Des images authentifiées par l’Agence France-Presse ont montré deux corps déchiquetés au croisement de la rue Palestine et du boulevard Mohamed Boudiaf, près de commerces et d’un commissariat. Une source occidentale bien informée, citée par l’AFP et reprise par Le Monde, Le Parisien, Le Figaro, Libération et Marianne, a qualifié les faits d’incidents de nature terroriste : deux kamikazes se seraient fait exploser et seraient morts, sans revendication connue et avec un bilan limité en dehors des auteurs.
Les autorités algériennes n’ont pas confirmé cette version. Des récits locaux ont évoqué un accident de la route impliquant des motos. Le silence officiel a été total, y compris dans le récit de la visite papale. Le lendemain, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a publié un communiqué condamnant « avec la plus grande fermeté » le « double attentat » de Blida et exprimant la solidarité de l’organisation avec l’Algérie. Le texte a été retiré quelques heures plus tard. Le porte-parole a expliqué que l’information n’avait pas été corroborée par des sources officielles.
Six mois plus tard, le 25 octobre 2026, Amir Boukhors, dit Amir DZ, figure de l’opposition algérienne réfugiée en France, a publié sur les réseaux sociaux deux photos de documents qu’il présente comme des informations internes des services de sécurité concernant les auteurs. L’un, intitulé « Annexe n° 01 », évoque « l’identification du kamikaze », fixe le début de l’événement au 13 avril vers 13 h 15, avec une notification enregistrée à 19 h 00, et cite le commandant du groupe régional de la Gendarmerie nationale de Blida comme informateur.
Il nomme deux personnes : « Hajj Amer Abdel Rahman », né en 2001 (environ 24 ans au moment des faits), et « Hosni Ibrahim », né en 2006 (environ 19 ans). L’un serait un étudiant de première année à l’université Saad Dahlab. Les lieux indiqués se situent près du siège de la sécurité de l’État de Blida et près du « complexe SIM ». Les photos accompagnant le document sont présentées comme celles des deux individus.
Ces éléments n’ont pas été authentifiés de manière indépendante. Ils sont attribués par leur éditeur aux services de sécurité algériens et n’ont fait l’objet d’aucune confirmation officielle. Ils réouvrent toutefois une question restée sans réponse claire depuis avril : pourquoi une information relayée par des médias internationaux de référence, appuyée sur des images authentifiées et des témoignages, n’a-t-elle jamais été assumée ou démentie de façon transparente par les autorités algériennes ?
Ce que les documents publiés décrivent
- Date et heure de l’événement : 13 avril 2026, vers 13 h 15 ; notification interne à 19 h 00.
- Noms cités : Hajj Amer Abdel Rahman (né en 2001) et Hosni Ibrahim (né en 2006).
- Profil : l’un étudiant en première année à l’université Saad Dahlab de Blida ; identification via des photographies prises avant les faits.
- Lieux : proximité du siège de la sécurité de l’État de Blida et du « complexe SIM ».
- Source interne mentionnée : commandant du groupe régional de la Gendarmerie nationale de Blida.
- Titre des pièces : « Annexe n° 01 ».
Le contraste avec le récit officiel reste entier. Pour les autorités algériennes, les faits de Blida ne justifiaient pas une communication publique détaillée, et la version d’un accident a circulé. Pour les médias internationaux et la source citée par l’AFP, il s’agissait d’attentats-suicides avortés ou mal exécutés, survenus le jour même de l’arrivée du pape. L’Union africaine a d’abord pris position puis s’est rétractée faute de confirmation officielle. Amir DZ, de son côté, accuse les autorités de dissimulation et publie des pièces qu’il présente comme la preuve que des discussions internes de sécurité ont eu lieu le jour même.
Ce décalage n’est pas anodin. L’Algérie a connu, de 1992 à 2002, une guerre civile d’une rare violence attribuée à des groupes islamistes armés, avec un bilan officiel de l’ordre de 200 000 morts. Depuis, le pays a rétabli une stabilité relative, et les attentats sont devenus rares. Le dernier de grande ampleur remonte à 2012. Un double attentat-suicide, même limité dans ses effets et non revendiqué, le jour d’une visite papale historique, aurait eu une résonance internationale immédiate. Le choix de ne pas le reconnaître officiellement, tout en laissant circuler des images et des récits, entretient une zone grise.
Amir Boukhors, en 2024, a été enlevé en région parisienne ; l’enquête française, menée par la DGSI et le parquet national antiterroriste, a mis en cause des agents algériens agissant sous couverture diplomatique. En octobre 2026, le ministère algérien de la Défense a diffusé un documentaire présentant des aveux de personnes arrêtées dans l’est du pays, qui le désignent comme ayant ordonné des incendies de forêts via des messages vocaux, dans le cadre d’un plan de déstabilisation. Les autorités le qualifient de terroriste ; lui et ses soutiens parlent de persécution politique et de tentatives d’atteinte à un réfugié sur le sol français.
Les enjeux dépassent le seul incident de Blida. Ils touchent à la maîtrise du récit sécuritaire dans un pays qui se présente comme un pilier de la lutte antiterroriste en Afrique, au statut de l’information dans un contexte de forte polarisation politique, et aux relations franco-algériennes, déjà tendues par les affaires d’enlèvement et les accusations croisées. Pour les uns, le silence officiel protège la stabilité et évite d’offrir une tribune à des réseaux hostiles. Pour les autres, il nourrit le soupçon de dissimulation et affaiblit la crédibilité des institutions face à des récits alternatifs diffusés depuis l’étranger. Les documents publiés par Amir DZ, qu’ils soient authentiques ou non, s’insèrent dans cette bataille d’informations.
Aucune revendication n’a été enregistrée après les faits d’avril. Aucun groupe n’a été formellement identifié. Les noms cités dans les pièces publiées le 25 octobre n’ont pas été corroborés par des sources indépendantes. Le pape a poursuivi son programme sans interruption apparente, appelant à la paix et au dialogue. Six mois plus tard, la question reste ouverte : les autorités algériennes disposaient-elles, le 13 avril, d’éléments précis sur des auteurs potentiels, et pourquoi ces éléments, s’ils existent, n’ont-ils pas été rendus publics sous une forme ou une autre ?
La réponse ne viendra probablement pas d’un simple échange de documents sur les réseaux sociaux. Elle exigerait une clarification officielle, une enquête indépendante ou, à défaut, une acceptation durable de versions concurrentes. Dans l’intervalle, le décalage entre les images authentifiées par l’AFP, le silence d’Alger, la rétractation de l’Union africaine et les pièces publiées par un opposant condamné continue d’alimenter les interrogations.
FAQ
Les autorités algériennes ont-elles reconnu les attentats de Blida ?
Non. Elles n’ont pas publié de communiqué détaillé confirmant des attentats-suicides. Des versions faisant état d’un accident de la route ont circulé.
Qui est Amir DZ ?
Amir Boukhors, opposant algérien et créateur de contenus, réfugié en France. Il a été condamné par contumace en Algérie et a fait l’objet d’une tentative d’enlèvement en 2024 sur le sol français, dans laquelle des agents algériens ont été mis en cause par la justice française.
Les documents qu’il a publiés sont-ils authentifiés ?
Non. Il les présente comme des informations de sécurité internes. Aucune vérification indépendante n’a confirmé leur origine ou leur contenu.
Y a-t-il eu des victimes autres que les auteurs présumés ?
Les récits internationaux font état de la mort des deux kamikazes et d’un nombre limité de blessés. Aucun bilan officiel détaillé n’a été communiqué.