Le Maroc connecté, c’est une réalité qui s’impose chaque année un peu plus. Entre les smartphones omniprésents, l’essor des réseaux sociaux et l’accélération du numérique post-pandémie, les habitudes des internautes marocains ont profondément changé. Ce n’est plus une tendance, c’est une transformation de société.
Une présence numérique en pleine explosion
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le rapport Digital 2024, le Maroc compte aujourd’hui plus de 31 millions d’internautes, soit un taux de pénétration d’Internet dépassant les 84 % de la population. Il y a dix ans, ce chiffre était deux fois moindre. Cette progression fulgurante place le royaume parmi les nations africaines les plus connectées, loin devant plusieurs de ses voisins.
Ce qui frappe davantage encore, c’est le temps passé en ligne. Un Marocain passe en moyenne plus de 5 heures par jour sur Internet, dont une grande partie via son smartphone. Ce n’est pas anodin : c’est l’équivalent d’un mi-temps de travail consacré à naviguer, consommer du contenu, interagir et s’informer. Les écrans sont devenus le premier espace de vie sociale pour une large frange de la population.
Cette réalité s’explique par plusieurs facteurs concomitants : la baisse des coûts de la data mobile, l’extension de la couverture 4G sur tout le territoire, et une population jeune — plus de 50 % des Marocains ont moins de 30 ans — nativement à l’aise avec le numérique.
Le smartphone, porte d’entrée principale vers Internet
Une adoption massive du mobile
Au Maroc, Internet rime avant tout avec mobile. Plus de 95 % des connexions se font via un smartphone, contre une minorité via ordinateur ou tablette. Ce phénomène, souvent appelé “mobile-first”, n’est pas propre au Maroc, mais il y est particulièrement marqué. Dans les zones rurales notamment, le téléphone portable représente souvent le seul accès à Internet disponible.
Cette réalité transforme la manière dont les contenus sont consommés. Les vidéos courtes, les formats verticaux, les messages vocaux : tout est pensé pour l’écran de poche. Les plateformes qui ont su s’adapter à ces usages — TikTok, Instagram, WhatsApp — ont explosé en popularité ces dernières années.
WhatsApp, le système nerveux de la vie quotidienne
Si une seule application devait symboliser la connectivité marocaine, ce serait sans doute WhatsApp. Utilisé par une immense majorité des Marocains actifs en ligne, il remplace le SMS, l’e-mail, parfois même l’appel téléphonique. Les familles s’y retrouvent, les entrepreneurs y gèrent leurs clients, les associations y organisent leurs événements.
C’est un outil de communication total, ancré dans les pratiques sociales et professionnelles du pays. Son omniprésence dit beaucoup sur la manière dont les Marocains vivent leur quotidien numérique : dans une logique de communauté, de proximité et d’instantanéité.
Les réseaux sociaux, miroir d’une société en mouvement
Des plateformes qui redéfinissent les codes
Facebook reste la plateforme la plus utilisée en termes d’audience totale, mais son profil d’utilisateurs a vieilli. Ce sont désormais les 25-45 ans qui y sont les plus actifs, pendant que les jeunes générations migrent vers TikTok et Instagram. Cette évolution démographique est révélatrice d’une recomposition des espaces numériques au Maroc.
TikTok, en particulier, a connu une ascension spectaculaire. Des créateurs marocains y rassemblent des millions d’abonnés, traitant de sujets aussi variés que la cuisine traditionnelle, l’humour populaire, le sport ou la politique. Le contenu en darija — le dialecte marocain — a trouvé sur ces plateformes un écho inattendu, confirmant que la langue du quotidien est aussi celle qui fédère.
L’influence, un nouveau métier au Maroc
Cette explosion de la présence en ligne a donné naissance à un écosystème d’influenceurs marocains dont l’impact dépasse les frontières nationales. Des figures comme celles qui évoluent dans les domaines de la mode, du lifestyle ou du sport réunissent des communautés considérables, intéressant des marques locales comme internationales.
Le marketing d’influence au Maroc est estimé en forte croissance, les entreprises y allouant des budgets croissants. Ce phénomène illustre bien comment le temps passé en ligne se transforme en économie réelle, avec des revenus, des emplois et des stratégies de communication entièrement repensés.
Ce que les Marocains font réellement en ligne
Un profil d’usage riche et varié
Le temps passé sur Internet au Maroc ne se résume pas à scroller sur les réseaux sociaux. Les usages sont beaucoup plus diversifiés qu’on ne le pense. Voici ce que font principalement les internautes marocains lors de leurs sessions en ligne :
- Regarder des vidéos en streaming (YouTube, Netflix, Shahid) : une activité en forte hausse, notamment le soir
- Communiquer via messageries (WhatsApp, Messenger, Telegram) : usage quasi quotidien pour la quasi-totalité des connectés
- S’informer via des portails d’actualité, des chaînes YouTube ou des comptes d’influenceurs politiques
- Faire des achats en ligne : le e-commerce marocain enregistre une progression annuelle à deux chiffres
- Jouer en ligne : les jeunes hommes en particulier consacrent plusieurs heures par semaine aux jeux vidéo multijoueurs
- Suivre des formations : l’e-learning a explosé depuis la pandémie, notamment via YouTube et des plateformes comme Coursera
Cette diversité d’usages montre que le Marocain connecté est un consommateur numérique mature, dont les attentes évoluent rapidement.
L’e-commerce, secteur en plein décollage
Le commerce en ligne reste encore sous-développé au Maroc par rapport au potentiel du marché, mais il progresse vite. Des plateformes comme Jumia, Hmizate ou Glovo ont habitué les consommateurs à commander depuis leur téléphone. Les petits commerçants s’adaptent eux aussi : Instagram et Facebook servent de vitrines, WhatsApp remplace la caisse.
Le frein principal reste la méfiance envers le paiement en ligne, culturellement ancrée. Pourtant, les jeunes générations sont en train de faire sauter ce verrou, avec une adoption croissante des portefeuilles électroniques et des solutions comme CMI ou CashPlus.
Les inégalités numériques persistent
La fracture urbain-rural reste réelle
Il serait simpliste de brosser un tableau entièrement rose. Si les grandes villes comme Casablanca, Rabat, Marrakech ou Fès affichent des taux de connexion élevés et une infrastructure solide, les zones rurales accusent encore un retard significatif. La couverture réseau, bien qu’améliorée, reste insuffisante dans certaines régions montagneuses ou sahariennes.
L’accès à un smartphone de qualité représente également un obstacle financier pour les ménages à faibles revenus. Un appareil d’entrée de gamme suffisant pour naviguer coûte encore l’équivalent de plusieurs jours de salaire pour une partie de la population.
Le fossé des compétences numériques
Au-delà de l’accès, il y a la question des compétences. Être connecté ne signifie pas maîtriser les outils numériques. Une partie des internautes marocains utilisent Internet de manière passive — consommer du contenu — sans pour autant savoir créer, coder, ou même exploiter pleinement les outils en ligne à leur disposition.
Les initiatives publiques et privées se multiplient pour combler ce déficit, notamment à travers des programmes d’alphabétisation numérique portés par des associations, des universités ou le gouvernement dans le cadre de la stratégie Maroc Digital.
Vers un Maroc numérique de plus en plus mature
Le gouvernement marocain a affiché des ambitions claires. La stratégie “Maroc Digital 2030” vise à faire du royaume un hub numérique régional, en misant sur l’infrastructure, la formation et l’attractivité pour les investisseurs tech. Les chantiers sont nombreux : déploiement de la 5G, développement de l’identité numérique, digitalisation des services publics.
Ces efforts portent déjà leurs fruits. Le Maroc se classe régulièrement parmi les premiers pays africains dans les indices de compétitivité numérique. Des startups marocaines lèvent des fonds, des incubateurs émergent à Casablanca et Rabat, et des talents locaux rejoignent des entreprises tech internationales depuis le pays.
Le futur numérique du Maroc s’écrit maintenant, et il s’écrit en grande partie en ligne, via les écrans de millions de citoyens de plus en plus connectés, exigeants et créatifs.
FAQ
Combien d’heures par jour les Marocains passent-ils en ligne ?
En moyenne, un internaute marocain passe entre 5 et 6 heures par jour sur Internet, principalement via son smartphone. Ce chiffre est en hausse constante depuis plusieurs années.
Quels réseaux sociaux sont les plus utilisés au Maroc ?
WhatsApp est l’application la plus utilisée au quotidien. Facebook reste populaire chez les adultes, tandis que TikTok et Instagram dominent chez les jeunes de moins de 25 ans.
Le e-commerce est-il développé au Maroc ?
Il est en forte croissance mais encore sous son potentiel. La méfiance envers le paiement en ligne freine son essor, même si les nouvelles générations adoptent progressivement les solutions de paiement numérique.
Le Maroc a-t-il une stratégie numérique nationale ?
Oui, le gouvernement a lancé la stratégie “Maroc Digital 2030” avec pour objectif de positionner le royaume comme un hub numérique africain, en développant l’infrastructure, la formation et l’écosystème startup.