Le 29 octobre 2026, un général pakistanais a été reçu par le plus haut gradé de l’armée marocaine pour parler déminage, logistique et sécurité. Le lendemain, le Conseil de sécurité devait voter sur l’avenir de la mission qu’il commande. Cette coïncidence de calendrier en dit long sur la période que traverse le dossier du Sahara Marocain.
Une visite protocolaire dans un moment qui ne l’est pas
Le général de division Jawwad Ahmed, nouveau commandant de la force de la MINURSO, a été reçu à Agadir, au siège de la Zone Sud. Son hôte était le général de corps d’armée Mohammed Berrid, inspecteur général des Forces armées royales et commandant de cette zone. Selon un communiqué de l’état-major rapporté par la MAP, les deux hommes ont salué un niveau de coordination exceptionnel dans les opérations, la sécurité, le déminage et le soutien logistique.
Ce type d’audience est classique. Un chef de force onusien qui prend ses fonctions rencontre les autorités du pays où se trouve la majeure partie de son dispositif. Je note pourtant le contraste entre le ton de ce communiqué, tout en coopération technique, et la tension diplomatique qui entoure la mission à New York.
António Guterres a nommé Jawwad Ahmed le 11 août 2026. Il succède au Bangladais Md Fakhrul Ahsan, dont le mandat a pris fin le 2 août. Selon les éléments publiés par la mission, le général pakistanais cumule plus de 35 ans d’expérience dans l’armée de son pays et dans les opérations de paix. Il a notamment dirigé une division d’infanterie, commandé la force dans les régions du Nord et servi en Slavonie orientale, en Croatie, au sein du contingent pakistanais de l’ONU.
Ce que fait réellement la MINURSO
La MINURSO a été créée en 1991, dans le cadre du cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario, comme le rappelle le média spécialisé PassBlue. Son nom contient encore son mandat d’origine, l’organisation d’un référendum, qui n’a jamais eu lieu. Les parties n’ont jamais trouvé d’accord sur le corps électoral ni sur les options proposées.
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Concrètement, la mission est surtout une force d’observation. Ses équipes surveillent le cessez-le-feu et assurent la liaison avec les deux camps. Elles suivent aussi les activités de déminage, un sujet qui figure dans le communiqué marocain, car le territoire reste truffé de restes explosifs de guerre. Le cessez-le-feu lui-même a volé en éclats en novembre 2020, après un incident à Guerguerat. Depuis, le Polisario affirme être en guerre, tandis que le Maroc minimise l’ampleur des affrontements. Les chiffres de victimes ne sont pas vérifiables de manière indépendante.
Pourquoi le vote de vendredi compte
Il y a un an, le 31 octobre 2025, le Conseil a adopté la résolution 2797. Elle a recueilli 11 voix pour, aucune contre et trois abstentions (Chine, Russie, Pakistan), selon la bibliothèque numérique de l’ONU. L’Algérie n’a pas pris part au vote. Le texte, rédigé par les États-Unis, invitait les parties à négocier en prenant pour base le plan d’autonomie marocain, tout en évoquant une solution prévoyant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Il demandait aussi au secrétaire général une revue stratégique du mandat de la mission.
C’est cette revue, et surtout la volonté de Washington d’aller plus loin, qui nourrit le débat actuel. Voici ce que rapportent les sources disponibles sur le projet en discussion :
- Nom de la mission. Le texte initial, daté du 20 octobre, rebaptiserait la mission « Mission des Nations unies pour le Sahara occidental » (MINUSO), sans le mot référendum (Morocco World News, PassBlue).
- Nature du mandat. Selon PassBlue, la dimension de maintien de la paix cesserait après six mois. À partir du 1er mai 2027, la mission deviendrait une mission politique spéciale jusqu’au 31 octobre 2027. Le média espagnol Atalayar évoque une fin des fonctions classiques le 30 avril 2027.
- Base des négociations. Le texte initial qualifierait le plan d’autonomie marocain de seule base possible des discussions.
- Humanitaire. Il exprimerait une vive inquiétude sur les camps de Tindouf, en Algérie, et appellerait à des solutions « volontaires et durables » pour les réfugiés.
Une réserve s’impose. Morocco World News précise que ce document est informel et ne peut être vérifié de manière indépendante. Le même média, daté du 27 octobre, indique que la version révisée aurait retiré certains passages, tout en maintenant le changement de nom. Je n’ai pas pu confirmer la rédaction exacte du texte soumis au vote.
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Les arguments en présence
Le point de vue de Rabat et de ses soutiens
Le Maroc, qui contrôle l’essentiel du territoire, défend depuis 2007 un plan d’autonomie sous sa souveraineté. Son ambassadeur à l’ONU, Omar Hilale, a décrit le texte en discussion comme un tournant irréversible, qui fait passer du « management » du conflit à sa résolution. Les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine en 2020, et de nombreux États européens ont depuis soutenu le plan. Pour ses partisans, l’ancienne logique du référendum est dépassée après plus de trente ans d’impasse, et une mission tournée vers la négociation serait plus cohérente avec la réalité du terrain.
L’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura, a lui-même reconnu début octobre que les négociations avaient atteint un mur. Selon sa déclaration rapportée par PassBlue, il estime que l’autonomie devrait servir de base aux prochaines discussions.
Le point de vue du Polisario et de ses soutiens
Le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, réclame l’application du plan initial de référendum d’autodétermination. Son représentant à l’ONU, Sidi Omar, a averti que le Front se désengagerait du processus de paix si le texte était adopté sans changements substantiels. Il a aussi accusé M. de Mistura d’avoir compromis sa neutralité. Des organisations comme Western Sahara Resource Watch estiment que le texte violerait le droit international, en entérinant une occupation.
Le secrétaire général lui-même a rappelé, dans son rapport du 1er octobre, le droit inaliénable des Sahraouis à l’autodétermination. Il ajoute que toute proposition doit être soumise à une consultation véritable de la population, qui doit pouvoir l’accepter ou la rejeter librement.
Les positions intermédiaires
La Russie a indiqué, par la voix de sa porte-parole Maria Zakharova le 27 octobre, qu’elle soutenait la prolongation du mandat et le dialogue entre les parties. Elle a précisé que sa position finale dépendrait des négociations entre membres du Conseil. En 2025, Moscou s’était abstenue. Je n’ai pas de confirmation de son vote définitif.
Un commandant pakistanais, un contexte politique
Un détail mérite d’être posé sans en tirer de conclusion hâtive. Le Pakistan figurait parmi les trois abstentions de 2025. Cela n’a aucune incidence sur le travail du général Ahmed. Les commandants de force onusiens servent à titre international et ne représentent pas leur pays d’origine. Mais la nationalité des chefs de mission fait partie, pour qui suit le dossier, du paysage diplomatique, et c’est une raison supplémentaire de ne pas surinterpréter l’audience d’Agadir.
Ce qui compte, c’est le rôle pratique de la force. Dans un territoire où la ligne de front est un mur de sable long de plusieurs milliers de kilomètres, la coordination avec l’armée marocaine à l’ouest du mur, et avec le Polisario à l’est, conditionne la sécurité des observateurs. Si le mandat bascule vers une mission politique, le sort de ce dispositif militaire devient la vraie question, et elle n’a pas encore de réponse publique.
Les enjeux pour la région
Plusieurs lignes de force se croisent.
Sur le plan stratégique, un changement de mandat renforcerait la position marocaine, dans un contexte où le Polisario menace de quitter le processus. Le risque que décrit l’analyste Hannah Rae Armstrong, citée par PassBlue, est une escalade du conflit. Je ne peux pas dire si ce scénario se réalisera, mais il est pris au sérieux par plusieurs observateurs.
Sur le plan humanitaire, PassBlue cite environ 170 000 réfugiés dans les camps de Tindouf, un chiffre contesté par le passé et qu’il faut manier avec prudence. Le même article rapporte, d’après l’UNICEF, qu’environ 11 % des jeunes enfants y souffrent de malnutrition.
Sur le plan diplomatique, des pourparlers à quatre (Maroc, Polisario, Algérie, Mauritanie) se sont tenus en janvier et février à Madrid et Washington, sous l’égide de Massad Boulos, de Mike Waltz et de Staffan de Mistura. Ils n’ont pas abouti. Le Washington Institute, un centre de réflexion américain, relevait par ailleurs que l’Algérie quitterait le Conseil en janvier, ce qui modifie l’équilibre des forces pour les prochaines négociations.
La rencontre d’Agadir montre que la coopération opérationnelle entre l’ONU et l’armée marocaine fonctionne, au moins selon les deux parties. Elle ne dit rien de la question centrale, celle de savoir à quoi servira la MINURSO demain. Si la mission change de nature, le général Ahmed pourrait être l’un des derniers commandants de force d’une mission classique de maintien de la paix au Sahara occidental. Si le texte est amendé, la mission continuera telle quelle, mais le débat sur son sens restera entier.
FAQ
Qui est le nouveau commandant de la force de la MINURSO ?
Le général de division Jawwad Ahmed, du Pakistan, nommé le 11 août 2026 par António Guterres. Il succède au Bangladais Md Fakhrul Ahsan.
Quand le Conseil de sécurité vote-t-il ?
Le vote est attendu le vendredi 30 octobre. Le mandat actuel de la mission expire le 31 octobre 2026.
Que prévoit le projet de résolution ?
Les versions qui circulent évoquent un changement de nom, la fin progressive du volet de maintien de la paix et le plan d’autonomie marocain comme base de négociation. Le texte exact n’est pas public et peut avoir changé.
Pourquoi le Polisario s’y oppose-t-il ?
Il réclame un référendum d’autodétermination et juge que le texte entérine la position marocaine. Il a menacé de se retirer du processus de paix si le texte passait sans changements substantiels.