À 91 % d’avancement début octobre 2026, selon les informations recueillies par Le360 auprès des responsables du projet, cet ouvrage de 79 mètres de hauteur et 190 mètres de longueur en crête devrait être mis en eau fin décembre 2026, pour un achèvement définitif des travaux en mars 2027. Avec une capacité de retenue d’environ 1,07 milliard de mètres cubes, il deviendra le cinquième plus grand barrage du Maroc par le volume de stockage.
Je suis allé chercher les données officielles et les reportages de terrain pour comprendre ce que signifie réellement cet investissement de 1,2 milliard de dirhams, lancé en mars 2022 dans le cadre du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027. Lancé sous l’impulsion du roi Mohammed VI, ce programme – dont l’enveloppe a été portée à 150 milliards de dirhams après révision face aux sécheresses successives – vise à renforcer la sécurité hydrique du Royaume face à un stress climatique qui n’épargne aucune rive de la Méditerranée.
Un ouvrage stratégique pour une région aride
Construit à la confluence de l’oued Grou et de quatre affluents, dans une gorge près du ksar Moghel, le barrage de type poids en béton compacté au rouleau (BCR) mobilise des compétences majoritairement marocaines. Les dernières interventions portent notamment sur le béton compacté et la finalisation des équipements électromécaniques, selon Moulay El Hassan Faïk, chef de projet au ministère de l’Équipement et de l’Eau.
Les bénéfices attendus sont concrets pour la province de Figuig, dans la région de l’Oriental, durement touchée par la sécheresse. L’ouvrage doit sécuriser l’alimentation en eau potable d’environ 7 500 habitants des communes de Beni Tadjit, Chouiter, Aïn Chaïr et Bouanane. Sur le plan agricole, les superficies irriguées devraient passer de 500 hectares à environ 3 000 hectares, et les volumes destinés à l’agriculture de 5 à 30 millions de mètres cubes par an, selon les projections rapportées par Le360. D’autres sources évoquent une progression de 415 à près de 4 300 hectares. Il contribuera également à la recharge des nappes et à la préservation des zones oasiennes.
Les apports annuels estimés sont d’environ 107 millions de mètres cubes. Le chantier a déjà généré plusieurs centaines de milliers de journées de travail (près de 400 000 selon certaines estimations, 436 800 selon d’autres), avec une part importante de main-d’œuvre locale, et a permis la construction d’une route d’accès d’environ 40 kilomètres.
Chiffres clés du barrage de Kheng Grou
- Capacité de retenue : 1,07 milliard de m³ (5e rang national)
- Investissement : environ 1,2 milliard de dirhams
- Hauteur / longueur en crête : 79 m / 190 m
- Avancement (début octobre 2026) : 91 %
- Mise en eau prévue : décembre 2026
- Achèvement : mars 2027
- Bénéficiaires eau potable : ~7 500 habitants
La frontière orientale et le contexte des accusations algériennes
Le site se situe à proximité de la frontière orientale avec l’Algérie. Cette localisation confère au projet une dimension stratégique supplémentaire dans un contexte de relations bilatérales tendues depuis la rupture des relations diplomatiques en 2021. Depuis 2024, le ministre algérien de l’Hydraulique, Taha Derbal, a multiplié les déclarations accusant un « pays voisin » d’« assèchement intentionnel et systématique » des barrages et des eaux de surface dans l’ouest et le sud-ouest de l’Algérie. Ces propos ont été tenus notamment en marge du Forum mondial de l’eau à Bali (mai 2024) et lors de la 10e Réunion des Parties à la Convention sur l’eau à Ljubljana (octobre 2024).
Les griefs algériens portent principalement sur le barrage de Kaddoussa, mis en service en 2021 sur l’oued Guir, accusé d’avoir réduit les apports vers le barrage algérien de Djorf Torba (capacité d’environ 365 millions de m³). Des allégations de pollution affectant le barrage de Hammam Boughrara ont également été formulées. Le Maroc, de son côté, présente ces constructions comme l’exercice de sa souveraineté sur ses ressources en eau de surface, dans un pays confronté lui aussi à plusieurs années consécutives de faible pluviométrie. Des analyses marocaines soulignent que le Maroc subit les mêmes contraintes climatiques et que les accusations relèvent davantage d’une guerre médiatique que d’une réalité hydrologique documentée de manière indépendante.
Concernant spécifiquement Kheng Grou, un article de Médias24 de 2024 indiquait que l’oued Kheng Grou ne présente aucune connexion avec l’oued Guir qui déverse en Algérie. Aucune source consultée ne montre que ce barrage ait été nommément ciblé dans les déclarations algériennes. Il s’inscrit néanmoins dans la politique marocaine de mobilisation maximale des eaux de surface près des frontières orientales.
Enjeux et perspectives
Ce barrage illustre la priorité nationale accordée à la sécurité hydrique. Le Programme national 2020-2027 vise à augmenter les capacités de stockage, développer le dessalement, optimiser l’irrigation (goutte-à-goutte) et interconnecter les bassins. Face au changement climatique, qui intensifie les épisodes de sécheresse dans tout le Maghreb, la mobilisation de l’eau de surface est une réponse rationnelle pour réduire la pression sur les nappes et protéger les populations et l’agriculture oasienne.
Du côté algérien, les accusations s’inscrivent dans un narratif de victimisation face à un voisin présenté comme hostile. Elles ne s’appuient pas, à ce jour, sur des données hydrologiques partagées ou des expertises internationales contradictoires accessibles. Les deux pays manquent de mécanismes de coopération sur les bassins partagés ou adjacents, alors que la raréfaction de la ressource est structurelle.
La mise en service de Kheng Grou renforcera la résilience de la province de Figuig et de la région de l’Oriental. Elle ne résoudra pas à elle seule le stress hydrique national, mais elle s’inscrit dans une stratégie à long terme qui combine barrages, transferts, dessalement et gestion de la demande. Pour les relations avec Alger, elle alimentera probablement le discours existant plutôt qu’elle ne le créera. Les preuves d’un assèchement intentionnel restent à produire ; la réalité du déficit pluviométrique régional est, elle, documentée des deux côtés de la frontière.
La question demeure ouverte : dans un bassin méditerranéen où l’eau devient un enjeu de souveraineté autant que de survie, la construction d’infrastructures nationales suffit-elle, ou faudra-t-il un jour des données partagées et des cadres de gestion concertée ?
FAQ
Quand le barrage de Kheng Grou sera-t-il mis en service ?
La mise en eau est prévue fin décembre 2026, avec achèvement des travaux en mars 2027, selon les dernières informations des responsables du projet (octobre 2026).
Quelle est sa capacité et son rang national ?
Environ 1,07 milliard de mètres cubes, ce qui en fera le cinquième plus grand barrage du Maroc par la capacité de retenue.
Le barrage affecte-t-il directement les ressources en eau algériennes ?
Les accusations algériennes visent principalement d’autres ouvrages comme Kaddoussa sur l’oued Guir. Des sources marocaines indiquent que l’oued Kheng Grou n’est pas connecté à l’oued Guir qui traverse vers l’Algérie. Aucune donnée indépendante publique ne confirme un impact direct de Kheng Grou.
Pourquoi ce projet est-il stratégique pour le Maroc ?
Il sécurise l’eau potable et l’irrigation dans une zone aride proche de la frontière, dans le cadre du Programme national 2020-2027 destiné à renforcer la résilience face au stress hydrique.