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Le Maroc coupe-t-il l’eau à l’Algérie ?

Le Maroc coupe-t-il l'eau à l'Algérie ? Barrages, oued Guir, tensions diplomatiques : on démêle le vrai du faux dans ce dossier explosif.

Foxtrot
Dernière mise à jour : 31 août 2026 2h09
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Le Maroc coupe-t-il l'eau à l'Algérie ?
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Depuis quelques années, une accusation revient régulièrement sur les réseaux sociaux algériens et dans certains médias officiels d’Alger : le Maroc priverait délibérément l’Algérie d’eau en construisant des barrages sur des cours d’eau transfrontaliers. Cette narrative s’est considérablement amplifiée après la mise en service du barrage de Kaddoussa en 2021, ouvrage stratégique situé sur l’oued Guir dans le sud-est marocain. Mais que dit vraiment la réalité géographique, hydrologique et diplomatique ? 🌍

Sommaire
  • L’oued Guir, épicentre des tensions hydriques
  • Le Maroc, champion africain des barrages
  • L’Algérie face à ses propres problèmes d’eau
  • Y a-t-il un “vol d’eau” au sens juridique
  • Ce que pensent les experts indépendants
  • FAQ — Vos questions les plus fréquentes sur l’eau et les relations Maroc-Algérie

Avant de répondre, il faut poser le décor. Le Maroc et l’Algérie partagent une frontière terrestre fermée depuis 1994 et des relations diplomatiques rompues depuis août 2021 à l’initiative d’Alger. Dans ce contexte de tensions extrêmes, chaque annonce marocaine — qu’il s’agisse d’un barrage, d’un pipeline ou d’un accord agricole — est souvent interprétée comme un acte hostile par les autorités algériennes. L’eau, ressource vitale dans une région frappée par la sécheresse, est devenue un terrain de guerre narratif autant que géopolitique.

L’oued Guir, épicentre des tensions hydriques

Un fleuve qui traverse deux pays

L’oued Guir prend sa source dans le Haut Atlas marocain, traverse les régions arides du sud-est du Maroc et se poursuit jusqu’au sud-ouest algérien, où il alimente des zones oasiennes comme Béchar et Abadla. Pendant des décennies, ce cours d’eau a irrigué des terres des deux côtés de la frontière sans provoquer de véritable crise. Mais la combinaison d’une sécheresse structurelle et de la construction du barrage de Kaddoussa a tout changé dans la perception algérienne.

Le barrage de Kaddoussa, d’une capacité de 220 millions de mètres cubes, a été conçu pour irriguer les palmeraies et les cultures agricoles du Tafilalet et des régions environnantes. Il s’inscrit dans la grande politique marocaine des barrages, lancée sous Hassan II et poursuivie par Mohammed VI, qui a permis au Maroc de disposer aujourd’hui de 145 grands barrages avec une capacité de stockage totale dépassant 18 milliards de m³. Avec les ouvrages en cours de construction, ce chiffre devrait atteindre 22 milliards de m³ dans les prochaines années.

Ce que disent les hydrologues

Sur le plan strictement technique, retenir de l’eau en amont réduit mécaniquement les débits en aval. C’est une réalité hydraulique indiscutable. Quand un barrage capte les crues saisonnières d’un oued, les flux qui atteignaient autrefois le territoire voisin diminuent. Cela ne constitue pas forcément un “acte de guerre de l’eau”, mais c’est un fait que le Maroc ne peut totalement nier non plus.

Ce que contestent les autorités marocaines, en revanche, c’est l’intention malveillante prêtée à ces constructions. Ces barrages répondent à des besoins internes réels, dans un pays où la demande agricole et urbaine en eau ne cesse de croître. L’agriculture représente 85 % de la consommation d’eau douce au Maroc, et le développement des oasis et des cultures irriguées dans les zones présahariennes constitue une priorité économique et sociale.

Le Maroc, champion africain des barrages

Une politique hydraulique ambitieuse

🏗️ Depuis les années 1960, le Maroc a bâti l’un des systèmes hydrauliques les plus développés du continent africain. Cette politique volontariste, souvent qualifiée de “politique des barrages”, a permis au pays de faire face à une variabilité climatique extrême. En février 2026, les barrages marocains affichent un taux de remplissage global de 70,3 %, représentant environ 11,8 milliards de m³ stockés — un rebond spectaculaire après plusieurs années de sécheresse sévère, porté par les précipitations exceptionnelles de l’hiver 2025-2026.

Les bassins du Sebou, du Loukkos et du Bouregreg dépassent individuellement les 90 % de remplissage, soulignant la concentration des ressources dans le nord atlantique du pays. Les données de la plateforme Maadialna confirment cette tendance : au 28 janvier 2026, le taux de remplissage atteignait déjà 55,2 %, contre à peine 27,6 % à la même période un an plus tôt.

De nouveaux projets qui inquiètent Alger

Parmi les projets récents ou en cours qui alimentent les accusations algériennes, on peut citer :

  • Le barrage de Kaddoussa (oued Guir), mis en service en 2021, 220 Mm³ de capacité
  • Les 15 barrages structurants en construction, pour une capacité supplémentaire de 3,4 Mm³
  • Les 5 grands barrages en appel d’offres dans les zones présahariennes et semi-arides
  • Les projets de dessalement massif le long des côtes atlantiques, qui pourraient redistribuer les pressions sur les ressources intérieures
  • Les aménagements sur l’oued Draa et les bassins du sud-est, zones sensibles sur le plan transfrontalier

Ces projets sont perçus à Alger comme une stratégie délibérée de monopolisation de l’eau. Mais aucun traité international, aucune convention bilatérale en vigueur ne régule explicitement le partage des eaux transfrontalières entre les deux pays.

L’Algérie face à ses propres problèmes d’eau

Une crise que le Maroc n’a pas créée

Ce point est crucial pour comprendre pourquoi la polémique enfle autant côté algérien. L’Algérie souffre d’une gestion hydrique défaillante depuis des années. La ville d’Oran, avec plus de 1,7 million d’habitants, a été privée d’eau potable pendant plusieurs jours en mai 2024. Alger elle-même connaît régulièrement des coupures d’eau, parfois plusieurs jours par semaine dans certains quartiers. Ces pénuries sont avant tout le résultat d’un vieillissement des infrastructures, de fuites massives dans les réseaux de distribution, et d’une politique de subvention de l’eau qui décourage les économies.

Le ministre algérien de l’Hydraulique, Taha Derbal, a plusieurs fois dénoncé devant des forums internationaux ce qu’il appelle une “sécheresse délibérée” aux frontières. Mais ces déclarations ont été largement interprétées à l’extérieur comme une tentative de détourner l’attention des problèmes internes. 🔥 En début 2026, les barrages algériens affichent un taux de remplissage d’environ 44 % — inférieur à la moyenne régionale, mais bien supérieur aux creux de fin 2024 où certains ouvrages frôlaient les 20 % de réserves.

Le problème structurel de l’aridité croissante

Au-delà du bras de fer politique, la réalité climatique s’impose avec brutalité. Toute la région maghrébo-sahélienne traverse une période de stress hydrique chronique. Les précipitations ont diminué de 20 à 30 % en trente ans dans plusieurs bassins versants. Le réchauffement climatique redistribue les masses d’air et accentue les sécheresses. Accuser le voisin est politiquement commode, mais cela ne fait pas revenir la pluie.

Y a-t-il un “vol d’eau” au sens juridique

L’absence de traité bilatéral, un vide dangereux

En droit international de l’eau, la Convention de New York de 1997 sur les cours d’eau internationaux établit des principes d’utilisation équitable et de ne pas causer de dommages significatifs aux États en aval. Ni le Maroc ni l’Algérie n’ont ratifié cette convention. Il n’existe par ailleurs aucun accord bilatéral entre les deux pays sur la gestion partagée des eaux transfrontalières, contrairement à ce qui existe entre certains pays du bassin du Nil ou entre le Mexique et les États-Unis.

Ce vide juridique est problématique. Il laisse chaque État libre de gérer ses ressources comme il l’entend, sans obligation de préserver des débits minimaux pour le pays voisin. Dans ce cadre, les constructions marocaines sont légales au regard du droit international. Sont-elles pour autant moralement neutres vis-à-vis des populations algériennes en aval ? La question reste ouverte.

Ce que pensent les experts indépendants

Les chercheurs spécialisés en géopolitique de l’eau évitent généralement les formulations tranchées. Le terme “hydro-hégémonie” est parfois utilisé pour décrire la position du Maroc : un État en amont qui, sans couper délibérément l’eau à son voisin, construit de manière unilatérale des infrastructures qui réduisent les flux disponibles pour l’aval. Ce n’est pas le même chose qu’une coupure volontaire, mais l’effet pratique peut se ressembler pour les populations concernées.

Pour d’autres analystes, la vraie solution serait une coopération hydraulique régionale semblable à celle qui existe en Europe sur le Rhin ou le Danube. Une commission hydrologique maroco-algérienne pourrait définir des débits réservés, partager les données en temps réel et planifier conjointement les usages. Mais dans le contexte actuel de rupture diplomatique totale, ce scénario paraît utopique à court terme.

FAQ — Vos questions les plus fréquentes sur l’eau et les relations Maroc-Algérie

Le Maroc a-t-il officiellement reconnu réduire les flux d’eau vers l’Algérie ?

Non. Le Maroc justifie toujours ses constructions hydrauliques par des besoins agricoles et de sécurité hydrique internes. Aucune autorité marocaine n’a jamais admis vouloir priver l’Algérie d’eau.

Y a-t-il des cours d’eau transfrontaliers entre les deux pays ?

Oui, principalement l’oued Guir, l’oued Draa dans sa partie orientale, et quelques oueds secondaires du Sahara. Ce sont précisément ces bassins qui concentrent les tensions.

L’Algérie a-t-elle porté plainte devant une instance internationale ?

À ce jour, aucune plainte formelle n’a été déposée devant un tribunal international. Les accusations restent au niveau diplomatique et médiatique.

Est-ce que les deux pays pourraient coopérer sur l’eau malgré la rupture diplomatique ?

Techniquement oui, comme il existe des précédents de coopération technique entre États en froid. Mais politiquement, l’hypothèse semble improbable tant que les relations ne se normalisent pas.

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Un commentaire
  • Abdou dit :
    30 août 2026 à 19h34

    Le Maroc n’a absolument aucun intérêt à signer un accord avec l’Algérie puisque la totalité des fleuves où rivières de l’Ouest algériens naissent au Maroc. Et de l’autre côté, aucune goutte d’eau sur le sol marocain n’a une origine algérienne. Aucun fleuve ou rivière naissant en Algérie ne traverse ou fini son parcours au Maroc. Donc pourquoi le Maroc signerait-elle un accord avec l’Algérie ? Seulement si l’Algérie voudrait échanger de l’eau contre le pétrole ou le Gaz !!!

    Répondre

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