Feuille de route décennale avec Washington, accès à des systèmes de communication tactique avancés, exercices multinationaux, programmes de formation : le Royaume avance sur tous les fronts. À Washington, des voix évoquent même une intégration plus poussée du Maroc aux structures de l’Alliance. Voici ce que je retiens de ce dossier.
Trois décennies de confiance construite
Le Maroc participe au Dialogue méditerranéen de l’OTAN, lancé en 1994. Selon l’Alliance, il a été le premier partenaire à signer un programme de partenariat personnalisé, qui précise les domaines de coopération : formation, interopérabilité, lutte contre le terrorisme, sécurité maritime. Ce rôle de pionnier lui vaut aujourd’hui une place à part.
À cela s’ajoute le statut d’allié majeur des États-Unis hors OTAN, accordé en 2004. Le Maroc est aussi le seul pays africain lié aux États-Unis par un accord de libre-échange. Cette relation s’appuie sur une histoire ancienne : en 1777, le Royaume fut le premier pays au monde à reconnaître l’indépendance américaine, un héritage que des élus démocrates et républicains ont salué au Capitole en janvier 2026.
Une feuille de route pour la décennie
Le tournant de l’année est survenu à Washington, du 14 au 16 avril 2026. À l’occasion de la 14e réunion du Comité consultatif de défense maroco-américain, la délégation marocaine, reçue au Pentagone par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, a signé une feuille de route de coopération militaire couvrant 2026-2036. Les deux parties ont jugé satisfaisant le bilan de la coopération et affiché l’objectif d’une intégration opérationnelle accrue entre leurs armées.
Le soutien politique américain se confirme au Congrès. Selon la presse marocaine, le Sénat américain a intégré le Royaume dans le projet de loi d’autorisation de la défense pour l’exercice 2027, ce qui ouvre la voie à une stratégie destinée à approfondir les relations bilatérales sur dix ans. D’autres médias évoquent un texte visant à faire du Maroc un pivot de l’architecture militaire américaine en Afrique. Le démocrate Brad Schneider, coprésident du Caucus Maroc, a qualifié cette relation de l’une des plus anciennes et des plus importantes des États-Unis.
Une interopérabilité de haut niveau
Sur le terrain, l’interopérabilité progresse concrètement. D’après les informations publiées à la mi-avril, le Maroc a franchi une étape avec le réseau de données tactiques Link-16, jusque-là réservé presque exclusivement aux membres de l’OTAN et à quelques alliés proches. Selon Médias24, les forces marocaines maîtrisaient déjà ce système sur leurs F-16, leurs frégates FREMM et leurs chars Abrams. La nouveauté tient à la création, par les États-Unis, d’une fréquence de communication commune pour mener des opérations avec un pays non-membre de l’Alliance.
Les exercices multinationaux confirment cette dynamique :
- African Lion 2026 : du 20 avril au 8 mai, au Maroc, au Ghana, au Sénégal et en Tunisie, il reste le plus important exercice militaire annuel du continent africain.
- ORION 2026 : conduit par la France du 8 février au 30 avril, il a vu le Maroc engager la frégate Mohammed VI aux côtés d’une vingtaine de pays, dont plusieurs membres de l’OTAN.
- Phase finale de l’OTAN : du 7 au 30 avril, les forces participantes ont été intégrées à un exercice de l’Alliance, preuve de la capacité des FAR à s’insérer dans ses chaînes de commandement.
- Formation aux drones : selon la presse, l’armée américaine prévoit d’installer au Maroc un centre de formation, avec une première session lors d’African Lion 2026.
Une plateforme de formation pour l’Afrique
Le projet que je trouve le plus prometteur concerne la formation. Le Maroc a rejoint en 2025 le programme DEEP (Defence Education Enhancement Programme), par lequel l’OTAN aide ses partenaires à moderniser leur enseignement militaire. Selon Africa Intelligence, une session pourrait se tenir au Maroc entre la fin de 2026 et le début de 2027, destinée principalement à des sous-officiers africains. L’ambassadeur du Maroc auprès de l’Union européenne, Ahmed Réda Chami, piloterait les discussions.
Le rapport annuel 2025 de l’OTAN, présenté en avril par Mark Rutte, décrit le Maroc comme un partenaire structurant du flanc sud et mentionne un mécanisme trilatéral réunissant l’Alliance, le Royaume et des pays africains. Pour moi, c’est la reconnaissance d’un rôle de passerelle entre l’espace euro-atlantique et le continent africain.
La visite de Javier Colomina à Rabat, les 6 et 7 octobre 2026, a prolongé ce mouvement. Il a rencontré des responsables des Affaires étrangères, de l’Intérieur et des Forces armées royales, et assisté à une conférence sur les armes légères et de petit calibre organisée conjointement. Sa conclusion est sans ambiguïté : le Maroc est un partenaire clé dans la région et la coopération ne peut que se renforcer.
Une armée en pleine modernisation
Cette montée en puissance s’appuie sur un effort de modernisation soutenu. Le projet de loi de finances 2026 inscrit 157,17 milliards de dirhams d’engagements pluriannuels pour l’acquisition et la réparation des matériels des FAR et le soutien à l’industrie de défense, contre 133 milliards l’an dernier. Le budget alloué à l’administration de la défense avoisine 73 milliards de dirhams, dont 11,5 milliards d’investissement.
Les priorités annoncées sont la surveillance des frontières, les hélicoptères Apache, le renouvellement des blindés, l’artillerie côtière et la modernisation des patrouilleurs maritimes. Le Royaume diversifie ses partenaires industriels et construit un écosystème local de défense, avec des projets de maintenance aéronautique et de production de drones.
Vers une intégration plus poussée
C’est là que la perspective devient intéressante. Le Maroc n’est pas membre de l’OTAN, et le traité de Washington s’adresse à l’origine aux États européens. Mais l’histoire de l’Alliance montre que ses partenariats évoluent au gré des réalités stratégiques, et le rapprochement actuel avance à un rythme que peu de partenaires ont connu. À Washington, des voix évoquent aujourd’hui une intégration plus formelle du Maroc.
Ce qui me semble acquis, c’est que le Royaume dispose d’atouts rares : une stabilité institutionnelle, une façade atlantique et méditerranéenne stratégique, une armée en modernisation, et une initiative atlantique portée par le roi Mohammed VI qui relie sécurité, développement et intégration régionale. Quelle que soit la forme que prendra ce rapprochement, le Maroc s’impose comme un interlocuteur de premier plan pour l’Alliance et pour Washington.
FAQ
Le Maroc est-il membre de l’OTAN ?
Non. Il est partenaire de l’Alliance via le Dialogue méditerranéen et allié majeur des États-Unis hors OTAN depuis 2004.
Que prévoit la feuille de route Maroc–États-Unis ?
Signée à Washington en avril 2026 pour la période 2026-2036, elle vise une intégration opérationnelle accrue entre les deux armées.
Qu’est-ce que le programme DEEP ?
Le Defence Education Enhancement Programme aide les pays partenaires à moderniser leur enseignement militaire. Le Maroc l’a rejoint en 2025 et pourrait accueillir une session dédiée aux armées africaines.
Quel rôle joue African Lion ?
Organisé chaque année par le Commandement américain pour l’Afrique, c’est le principal exercice militaire du continent. L’édition 2026 s’est tenue du 20 avril au 8 mai.