La Société de gestion des zones industrielles de défense du Maroc a annoncé une dizaine de protocoles d’accord avec des acteurs industriels marocains et étrangers, dans le cadre du Salon aéronautique de Marrakech 2026. L’annonce marque une étape dans l’effort du Royaume pour bâtir une industrie de défense nationale. Elle soulève aussi une question plus large : le Maroc peut-il passer du statut d’acheteur d’équipements à celui de producteur ? Nous avons tenté d’y voir clair.
Ce que dit le communiqué
Selon un communiqué de l’état-major général des Forces armées royales, les accords couvrent plusieurs segments de l’industrie de défense :
- les munitions et les systèmes d’armes
- les drones et les systèmes autonomes
- la fabrication aérospatiale
- la maintenance et la réparation
- l’électronique de défense, les communications et les systèmes embarqués
Les protocoles réunissent des entreprises marocaines et des groupes industriels internationaux. Le communiqué précise que les projets sont à des stades de développement différents et restent soumis aux procédures, aux exigences de licence et aux processus d’approbation applicables.
Cette précision compte. Un protocole d’accord n’est pas un contrat d’investissement ferme : c’est une déclaration d’intention, qui peut ou non déboucher sur une usine, des emplois et des livraisons. À ce stade, l’identité des industriels et le contenu de chaque accord n’ont pas été rendus publics. Nous nous gardons donc de leur prêter des caractéristiques que les autorités n’ont pas communiquées.
Un salon devenu vitrine industrielle
La huitième édition du Marrakech Air Show s’est tenue du 7 au 10 octobre 2026 sur la base aérienne des Forces armées royales, sous le haut patronage du roi Mohammed VI. La presse marocaine fait état de près de 200 exposants issus de 27 pays dans l’aéronautique, la défense et l’espace. À la clôture, l’organisateur a mis en avant des avancées industrielles et technologiques « concrètes », sans en détailler la liste.
Le salon a aussi été le cadre d’autres annonces à vocation défense. Un média spécialisé rapporte la signature, le 7 octobre, d’une lettre d’intention entre l’Administration de la Défense nationale et la société française Harmattan AI, portant sur l’acquisition, le développement et la production au Maroc de systèmes de frappe à longue portée. Il s’agit là encore d’une intention, non d’un contrat, mais elle illustre l’orientation vers les drones et les technologies autonomes.
Une société créée il y a un peu plus d’un an
La Defense Industrial Zones Management Company a été créée en juillet 2025. Sa mission est de développer, aménager, commercialiser et gérer des zones d’accélération industrielle dédiées aux activités de défense. Elle est le fruit d’un partenariat entre l’Agence du logement et de l’équipement militaire et MEDZ, filiale de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG).
Ce montage associe deux savoir-faire : celui des armées, qui connaissent le besoin et les contraintes de sécurité, et celui d’un aménageur public habitué à équiper des zones d’activités, notamment pour l’aéronautique. Les zones sont conçues pour accueillir la fabrication d’équipements et de composants, soutenir les chaînes d’approvisionnement et offrir une infrastructure adaptée aux exigences de sécurité et opérationnelles du secteur.
Pour un industriel étranger, l’argument est concret. Un foncier équipé et pensé pour un environnement sensible réduit les délais et les incertitudes d’une implantation. Le salon constitue la première apparition publique institutionnelle majeure de la société, au moment où l’activation de ces zones entre, selon le communiqué, dans sa phase opérationnelle.
Le cadre juridique, condition préalable
Aucune industrie d’armement ne se construit sans règles claires. La loi marocaine n° 10.20, relative aux équipements de défense et de sécurité, aux armes et aux munitions, a établi un cadre juridique permettant les investissements nationaux et étrangers dans le secteur. À l’ouverture du salon, le ministre délégué chargé de l’Administration de la Défense nationale, Abdeltif Loudiyi, a présenté cet arsenal juridique comme le socle qui a permis au Maroc d’investir le domaine, jusqu’à la création de zones industrielles dédiées.
Les mentions de licences et d’approbations dans le communiqué rappellent que le secteur reste placé sous le contrôle étroit de l’État, pour la production comme pour les exportations et les transferts de technologie.
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Pourquoi cette annonce est intéressante
Trois logiques se superposent.
La première est l’autonomie stratégique. La guerre en Ukraine et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales ont rappelé la vulnérabilité des États qui dépendent de fournisseurs extérieurs pour leurs munitions ou leurs pièces de rechange. Produire localement permet de réduire cette dépendance, au moins pour une partie des besoins.
La deuxième est l’industrialisation. Le Maroc a construit, en deux décennies, des filières automobile et aéronautique reconnues. La défense en est un prolongement possible, car elle mobilise des compétences voisines : usinage de précision, matériaux composites, électronique, maintenance. La société affirme vouloir accroître la valeur industrielle locale par le transfert de technologies, la formation de la main-d’œuvre et l’intégration de fournisseurs marocains, dont des petites et moyennes entreprises.
La troisième est la position régionale. Le Royaume cherche à s’imposer comme plateforme de production et de maintenance, ce qui suppose de convaincre des industriels étrangers de s’y installer durablement. La stratégie vise aussi, selon les autorités, à faire de la défense une source d’emplois qualifiés, de croissance industrielle et d’exportations.
Ce que dit le directeur général
Faisal Bennouna, directeur général de la société, a déclaré que l’initiative vise à créer des zones industrielles prêtes à accueillir les fabricants d’armement, dans un cadre répondant aux exigences spécifiques du secteur. Il a décrit chaque accord signé comme une étape de plus vers la construction d’une industrie de défense nationale souveraine, tout en restant ouvert à des partenariats industriels de confiance.
Ces deux notions, souveraineté et ouverture, ne vont pas de soi ensemble. Une industrie souveraine suppose de maîtriser des technologies et des chaînes de production. Or, dans les premières années, ce sont généralement les partenaires étrangers qui apportent l’essentiel du savoir-faire. Le transfert de technologie, que la société place au cœur de sa démarche, sera donc le véritable test. Il se mesure sur la durée, bien plus que lors d’une cérémonie de signature.
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Ce qu’il faudra suivre
La phase qui s’ouvre sera plus discrète que celle des annonces. Nous serons attentifs à plusieurs éléments : la publication de la liste des signataires et de la nature de chaque projet, les premiers contrats fermes, les sites retenus au sein des zones, et l’articulation entre les besoins des Forces armées royales et les perspectives d’exportation. Les autorités devront aussi expliciter le fonctionnement des procédures d’approbation qu’elles mettent en avant.
L’annonce confirme en tout cas une orientation de fond : le Maroc veut faire de la défense une filière industrielle à part entière. Reste à voir si le rythme des protocoles se traduira en production, et à quelle échelle.
FAQ
Qu’est-ce que la Société de gestion des zones industrielles de défense du Maroc ?
C’est une société créée en juillet 2025 par l’Agence du logement et de l’équipement militaire et MEDZ, filiale de la CDG. Elle aménage et gère des zones industrielles dédiées à la défense.
Quels secteurs les accords concernent-ils ?
Les munitions, les systèmes d’armes, les drones, les systèmes autonomes, l’aérospatiale, la maintenance et la réparation, l’électronique de défense, les communications et les systèmes embarqués.
Un protocole d’accord engage-t-il fermement les entreprises ?
Non, il exprime une intention de coopération. Selon le communiqué, les projets restent soumis aux licences et aux approbations applicables.
Quel est le cadre légal des investissements étrangers dans la défense ?
La loi n° 10.20 sur les équipements de défense et de sécurité, les armes et les munitions autorise les investissements nationaux et étrangers, sous le contrôle de l’État.