Il y a des anniversaires qui se fêtent par des discours, et d’autres par des chantiers. À Témara, le vingtième anniversaire du site marocain de Safran Electrical & Power a été marqué par la seconde option : l’inauguration, ce mardi, d’une quatrième extension, présidée par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, aux côtés de Bruno Beraldi, président de la société. Au-delà de la cérémonie, je lis dans cette annonce un indicateur utile de la manière dont un grand équipementier aéronautique juge, sur vingt ans, la fiabilité d’un territoire industriel.
Une extension de 5 700 mètres carrés et plus de 400 emplois
Selon les éléments communiqués lors de la cérémonie, cet investissement ajoute 5 700 mètres carrés de surface industrielle au site de Témara. Il doit permettre de renforcer les capacités de production et de diversifier les produits fabriqués au Maroc. La création de plus de 400 emplois nouveaux est annoncée.
Ces données sont celles des organisateurs. Le montant de l’investissement et le calendrier de montée en charge n’ont pas été précisés dans les informations dont je dispose. Ils méritent d’être documentés dès qu’ils seront rendus publics, car ils conditionnent la lecture économique de l’opération : 400 emplois répartis sur un an ou sur cinq n’ont pas la même portée.
Safran Electrical & Power se présente, dans sa communication d’entreprise, comme un leader mondial des systèmes électriques aéronautiques. Il est aussi un acteur de l’électrification des équipements et de la propulsion électrique et hybride. Ces métiers sont au cœur des transformations actuelles de l’aviation, qui cherche à réduire sa consommation d’énergie et ses émissions, ce qui rend ces compétences stratégiques pour le groupe.
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Vingt ans d’implantation à Témara
Le site de Témara n’est pas une implantation récente. Quatre extensions en vingt ans dessinent une trajectoire de croissance par paliers : chaque agrandissement répond généralement à de nouveaux volumes ou à de nouveaux programmes confiés par les constructeurs. Cette régularité compte davantage, à mes yeux, qu’un investissement spectaculaire mais isolé. Les groupes industriels n’étendent pas un site pour la quatrième fois si la performance opérationnelle, la qualité et les coûts ne sont pas au rendez-vous.
C’est l’argument que le ministre a mis en avant. Ryad Mezzour a affirmé que cette extension reflète la confiance renouvelée du groupe Safran dans le Maroc, dans l’efficacité des ressources humaines nationales et dans la capacité du système industriel marocain à répondre aux attentes des grands acteurs mondiaux du secteur. Il a aussi rattaché la dynamique de l’aéronautique à la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui vise à consolider la position du Royaume comme destination attractive pour les grands investissements industriels et à renforcer son intégration dans les chaînes de valeur mondiales.
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Safran au Maroc, un acteur central de la filière
Cette extension s’inscrit dans une présence plus large. D’après le groupe, Safran est implanté au Maroc depuis 1999, avec la création de Safran Aircraft Engine Services Morocco, une coentreprise avec Royal Air Maroc spécialisée dans la maintenance de moteurs. Il y emploie aujourd’hui plus de 4 800 personnes sur dix sites, selon les chiffres communiqués par le groupe en octobre 2025. Il s’y est diversifié dans la nacelle, l’électronique de défense, l’ingénierie, les équipements et les systèmes électriques.
En octobre 2025, le groupe a annoncé un ensemble d’investissements de plus de 350 millions d’euros. Il comprend deux nouveaux outils industriels à Nouaceur, près de Casablanca : un atelier de maintenance de moteurs LEAP et une ligne d’assemblage de moteurs LEAP-1A destinés à l’Airbus A320neo. Il comprend aussi l’extension de trois sites existants, dont l’un de Safran Electrical & Power à Aïn Atiq, dans la région de Témara. Les moteurs LEAP, coproduits par Safran et GE Aerospace au sein de CFM International, équipent la majorité des monocouloirs de nouvelle génération, dont l’A320neo et le Boeing 737 MAX. Le groupe a présenté ces projets comme une étape importante de son ancrage marocain.
Je n’ai pas pu établir avec certitude si l’extension inaugurée aujourd’hui correspond précisément à celle annoncée alors pour Aïn Atiq. La concordance géographique et le calendrier le suggèrent, mais je ne l’affirme pas sans confirmation de l’entreprise.
Un secteur aéronautique en forte progression
Pour mesurer ce que représente cette extension, il faut la replacer dans l’évolution de la filière nationale. Voici les repères les plus récents, tels que rapportés par la presse économique à partir des données de l’Office des changes et des autorités :
- Les exportations aéronautiques ont atteint un record de 26,4 milliards de dirhams en 2024, selon l’Office des changes.
- Elles ont progressé d’environ 9 % au premier semestre 2025, à 14,13 milliards de dirhams.
- Selon des données compilées par l’AMDIE, elles ont atteint 3,2 milliards de dollars en 2025, soit environ 10 % de plus qu’en 2024.
- La filière compte environ 150 à 155 entreprises et entre 26 000 et 27 000 emplois, selon les sources et les dates.
- Le taux d’intégration locale se situait entre 40 et 43 % à la fin avril 2025, pour un objectif de 50 % fixé dans le cadre du Plan d’accélération industrielle 2021-2025.
Ces chiffres montrent une montée en puissance continue, mais aussi un objectif d’intégration locale qui n’était pas encore atteint à la dernière mesure disponible. Je n’ai pas trouvé de chiffre plus récent sur ce dernier point.
Ce que révèle ce nouvel investissement
Trois lectures me paraissent pertinentes.
La première est économique. Les 400 emplois annoncés s’ajoutent à un bassin d’emploi industriel déjà structuré autour de l’axe Casablanca-Rabat. Pour la région de Témara, proche de la capitale, ils renforcent un tissu d’entreprises capables de recruter des techniciens et des opérateurs qualifiés. Le groupe y recrute régulièrement, notamment des techniciens en amélioration continue, ce qui témoigne d’une activité industrielle structurée.
La deuxième lecture est stratégique. Le Maroc a longtemps été perçu comme un site de sous-traitance à faible valeur ajoutée. La diversification des produits fabriqués, évoquée à Témara, va dans le sens d’une montée en gamme. Reste à savoir ce qu’elle recouvre précisément : de nouveaux types de câblages et de systèmes électriques, des assemblages plus complexes, ou des activités à plus forte intensité technologique. L’écart est important pour la valeur ajoutée captée localement.
La troisième est géopolitique et commerciale. Les grands donneurs d’ordre cherchent à rapprocher leurs chaînes d’approvisionnement de leurs marchés tout en diversifiant leurs risques. La proximité avec l’Europe, la stabilité macroéconomique et les accords commerciaux jouent en faveur du Maroc. Les dirigeants de Safran l’avaient d’ailleurs souligné en 2025, en mettant en avant la qualité des talents, la modernité des infrastructures et un environnement macroéconomique stable.
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Les points de vigilance
Un article sérieux ne peut s’en tenir au récit de la réussite. Plusieurs défis demeurent, et les acteurs du secteur les reconnaissent eux-mêmes.
Le premier est celui des compétences. À mesure que les sites se multiplient et que les produits se complexifient, la demande de profils qualifiés augmente, et la concurrence entre employeurs d’un même bassin peut s’intensifier. La formation reste donc un enjeu majeur, et le groupe a d’ailleurs indiqué avoir créé Safran Université en 2023 pour y répondre.
Le deuxième est la dépendance à la conjoncture. L’aéronautique est un secteur cyclique, tributaire des cadences de production d’un nombre limité de constructeurs et de leurs aléas industriels. Une filière très exportatrice reste exposée aux décisions prises hors du pays.
Le troisième concerne l’intégration locale. Atteindre ou dépasser 50 % de contenu local suppose de développer un réseau de fournisseurs marocains capables de répondre aux exigences de qualité des grands groupes. C’est un chantier de long terme, qui dépend autant des entreprises que des politiques publiques d’accompagnement.
Enfin, la concentration géographique de l’activité, principalement sur l’axe Casablanca-Rabat, pose la question d’un développement plus équilibré des territoires, même si des implantations existent aussi ailleurs, comme à Tiflet.
Perspectives
L’inauguration de Témara dit, en somme, la chose suivante : un site industriel qui fonctionne et grandit pendant vingt ans finit par devenir un argument. Il rassure d’autres investisseurs, rend crédible l’écosystème et nourrit le discours des pouvoirs publics. Mais le véritable test se jouera dans les prochaines années, à travers trois questions : la montée en gamme sera-t-elle effective, les emplois créés seront-ils durablement qualifiés, et les fournisseurs locaux pourront-ils suivre ?
Je reviendrai sur ce dossier dès que l’entreprise précisera le montant investi et la nature des nouvelles productions. Ces deux éléments permettront de mesurer la portée réelle de cette quatrième extension.
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FAQ
Qu’a été inauguré à Témara ?
La quatrième extension du site industriel de Safran Electrical & Power Morocco, qui ajoute 5 700 mètres carrés de surface industrielle. L’inauguration a été présidée par le ministre Ryad Mezzour à l’occasion des vingt ans du site.
Combien d’emplois cette extension va-t-elle créer ?
Plus de 400 nouveaux emplois sont annoncés. Le calendrier précis des recrutements n’a pas été communiqué dans les informations disponibles.
Que fabrique Safran Electrical & Power au Maroc ?
Safran Electrical & Power est spécialisé dans les systèmes électriques aéronautiques et l’électrification des équipements. Le détail des nouveaux produits fabriqués à Témara après l’extension n’a pas été précisé.
Depuis quand Safran est-il présent au Maroc ?
Depuis 1999, avec la création d’une coentreprise de maintenance de moteurs avec Royal Air Maroc. Le groupe emploie aujourd’hui plus de 4 800 personnes sur dix sites, selon ses chiffres d’octobre 2025.