En suivant l’évolution des forces de Khalifa Haftar depuis plusieurs années, j’ai constaté que la composante aérienne de l’Armée nationale libyenne (ANL) constitue un atout structurant, bien au-delà des colonnes de véhicules légers souvent mises en avant. Elle permet de soutenir les opérations au sol, de surveiller de vastes étendues désertiques, de sécuriser les axes pétroliers et de projeter une présence sur le territoire est et sud que l’ANL contrôle. En octobre 2026, cette aviation reste largement héritée de l’ère soviétique, mais elle s’enrichit de drones modernes et bénéficie de soutiens extérieurs qui renforcent son efficacité opérationnelle.
Une flotte de combat héritée mais encore active
L’ANL s’appuie sur des avions de combat d’origine soviétique et française. Les types principaux documentés sont les MiG-21 (chasse et appui), les MiG-23 (chasse et attaque au sol), les Su-22 (attaque au sol) et les Mirage F1 (chasse et reconnaissance). Une étude de l’ISPI en 2018 recensait potentiellement une vingtaine d’appareils de combat de ces types, dont une partie seulement était opérationnelle.

Des estimations plus récentes, notamment celles de Silent Dossier en octobre 2026, situent l’ensemble des aéronefs de l’ANL (combat, transport et hélicoptères) entre 20 et 60 unités, avec une quinzaine d’avions de combat potentiels. Le taux de disponibilité reste limité par l’âge des cellules et les contraintes de maintenance, mais ces appareils continuent d’être utilisés pour des missions d’appui et de reconnaissance.
| Modèle | Origine | Rôle | Nombre / Statut estimé | Notes |
|---|---|---|---|---|
| MiG-21 | URSS | Chasseur / appui | Historique (environ 10-18 recensés antérieurement) | Disponibilité actuelle limitée ; type encore documenté |
| MiG-23 | URSS | Chasseur / attaque au sol | Historique (quelques unités) | Présence documentée ; faible taux de serviceabilité |
| Su-22 | URSS | Attaque au sol | Historique (quelques unités) | Présence documentée |
| Mirage F1 | France | Chasseur / reconnaissance | Historique (2 signalés) | Présence documentée ; état actuel incertain |
| JF-17 Thunder | Pakistan / Chine | Multirôle | 16 commandés (non livrés) | Accord rapporté décembre 2025 (~4 milliards $) ; livraisons prévues sur ~2,5 ans (Reuters) |
| Il-76 | URSS | Transport lourd | Présence documentée | Plusieurs cellules associées à l’ANL dans bases ouvertes |
| C-130 Hercules | États-Unis | Transport tactique | Historique | Mentionné dans inventaires antérieurs |
| An-32 | Ukraine / divers | Transport tactique | Présence signalée | Bases de données aériennes |
| L-39 Albatros | Tchécoslovaquie | Entraînement | Plusieurs unités | Inventaires ouverts ; nombre exact incertain |
| Super Mushshak | Pakistan | Entraînement de base | 12 commandés | Inclus dans l’accord pakistanais de 2025 ; non livrés |
| MiG-29 (bases de l’est) | Russie | Chasseur | Non comptabilisés pour l’ANL | Opérés sous contrôle russe (Africa Corps) |
Des MiG-29 opèrent depuis des bases de l’est, mais ils sont sous contrôle russe et ne sont pas intégrés à la flotte de l’ANL. En décembre 2025, un accord d’environ 4 milliards de dollars avec le Pakistan a été rapporté par Reuters, prévoyant notamment 16 chasseurs JF-17 (développés avec la Chine) et 12 avions d’entraînement Super Mushshak. Aucune livraison n’était confirmée fin 2026, mais ce contrat, s’il se concrétise, moderniserait sensiblement la flotte de combat.
Avions, hélicoptères et drones fournis ou utilisés au profit de Haftar par les UAE
| Appareil | Type | Rôle | Situation |
|---|---|---|---|
| IOMAX AT-802i / Archangel | Avion d’attaque léger | Attaque au sol, appui aux troupes | Des appareils fournis par les Émirats ont été signalés au sein des forces de Haftar. |
| Mirage 2000-9 | Avion de chasse multirôle | Combat aérien, frappe au sol | Des appareils émiratis ont été associés à des opérations en soutien à Haftar. Aucun don confirmé à ses forces. |
| Mi-24P Hind | Hélicoptère d’attaque | Appui-feu, destruction de véhicules et de positions | Des transferts attribués aux Émirats ont été documentés. |
| UH-60M Black Hawk | Hélicoptère de transport | Transport de troupes, missions militaires | Des appareils fournis par les Émirats ont été mentionnés dans des rapports de l’ONU. |
| Schiebel S-100 Camcopter | Drone de reconnaissance | Surveillance et renseignement | Deux appareils auraient été transférés aux forces de Haftar en 2015. |
Transports et hélicoptères au service de la logistique
Les avions de transport (Il-76, An-32 et autres) assurent le déplacement de troupes et de matériel sur le territoire libyen. Plusieurs Il-76 sont associés à l’ANL dans les bases de données ouvertes. Les hélicoptères, principalement des Mi-24/35 d’attaque et des Mi-8/17 de transport, offrent une capacité d’appui rapproché et de mobilité tactique.

Les inventaires historiques de l’ISPI mentionnaient sept hélicoptères d’attaque et une quinzaine de transport, avec un taux de disponibilité variable. Ces plateformes restent utiles pour les opérations dans le sud et autour des champs pétroliers.
| Modèle | Origine | Rôle | Nombre / Statut estimé | Notes |
|---|---|---|---|---|
| Mi-24 / Mi-35 | URSS / Russie | Attaque / transport de troupes | Historique (environ 7 recensés en 2018) | Disponibilité actuelle limitée ; présence documentée |
| Mi-8 / Mi-17 | URSS / Russie | Transport / logistique | Historique (environ 14 Mi-8/14/17 en 2018) | Présence documentée ; taux de disponibilité difficile à établir |
| Mi-14 | URSS | Spécialisé (selon version) | Mention historique | Disponibilité actuelle inconnue |
| Gazelle (SA342) | France | Reconnaissance / appui léger | Quelques unités signalées | Transferts historiques (dont via Émirats) |
| Super Puma / AS532 | France / Europe | Transport | Quelques unités historiques | Transferts signalés (ex. 2019) |
Les drones une capacité en expansion
Les drones représentent l’évolution la plus marquée de l’arsenal aérien de Haftar. Une enquête de Reuters du 2 avril 2026, basée sur des images satellites analysées par des experts, a identifié la présence probable d’au moins trois drones de combat à la base d’Al-Khadim : un Feilong-1 chinois (reconnaissance et attaque de moyenne endurance) et deux Bayraktar TB2 turcs.

Les équipements de contrôle au sol étaient encore visibles en 2026. Reuters n’a pas établi qui les pilote ni qui les a livrés, mais leur présence renforce les capacités de surveillance et de frappe de précision.
| Modèle | Origine | Type / Rôle | Nombre / Statut estimé | Notes |
|---|---|---|---|---|
| Feilong-1 (FL-1) | Chine | Reconnaissance et attaque (MALE) | 1 probable à Al-Khadim | Identifié par experts sur images satellites 2025-2026 ; opérateur non confirmé (Reuters, 2 avril 2026) |
| Bayraktar TB2 | Turquie | Reconnaissance et frappe guidée | 2 probables à Al-Khadim | Identifiés sur images satellites ; équipements de contrôle visibles en 2026 (Reuters) |
| Mirotvorets | Biélorussie | Munition rôdeuse (jet-propulsée, ~180 km, 10 kg) | ≥ 10 visibles | Parades et photos du commandement ANL, octobre 2026 ; unités d’opérations spéciales |
| Wing Loong II | Chine | Reconnaissance et frappe longue endurance | Historique (départ 2020) | Présents à Al-Khadim avant 2020 ; flotte signalée comme partie (rapports ONU) |
| Wing Loong I | Chine | Reconnaissance et attaque | Historique / transferts signalés | Mentions dans rapports sur violations d’embargo ; possession actuelle non établie |
| Orlan-10 | Russie | Reconnaissance / observation | Signalé | Présence dans rapports sur groupes armés libyens ; opérateur parfois incertain |
| Zala 421-16E | Russie | Reconnaissance | Signalé | Rapports sur équipements associés au camp de Haftar ; situation actuelle inconnue |
| Schiebel Camcopter S-100 | Autriche | Reconnaissance (voilure tournante) | Livraison historique (2015) | Deux appareils signalés ; statut actuel non établi |
| Ababil-2 | Iran | Reconnaissance / attaque (selon version) | Signalement historique non confirmé | Mentions anciennes ; identification non certifiée |
En octobre 2026, le commandement de l’ANL a diffusé des images montrant des munitions rôdeuses Mirotvorets d’origine biélorusse (jet-propulsées, portée jusqu’à 180 km, charge de 10 kg), au moins une dizaine visibles avec leurs catapultes et stations de contrôle, associées à des unités d’opérations spéciales. Ces systèmes complètent les drones de reconnaissance plus anciens signalés dans les rapports (Orlan-10, Zala). Les Wing Loong II, utilisés antérieurement avec un soutien extérieur, avaient quitté Al-Khadim en 2020 selon les sources de l’ONU.
Défense aérienne et missiles
L’ANL dispose de systèmes de défense aérienne courte portée, notamment des Pantsir-S1 fournis via les Émirats arabes unis. Des Tor-M1/M2 ont été observés lors de parades récentes. Ces systèmes ont permis d’intercepter des drones adverses par le passé.

Des missiles balistiques tactiques d’origine soviétique (type R-17/Scud) ont été signalés comme remis en état dans des déclarations de l’ANL, avec une portée revendiquée autour de 300 km, mais leur nombre opérationnel et leur intégration effective restent peu documentés. Aucune capacité de missiles de croisière ou anti-navires confirmée n’est attribuée à l’aviation de Haftar.
| Système | Origine | Type | Nombre / Statut estimé | Notes |
|---|---|---|---|---|
| Pantsir-S1 | Russie | Défense aérienne courte portée (SHORAD) | Présence documentée | Fournis via Émirats ; plusieurs détruits par le passé ; encore en service |
| Tor-M1 / Tor-M2 | Russie | Défense aérienne courte portée | Observés en parade | Présence signalée lors d’événements récents de l’ANL |
| R-17 (Scud) | URSS | Missile balistique tactique (~300 km revendiqué) | Remise en état signalée | Déclarations de l’ANL sur réhabilitation et tests ; nombre opérationnel non confirmé |
| Grad (BM-21) | URSS | Lance-roquettes multiples | Présence documentée | Utilisés lors d’opérations antérieures |
| Smerch (BM-30) | Russie | Lance-roquettes multiples lourds | Observés en parade | Présence signalée |
| Missiles air-air / air-sol anciens | URSS / France | Armement des MiG / Mirage | Stocks hérités limités | Disponibilité et état des munitions incertains |
| Missiles de croisière / anti-navires | — | — | Non confirmés | Aucune capacité documentée de manière fiable pour l’ANL |
Les chiffres exacts de disponibilité ne sont pas publics. Les estimations portent sur des fourchettes et des signalements documentés.
Une composante aérienne au service du contrôle du territoire
Cette aviation permet à l’ANL de soutenir ses opérations au sol, de dissuader des mouvements adverses et de surveiller les infrastructures pétrolières et les frontières. Les drones modernes offrent une persistance et une précision que les avions habités anciens ne peuvent égaler seuls. Les soutiens extérieurs (Émirats, Égypte, Russie, et potentiellement Pakistan) renforcent cette capacité, même si la dépendance technique reste réelle. La présence russe sur plusieurs bases de l’est constitue un facteur distinct, avec des avions et du personnel opérant sous commandement russe.
L’évolution à court terme dépendra des livraisons éventuelles de JF-17, de la consolidation des drones et de la capacité de maintenance. Dans le contexte libyen fragmenté, l’aviation de Haftar demeure un instrument de projection et de contrôle territorial plus significatif que ne le suggère parfois l’image dominante des forces terrestres.
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Un soutien émirati bien au-delà des avions et des drones
Le rôle des Émirats arabes unis dans le renforcement des forces de Khalifa Haftar ne se limite pas aux livraisons d’équipements militaires. Selon les analyses du groupe d’experts des Nations unies et du centre de recherche Chatham House, Abou Dhabi a également contribué au financement, à la logistique et au développement des capacités opérationnelles de l’Armée nationale libyenne.
La base aérienne d’Al-Khadim, dans l’est du pays, a notamment servi de plateforme pour des moyens aériens et des opérations de soutien. L’assistance émiratie a aussi porté sur des véhicules blindés, des systèmes de défense antiaérienne Pantsir-S1 et des équipements sophistiqués nécessitant un accompagnement technique.
💥 🇩🇿🇱🇾 L’Algérie est-elle prête à s’aventurer pour la première fois hors de ses frontières ?
Une scène au cœur du désert libyen… Avis aux intéressés : la Libye compte des hommes qui connaissent le terrain, et la frontière n’est pas une simple ligne sur une carte.
La frontière, c’est une position et une force. 🇱🇾🔥
#Algérie #Libye #Tebboune #Haftar #Niger— Silicon Valley (@SiliconValleyMa) October 29, 2026
Ce soutien a permis aux forces de Haftar de renforcer leur mobilité, leur renseignement et leur capacité à coordonner des opérations sur de vastes territoires. Il faut toutefois distinguer cet appui historique, particulièrement documenté durant la période 2016-2020, de la situation actuelle : l’ampleur des éventuelles livraisons émiraties récentes n’est pas établie avec certitude.
FAQ
Quelle est la force principale de l’aviation de Haftar en 2026 ?
Les drones de combat (Feilong-1 et Bayraktar TB2 probables à Al-Khadim) et les munitions rôdeuses Mirotvorets constituent les capacités les plus modernes, complétant une flotte d’avions et d’hélicoptères hérités.
Les JF-17 commandés au Pakistan sont-ils déjà en service ?
Non. L’accord rapporté en décembre 2025 prévoyait des livraisons sur environ deux ans et demi. Aucune réception confirmée fin 2026.
L’ANL dispose-t-elle de missiles capables de frappes à longue distance ?
Des Pantsir et Tor assurent une défense aérienne courte portée. Des missiles balistiques tactiques R-17 ont été signalés comme remis en état, mais aucune capacité de missiles de croisière confirmée n’est documentée.
Les avions russes sur les bases de l’est appartiennent-ils à Haftar ?
Non. Les MiG-29 et autres appareils russes sont opérés sous contrôle russe (Africa Corps) et ne sont pas intégrés à la flotte de l’ANL.