Celle de Furientis appartient à la seconde catégorie. Cette entreprise californienne, fondée en 2025 dans la région de Los Angeles, a été retenue parmi quatre fournisseurs pour participer à un concours de tirs de l’armée américaine, prévu à la fin de l’exercice 2027. L’enjeu est de fournir un deuxième missile intercepteur au système IFPC Increment 2.
Selon son cofondateur et PDG, Brody Franzen, il s’agit d’une présélection en vue d’une finale, à l’horizon du 30 septembre 2027, date de clôture de l’exercice fiscal américain. Il n’a pas nommé les trois autres entreprises sélectionnées.
Je trouve cette séquence révélatrice. Une société qui, il y a un an, n’existait pas encore se retrouve à la même table que des acteurs installés depuis des décennies. Reste à comprendre ce que cela change, et ce que cela ne change pas.
Ce qu’est l’IFPC Increment 2
L’IFPC (Indirect Fire Protection Capability) Increment 2 est le système de défense aérienne à moyenne portée de l’armée américaine. Il est conçu pour protéger les bases et les troupes contre plusieurs menaces : missiles de croisière, drones, roquettes et tirs d’artillerie.
Son lanceur, baptisé Enduring Shield, est monté sur camion. Il est construit par Dynetics, filiale de Leidos, et tire aujourd’hui le missile AIM-9X Sidewinder de RTX. Ce missile est à l’origine conçu pour le combat aérien, et c’est précisément ce qui explique la recherche d’un complément.
L’armée américaine cherche depuis plusieurs années un second missile, avec deux exigences :
- Plus de performance, en particulier contre les missiles de croisière rapides volant à basse altitude.
- Plus de volume, c’est-à-dire un missile pouvant être produit en plus grande quantité.
Le second point est tout aussi important que le premier. Les conflits récents ont rappelé qu’une défense aérienne ne vaut pas seulement par la qualité de ses intercepteurs, mais aussi par leur nombre et leur coût face à des menaces bon marché. C’est mon analyse, non une déclaration officielle, mais elle éclaire la logique du programme.
Deux voies pour un même besoin
Le programme officiel de second intercepteur est entré en phase de démonstration en septembre. Deux équipes y sont déjà engagées : Lockheed Martin d’un côté, et un groupement formé de Boeing et d’Anduril de l’autre. La filiale américaine de Rafael n’a pas été retenue pour cette phase.
Lors de la conférence de l’Association de l’Armée de terre américaine (AUSA) cette semaine, le lieutenant-général Frank Lozano, responsable des acquisitions de systèmes d’armes de l’armée, a annoncé l’ouverture d’une voie parallèle. Elle s’adresse aux entreprises non retenues lors de la première sélection mais qui ont continué d’investir sur fonds propres dans leurs projets. Selon Breaking Defense, qui rapporte ses propos, ces entreprises seront invitées à présenter leurs missiles lors d’essais comparatifs au quatrième trimestre de l’exercice 2027.
La sélection de Furientis semble s’inscrire dans cette démarche. J’emploie volontairement le conditionnel : ni le général Lozano ni l’armée n’ont, à ma connaissance, établi publiquement ce lien. C’est une lecture cohérente avec le calendrier, pas un fait confirmé.
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Qui est Furientis
Furientis a été fondée par Brody Franzen et Aris Simsarian, tous deux anciens ingénieurs chez Virgin Orbit et Castelion. Leur pari est d’abord industriel : construire des intercepteurs conçus pour une production en série, à partir de pièces facilement disponibles.
L’entreprise avance deux chiffres sur sa méthode, que je rapporte tels qu’elle les présente :
- un temps d’assemblage final d’environ 30 minutes ;
- des essais en vol de prototypes toutes les deux semaines environ, plutôt que des années de conception avant un premier vol.
Ces affirmations viennent de l’entreprise elle-même. Elles n’ont, à ce stade, pas été validées par un tiers à ma connaissance, et un rythme d’essais rapide ne garantit pas, à lui seul, la performance face à un missile de croisière volant bas.
Une montée en puissance très rapide
Le calendrier financier de la jeune entreprise est dense :
- Mai : sortie du mode confidentiel avec une levée de pré-amorçage de 5 millions de dollars.
- 6 octobre : levée d’amorçage de 25 millions de dollars, menée par Benchmark, et annonce du premier contrat gouvernemental financé.
- Ce contrat : un accord de prototypage avec le département américain de la Guerre, pour un intercepteur d’une portée de 160 kilomètres destiné à la défense du territoire national.
Selon Franzen, la sélection IFPC a couronné deux semaines chargées. Furientis a réalisé son premier vol d’essai horizontal sur un champ de tir gouvernemental, dans le cadre du programme d’intercepteur à bas coût de l’armée américaine. À l’AUSA, elle a aussi dévoilé, avec Rheinmetall, un lanceur conteneurisé pour le programme de lanceur multi-domaine autonome commun (CAML) de l’armée.
Ce dernier point mérite attention. L’association avec Rheinmetall, groupe allemand de premier plan, donne à la start-up un partenaire industriel de poids sur la partie lanceur. Elle illustre aussi un phénomène plus large : les passerelles transatlantiques se multiplient dans l’armement terrestre, jusque dans les programmes américains.
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Pourquoi cela compte
Je vois trois enjeux, que je distingue de ce qui est établi.
L’enjeu stratégique. L’armée américaine veut un intercepteur capable de traiter des menaces à basse altitude, rapides et nombreuses. La question dépasse les États-Unis : les armées européennes et celles du pourtour méditerranéen s’interrogent sur la même équation entre performance, coût et cadence de production. Le choix américain pourrait influencer les pratiques d’acquisition ailleurs, sans que rien ne le garantisse.
L’enjeu industriel. Franzen a remercié le responsable des acquisitions de portefeuille de l’armée pour les feux et son équipe de feux défensifs, dirigée par le général de brigade Guy Yelverton, d’avoir ouvert la porte aux fournisseurs non traditionnels et de leur avoir donné les moyens d’accélérer. Cela suggère une volonté institutionnelle d’élargir le vivier de fournisseurs. C’est sa lecture, mais elle est cohérente avec l’ouverture d’une voie parallèle annoncée par le général Lozano.
L’enjeu économique. Pour un fonds comme Benchmark, miser sur une entreprise de défense à ce stade est un signe de l’appétit du capital-risque pour le secteur. Il faut toutefois rester prudent : 25 millions de dollars de financement d’amorçage ne se comparent pas aux moyens d’un grand maître d’œuvre.
Les limites et les débats
Un point de vue plus prudent mérite d’être entendu. Être retenu pour un concours de tirs n’est pas être choisi. Quatre entreprises sont en lice, et Furientis devra démontrer ses performances en conditions réelles. Les programmes d’armement ont aussi une histoire faite de calendriers qui glissent, et passer du prototype à la production en série constitue souvent l’étape la plus difficile.
À l’inverse, les partisans de cette approche soutiennent que la vitesse d’itération et la simplicité industrielle sont des atouts décisifs. Pour eux, les méthodes classiques, longues et coûteuses, ne répondent plus à des menaces qui évoluent vite. Les deux positions se défendent, et seuls les essais de 2027 pourront les départager.
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Ce qu’il faut surveiller
Plusieurs échéances et inconnues structureront la suite :
- l’identité des trois autres entreprises sélectionnées, non communiquée à ce jour ;
- les résultats du premier vol d’essai horizontal et des essais suivants ;
- la tenue du calendrier de la finale, annoncée pour la fin de l’exercice, le 30 septembre 2027 ;
- l’évolution du programme officiel mené par Lockheed Martin et le groupement Boeing-Anduril.
Je reste donc prudent sur l’issue. Furientis a franchi une étape symbolique et réelle, mais le plus dur, la preuve technique et industrielle, reste devant elle. La vraie question est de savoir si l’agilité d’une jeune pousse peut rivaliser avec l’expérience des grands acteurs sur un besoin aussi exigeant.
FAQ
Qu’est-ce que Furientis ?
Une start-up américaine de missiles fondée en 2025 dans la région de Los Angeles par Brody Franzen et Aris Simsarian, anciens ingénieurs de Virgin Orbit et de Castelion. Elle développe des intercepteurs conçus pour une production en série.
Qu’a obtenu Furientis exactement ?
Une sélection parmi quatre fournisseurs pour un concours de tirs de l’armée américaine, d’ici la fin de l’exercice 2027. Il s’agit d’une présélection, pas d’un contrat de production.
À quoi sert l’IFPC Increment 2 ?
C’est le système de défense aérienne à moyenne portée de l’armée américaine, destiné à protéger bases et troupes contre missiles de croisière, drones, roquettes et artillerie.
Qui d’autre concourt pour le second intercepteur ?
Dans le programme officiel, Lockheed Martin et une équipe réunissant Boeing et Anduril. Furientis relève de la voie parallèle ouverte aux entreprises non retenues initialement.