onusien, selon des observateurs locaux et des reportages. Cela révèle des tensions sur la stratégie face à un environnement international où de plus en plus d’États reconnaissent la souveraineté marocaine ou soutiennent l’autonomie sous souveraineté marocaine.
Cinquante ans de soutien algérien et ses coûts d’opportunité
L’Algérie héberge les camps de Tindouf depuis le milieu des années 1970 et soutient politiquement, diplomatiquement et militairement le mouvement terroriste du Polisario. Des estimations variées, souvent issues d’analyses de think tanks ou de sources proches des dossiers, situent le coût annuel entre plusieurs centaines de millions et plus d’un milliard de dollars, en incluant logistique, militaire, administration et diplomatie. Des chiffres précis restent difficiles à établir officiellement, car une partie transite par des circuits non transparents. L’aide humanitaire internationale (PAM, HCR, etc.) complète ce dispositif : le PAM distribue des rations à environ 133 000 personnes, mais alerte régulièrement sur des risques de rupture de pipeline et une forte dépendance (plus de 80 % de la population des camps en insécurité alimentaire ou vulnérable selon des évaluations récentes).
Ce soutien prolongé coexiste avec des priorités internes en Algérie. Le pays importe massivement des céréales (achats de blé tendre et dur de l’ordre de plusieurs centaines de milliers à plus de 2 millions de tonnes par périodes récentes pour sécuriser les stocks) et mobilise des enveloppes importantes pour réguler les prix du sucre, de l’huile et du café. Les subventions et transferts sociaux représentent des postes budgétaires lourds. Face aux incendies de forêt, l’Algérie a recours à des avions bombardiers d’eau très limités affrétés (type AT-802) et à des moyens de l’armée, en attendant les délais de livraison de nouveaux Canadairs dont la production a repris…selon les responsables algériens.
Parallèlement, les départs de harragas (migrants irréguliers algériens) restent élevés. Selon des données Frontex relayées en 2026, la route de la Méditerranée occidentale a progressé (hausses de l’ordre de 26 à 34 % selon les périodes et sources), avec une part importante d’Algériens parmi les franchissements irréguliers vers l’Espagne (Baléares et péninsule). Des rapports indiquent des milliers de départs ou détections sur certaines périodes, même si les totaux exacts varient selon les méthodologies. Ces flux traduisent des frustrations économiques et sociales, alors que les ressources budgétaires restent mobilisées sur des priorités extérieures.
Enjeux géopolitiques et perspectives
Le règlement de comptes interne au Polisario n’est pas seulement une affaire de légitimité historique. Il intervient alors que le processus onusien évolue vers une emphase politique et une réduction de la composante militaire de la MINURSO, dans un contexte de reconnaissance croissante de la position marocaine. L’Algérie, principal soutien, fait face à des arbitrages budgétaires : maintenir un “allié” stratégique et idéologique ou réorienter des moyens vers le développement interne, la sécurité alimentaire et la lutte contre les incendies. Les camps de Tindouf restent un point de vulnérabilité humanitaire et politique pour Alger, qui en porte la responsabilité souveraine tout en laissant une large autonomie au Polisario.
Plusieurs points de vue coexistent. Du côté du Polisario et de ses soutiens, la contestation vise à renouveler le leadership pour mieux affronter les pressions. Des critiques internes ou externes soulignent les échecs militaires (reprise des hostilités en 2020) et diplomatiques. Pour le Maroc et ses alliés, ces divisions confirment l’impasse du pseudo “projet indépendantiste”. Pour l’Algérie, le soutien reste un pilier de sa doctrine, même si des voix internes (dont beaucoup sont en prison) ou des réductions d’aide ponctuelles signalent un fardeau croissant.
La situation reste ouverte. Le vote final sur la résolution américaine dépendra des amendements et des positions de la Russie et de la Chine. Le 17e congrès du Polisario pourrait redistribuer les cartes internes. Les enregistrements de Bachir Mustapha Sayed ont déjà montré que le récit fondateur n’est plus univoque dans les camps. L’issue dépendra autant des rapports de force locaux que de l’évolution du dossier à New York et des priorités d’Alger face à ses propres contraintes.
Questions fréquentes
Qui est Bachir Mustapha Sayed ?
Frère du fondateur du mouvement terroriste du Polisario (El Ouali Mustapha Sayed), il a été conseiller de Brahim Ghali et occupe désormais la présidence du pseudo « Parlement sahraoui ». Il nourrit depuis longtemps l’ambition de diriger le Front.
Que propose le projet américain sur la MINURSO ?
Renommer la mission, réduire fortement les effectifs militaires, mettre fin au mandat de maintien de la paix en avril 2027 et faire du plan d’autonomie marocain le cadre unique de négociation.
Quel est le coût approximatif du soutien algérien au Polisario ?
Les estimations varient de plusieurs centaines de milliards de dollars depuis le début selon le périmètre retenu (aide directe, militaire, diplomatique). Des chiffres officiels précis ne sont pas publiés.
Les camps de Tindouf dépendent-ils uniquement de l’Algérie ?
Non. L’Algérie fournit le territoire, une partie de la logistique et du soutien, mais l’aide alimentaire et humanitaire internationale (PAM, etc.) est essentielle. Des alertes de rupture de financement sont régulières.