Ces chiffres, issus de données de la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) et très peu relayés par la presse marocaine, offrent un instantané utile pour comprendre la composition d’une population carcérale étrangère qui reste minoritaire mais révélatrice de flux migratoires, de trafics et de relations bilatérales.
Un effectif limité dans un système sous pression
Les étrangers représentaient alors environ 1,7 % du total des personnes incarcérées. Parmi eux, 102 femmes et 1 496 hommes. La grande majorité provenait du continent africain : 1 228 personnes, soit près de 77 % des détenus étrangers. Les Européens suivaient avec 287 individus (environ 18 %). Le reste se répartissait entre Asiatiques (41) et ressortissants des Amériques (24, dont 11 Brésiliens). Dix-huit détenus disposaient d’une double nationalité, sans que le rapport ne précise les combinaisons.
Ces données correspondent à un stock à une date donnée. Elles ne mesurent ni le flux annuel d’entrées ni les taux d’incarcération rapportés aux populations présentes sur le territoire marocain (résidents, touristes, migrants en transit). Elles ne permettent donc pas de conclure à une sur-représentation relative d’une nationalité sans disposer des effectifs de référence.
Le rapport annuel 2025 de la DGAPR, publié ultérieurement, indiquait pour sa part 1 696 détenus étrangers au 31 décembre 2025, dans un total de 99 366 personnes incarcérées. La population carcérale globale a baissé de 5,45 % sur l’année, grâce à davantage de libérations que de nouvelles incarcérations.
🇲🇦 Les principales nationalités étrangères dans les prisons marocaines
| Rang | Nationalité | Nombre de détenus |
|---|---|---|
| 1 | 🇸🇳 Sénégalais | 306 |
| 2 | 🇩🇿 Algériens | 94 |
| 3 | 🇫🇷 Français | 102 |
| 4 | 🇪🇸 Espagnols | 74 |
| 5 | 🇳🇱 Néerlandais | 31 |
| 6 | 🇹🇳 Tunisiens | 24 |
| 7 | 🇪🇬 Égyptiens | 12 |
| 7 | 🇲🇷 Mauritaniens | 12 |
| 9 | 🇱🇾 Libyens | 7 |
Les nationalités les plus représentées
Les Sénégalais arrivent largement en tête avec 306 détenus. Suivent les Algériens (94), les Français (102), les Espagnols (74) et les Néerlandais (31). Les Tunisiens sont 24, les Égyptiens et Mauritaniens 12 chacun, les Libyens 7. La presse qui a repris les données de la DGAPR évoque fréquemment des infractions liées au trafic de stupéfiants, sans fournir de ventilation détaillée par nationalité.
Ces classements s’inscrivent dans une géographie connue. Le Sénégal figure parmi les pays d’origine importants de migrants et de travailleurs en Afrique de l’Ouest. L’Algérie et le Maroc partagent une frontière terrestre et une histoire complexe de rivalité et de coopération. La France et l’Espagne restent les premiers partenaires économiques et touristiques européens du Royaume, avec des flux de personnes importants et des accords de coopération judiciaire et de transfert de détenus.
La question de la nationalité et des origines
Les statistiques de la DGAPR classent les détenus selon la nationalité déclarée ou documentée, et non selon l’origine. Un ressortissant français d’origine algérienne est donc comptabilisé comme Français, pas comme Algérien. Il en va de même pour tout binational dont la nationalité retenue est française.
Cette règle méthodologique est standard. Elle explique que le chiffre de 102 Français inclut potentiellement des personnes nées en France ou naturalisées, d’ascendance algérienne ou autre. La presse marocaine et française rapporte régulièrement des cas individuels de Franco-Algériens incarcérés au Maroc, pour des motifs allant du trafic de drogue à des incidents liés à des événements sportifs (comme la CAN 2025) ou à des procédures judiciaires diverses. Ces cas apparaissent sous la rubrique « Français ». Les 18 doubles nationalités mentionnées dans les données de septembre 2025 restent non détaillées ; elles peuvent recouper en partie cette réalité, sans que l’on puisse en déduire une proportion précise.
Ce que les chiffres permettent de dire, c’est que le décompte officiel par nationalité masque, par construction, une partie de la diversité des parcours migratoires et familiaux.

Enjeux et limites
Le poids relatif des détenus africains (77 %) reflète à la fois les routes migratoires vers l’Europe via le Maroc et les réseaux de trafic qui utilisent le pays comme plaque tournante. Les Européens, plus visibles médiatiquement, concernent souvent des affaires de stupéfiants (haschich notamment) ou des séjours prolongés. Les accords de transfert permettent à certains détenus de purger le reste de leur peine dans leur pays d’origine, sous réserve de conditions judiciaires et consulaires.
La surpopulation carcérale marocaine, même en léger recul fin 2025, reste un défi structurel. Les étrangers bénéficient des mêmes droits formels que les nationaux en matière de soins, de visites et de formation, avec un suivi consulaire. Des critiques ponctuelles sur les conditions de détention (notamment pour des Espagnols, comme par hasard) ont été démenties par la DGAPR, qui souligne le respect des normes et les visites régulières des consulats.
Ces statistiques ne disent rien des taux de criminalité. Sans données sur le nombre de ressortissants de chaque nationalité présents au Maroc (résidents légaux, touristes, migrants irréguliers), toute comparaison de « sur-représentation » est impossible. Elles n’indiquent pas non plus la durée des peines ni la part de détention préventive.
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Perspectives
La composition de la population carcérale étrangère au Maroc évolue avec les flux migratoires, les politiques de contrôle des frontières et les coopérations bilatérales. Les chiffres de septembre 2025 et ceux de fin d’année montrent une stabilité relative du contingent étranger dans un ensemble en légère baisse. Pour aller plus loin, il faudrait croiser ces stocks avec les données consulaires, les accords de transfert et les statistiques sur les infractions précises — informations qui restent largement internes ou fragmentaires dans la communication publique.
FAQ
Les chiffres de septembre 2025 incluent-ils tous les détenus de l’année ?
Non. Il s’agit d’un effectif présent à une date donnée (stock), pas du nombre total de personnes incarcérées au cours de l’année.
Peut-on calculer un taux d’incarcération par nationalité ?
Non, faute de données publiques fiables sur le nombre de ressortissants de chaque pays présents au Maroc.
Les Français d’origine algérienne sont-ils comptés comme Algériens ?
Non. Ils sont comptabilisés selon leur nationalité française.
Le nombre d’étrangers a-t-il augmenté fin 2025 ?
Oui selon le rapport annuel : 1 696 au 31 décembre 2025, contre 1 598 au 30 septembre.
Les DZ et les sénégalais comme par hasard …..