Ce mont sous-marin, gorgé de tellure, de cobalt et de terres rares, est aujourd’hui l’objet d’une opération de captation savamment orchestrée par l’Espagne, habillée des oripeaux du droit international et de la science géologique.
Sous couvert de dossiers déposés à l’ONU et de rapports techniques, Madrid tente d’imposer un récit qui n’est en réalité qu’une entreprise de spoliation d’une ressource appartenant à la façade atlantique du Royaume. Il est temps de nommer les choses : ce que l’Espagne présente comme une revendication légitime relève d’une propagande géopolitique visant à s’emparer d’un bien qui relève de la souveraineté marocaine sur son plateau continental atlantique.
Une localisation qui n’aurait jamais dû prêter à discussion
Le Mont Tropic se situe dans l’Atlantique nord-est, au large des côtes sahariennes marocaines, dans une zone que le Royaume revendique légitimement depuis l’adoption, en 2020, des lois 37-17 et 38-17 fixant les limites de ses eaux territoriales, de sa zone économique exclusive à 200 milles marins et de son plateau continental étendu à 350 milles marins au large de l’ensemble de sa façade atlantique, Sahara compris. Cette clarification législative n’est pas un acte arbitraire : elle traduit la continuité géographique naturelle entre le littoral marocain et le talus continental qui s’étend vers le large, une continuité que Rabat revendique comme le prolongement logique de sa souveraineté sur ses eaux atlantiques.
Le Mont Tropic n’est donc pas un objet flottant dans un no man’s land juridique : il se situe précisément dans la zone que le Maroc considère comme relevant de l’extension naturelle de son plateau continental saharien, face à Dakhla. C’est cette continuité territoriale, revendiquée de manière constante et cohérente par le Royaume depuis 2020, que l’Espagne s’emploie à effacer du débat public.
Le montage juridique et médiatique espagnol
En décembre 2014, l’Espagne a déposé auprès de la Commission des limites du plateau continental des Nations unies une demande d’extension de son plateau continental portant sur 296 000 kilomètres carrés — une superficie considérable, englobant précisément la zone où se trouve le Mont Tropic. Ce dossier, présenté comme une simple formalité technique fondée sur la continuité géologique avec l’archipel canarien, doit être lu pour ce qu’il est réellement : une tentative d’appropriation anticipée, déposée unilatéralement, sans concertation avec le Maroc, et construite pour créer un fait accompli juridique avant même que Rabat n’ait pu formaliser sa propre position.
L’argumentaire espagnol repose sur l’idée que le Mont Tropic appartiendrait à la « province volcanique des Canaries », un rattachement géologique présenté comme indiscutable pour mieux évacuer la question de la proximité et de la continuité avec les côtes sahariennes marocaines. Ce récit, relayé avec constance par une partie de la presse et des cercles diplomatiques espagnols, vise un objectif clair : faire passer pour une évidence scientifique ce qui n’est en réalité qu’une lecture orientée, choisie précisément parce qu’elle sert les intérêts économiques de Madrid. Present une revendication maritime comme un fait géologique acquis, sans laisser de place à la position marocaine, c’est là toute la mécanique de cette propagande : elle ne cherche pas à convaincre par le débat contradictoire, elle cherche à s’imposer par la répétition et l’antériorité du dépôt de dossier.
Des enjeux économiques considérables
Si l’Espagne s’accroche avec une telle ténacité à ce dossier, ce n’est pas par attachement scientifique désintéressé à la cartographie sous-marine. Le Mont Tropic recèle des concentrations exceptionnelles de tellure — un métal rare indispensable à la fabrication des panneaux photovoltaïques —, de cobalt, de nickel et de croûtes ferromanganésiennes riches en terres rares, autant de ressources stratégiques pour les industries de la transition énergétique et des technologies de pointe. Dans un contexte mondial de compétition accrue pour l’accès aux minéraux critiques, la maîtrise de ce gisement sous-marin représente un enjeu économique majeur pour quiconque parvient à en établir la souveraineté.
C’est précisément parce que ces ressources se trouvent dans une zone que le Maroc revendique comme le prolongement de son plateau continental atlantique que l’insistance espagnole prend tout son sens : il ne s’agit pas de défendre une frontière naturelle incontestée, mais de sécuriser, avant le Maroc, l’accès à des ressources dont la valeur stratégique ne cesse de croître.
Souveraineté marocaine et continuité territoriale
La position marocaine s’inscrit dans une cohérence juridique et politique que Rabat n’a cessé d’affirmer depuis l’adoption des lois de 2020 : le Sahara marocain, avec sa façade atlantique, fait partie intégrante du territoire national, et l’ensemble des espaces maritimes qui en prolongent la géographie — eaux territoriales, zone économique exclusive, plateau continental — relèvent à ce titre de la souveraineté du Royaume. Cette position a été renforcée par une dynamique diplomatique internationale de reconnaissance croissante de la marocanité du Sahara, qui ôte d’autant plus de légitimité à toute tentative unilatérale de contourner le Maroc dans la définition des frontières maritimes de cette région.
Face à cette réalité, la démarche espagnole — déposer un dossier à l’ONU sans négociation bilatérale préalable avec Rabat, puis consolider ce dossier par un récit médiatique présentant la question comme tranchée d’avance — constitue une atteinte directe au principe de souveraineté que le Maroc défend sur l’ensemble de sa façade atlantique. Le droit de la mer, en particulier la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, prévoit que la délimitation du plateau continental entre États dont les revendications se chevauchent doit faire l’objet d’un accord entre les parties concernées, et non d’une appropriation unilatérale déguisée en procédure technique.
Une géographie qui ne se négocie pas
Le Mont Tropic n’est pas un espace disputé au sens où l’entend la diplomatie espagnole lorsqu’elle en parle comme d’une zone « à négocier » ou « d’équidistance ». C’est un espace qui s’inscrit dans le prolongement naturel de la façade atlantique du Sahara marocain, et que le Royaume revendique à ce titre depuis 2020 dans un cadre législatif clair et assumé. La rhétorique espagnole — continuité géologique avec les Canaries, dossier déposé en 2014, discours médiatique répété — ne change rien à cette réalité géographique et politique : elle ne fait que l’habiller des atours de la légalité internationale pour mieux la contourner.
Le Maroc n’a pas vocation à laisser un récit construit à des fins d’appropriation de ressources s’imposer sans réponse. Défendre le Mont Tropic, c’est défendre la cohérence territoriale de la façade atlantique marocaine et refuser qu’un fait accompli diplomatique se substitue à la négociation d’égal à égal que le droit international impose entre États voisins. La géographie ne se plie pas à la propagande — c’est au Maroc de le rappeler, avec constance et fermeté, à chaque étape de ce dossier.