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Silicon Valley Maroc – le mag tech marocain > Blog > Maroc > BRICS et tech : opportunité pour le Maroc ?
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BRICS et tech : opportunité pour le Maroc ?

BRICS et tech au Maroc : opportunité réelle ou piège géopolitique ? Analyse des enjeux numériques, des atouts marocains et des risques à anticiper.

Hafid Driouche
Dernière mise à jour : 5 mars 2026 17h08
Hafid Driouche
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BRICS et tech : opportunité pour le Maroc ?
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Il y a quelque chose de fascinant dans la position géographique et diplomatique du Maroc. Coincé entre l’Europe, l’Afrique et le monde arabe, le royaume a toujours su jouer sur plusieurs tableaux à la fois. Mais depuis que les BRICS ont officiellement invité le Maroc à rejoindre leur bloc élargi — une invitation que Rabat a prudemment mise en attente —, une question s’impose avec insistance dans les cercles économiques et technologiques : et si ce rapprochement était, avant tout, une opportunité technologique majeure ?

Sommaire
  • Pourquoi la tech est au cœur de la dynamique BRICS
  • Le Maroc, un profil tech qui attire l’attention
  • Les risques à ne pas sous-estimer
  • Quelle stratégie pour le Maroc
  • Ce que disent les acteurs du terrain
  • FAQ — Le Maroc et les BRICS

Les BRICS, ce regroupement qui réunit désormais le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, auxquels se sont ajoutés plusieurs nouveaux membres depuis 2024, représentent aujourd’hui près de 45 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat. Derrière les postures politiques et les discours sur la multipolarité, c’est un formidable réseau d’innovation, de financement et de transfert technologique qui se dessine. Pour un pays comme le Maroc, qui ambitionne de devenir un hub digital africain, ignorer ce bloc serait une erreur stratégique.


Pourquoi la tech est au cœur de la dynamique BRICS

Un bloc qui mise tout sur l’innovation

Ce qu’on oublie souvent quand on parle des BRICS, c’est leur poids croissant dans l’écosystème technologique mondial. L’Inde est aujourd’hui la troisième puissance mondiale en startups, avec plus de 100 licornes recensées. La Chine, de son côté, investit massivement dans l’intelligence artificielle, la 5G et les semi-conducteurs, au point de rivaliser frontalement avec les États-Unis sur ces segments. Le Brésil développe l’une des fintechs les plus dynamiques d’Amérique latine, avec des solutions comme Pix — son système de paiement instantané — qui ont révolutionné l’inclusion financière.

Ces pays ne se contentent plus d’imiter les modèles occidentaux. Ils créent leurs propres standards, leurs propres plateformes, leurs propres infrastructures numériques. Et ils cherchent des alliés pour les déployer à plus grande échelle, notamment sur le continent africain, qui représente le prochain grand marché de la tech mondiale.

La Chine et l’Inde, locomotives numériques du bloc

La Chine en particulier est très active sur le continent africain via ses entreprises technologiques. Huawei a participé à la construction de nombreuses infrastructures télécom en Afrique. Alibaba, via sa plateforme Jumia et d’autres partenariats, ambitionne de structurer le commerce en ligne africain. Des accords bilatéraux entre Pékin et plusieurs capitales africaines ont conduit à des transferts de compétences dans les domaines de la smart city, de la cybersécurité et des énergies renouvelables connectées.

L’Inde n’est pas en reste : son modèle d’externalisation numérique (outsourcing IT) est une référence mondiale, et plusieurs entreprises indiennes cherchent activement des partenaires au Maghreb pour étendre leurs capacités en nearshoring. Le Maroc, avec ses 30 000 ingénieurs formés chaque année et sa maîtrise du français et de l’anglais, se présente naturellement comme un candidat idéal.


Le Maroc, un profil tech qui attire l’attention

Des atouts solides dans le numérique

Il serait réducteur de voir le Maroc comme un simple observateur passif dans cette dynamique. Le royaume a engagé depuis plusieurs années une stratégie de transformation numérique ambitieuse. La stratégie Maroc Digital 2030 vise notamment à tripler la contribution du secteur numérique au PIB national, à développer les infrastructures cloud et à attirer les investissements étrangers dans les centres de données.

Casablanca Finance City attire déjà des entreprises technologiques internationales. Les zones franches de Tanger et de Kénitra accueillent des sous-traitants dans l’électronique et l’industrie automobile connectée. Le pays dispose d’une couverture 4G qui dépasse 97 % de la population, et les projets de déploiement de la 5G sont en cours d’expérimentation.

Voici les principaux atouts que le Maroc peut faire valoir face aux membres des BRICS :

  • Localisation stratégique : à 14 km de l’Europe, au carrefour des routes commerciales africaines
  • Ressources humaines qualifiées : vivier d’ingénieurs, développeurs et techniciens plurilingues
  • Stabilité politique : un cadre institutionnel reconnu pour sa fiabilité dans la région
  • Accords de libre-échange : avec l’UE, les États-Unis et plusieurs pays africains
  • Infrastructures logistiques : port de Tanger Med, premier port d’Afrique, relié aux grandes routes maritimes mondiales
  • Secteur financier modernisé : adoption rapide des fintechs et du mobile banking

L’offshore numérique, un levier sous-exploité

Un des angles les moins visibles mais les plus prometteurs concerne le nearshoring technologique. Des entreprises indiennes et chinoises cherchent à diversifier leurs centres de développement logiciel pour réduire leur dépendance aux seuls marchés asiatiques. Le Maroc, avec son fuseau horaire proche de l’Europe et ses compétences techniques, pourrait capter une partie de ces flux.

Des initiatives comme Technopark Casablanca ou CyberParc Maroc montrent que l’écosystème local est prêt à accueillir des partenariats ambitieux. Il manque surtout une volonté politique claire d’orienter les négociations BRICS vers ces débouchés concrets, plutôt que de rester dans les grandes déclarations diplomatiques.


Les risques à ne pas sous-estimer

Dépendance technologique et souveraineté numérique

Rejoindre ou se rapprocher des BRICS ne se fait pas sans contreparties. L’un des risques les plus sérieux est celui de la dépendance technologique. Laisser des infrastructures critiques — réseaux télécom, cloud gouvernemental, systèmes de paiement — entre les mains d’acteurs étrangers, qu’ils soient américains ou chinois, comporte des risques réels pour la souveraineté numérique du pays.

L’exemple de plusieurs pays africains qui ont adopté massivement les solutions Huawei est édifiant : des questions légitimes se posent aujourd’hui sur la sécurité des données, sur les conditions de maintenance et sur la capacité de ces pays à renégocier les contrats sans se retrouver en situation de dépendance structurelle. Le Maroc doit s’inspirer de ces expériences pour poser des garde-fous contractuels solides avant tout engagement.

L’équilibre délicat avec l’Occident

Autre tension inévitable : le Maroc entretient des relations économiques et politiques très étroites avec l’Union européenne et les États-Unis. Ces partenaires traditionnels observent avec attention toute inflexion vers les BRICS. Un rapprochement technologique trop affiché avec la Chine pourrait créer des frictions avec Bruxelles, notamment dans le cadre des discussions sur les standards de cybersécurité ou les transferts de données.

La diplomatie marocaine devra jouer fin : avancer dans les partenariats BRICS sans compromettre les relations avec l’Occident, en choisissant avec soin les domaines de coopération — plutôt l’énergie solaire connectée et les applications agricoles que les infrastructures télécom sensibles, par exemple.


Quelle stratégie pour le Maroc

Choisir ses batailles technologiques

La clé, pour le Maroc, est de ne pas s’engager dans une logique de bloc contre bloc, mais d’adopter une approche sélective et pragmatique. Certains domaines technologiques se prêtent naturellement à des partenariats avec les pays BRICS sans créer de friction géopolitique. L’agriculture de précision, les énergies renouvelables, la gestion de l’eau par les données, les applications de santé mobile : autant de secteurs où India, Chine et Brésil ont développé des solutions innovantes directement transposables aux défis marocains.

Par exemple, l’Inde a développé des applications d’IA pour optimiser l’irrigation en milieu semi-aride. Au Maroc, où l’agriculture représente encore 14 % du PIB et où le stress hydrique est une réalité quotidienne, de tels transferts technologiques auraient un impact concret et mesurable.

Devenir un pont entre les BRICS et l’Afrique

La véritable carte maîtresse du Maroc n’est peut-être pas dans l’adhésion formelle aux BRICS, mais dans son rôle de hub de redistribution technologique vers l’Afrique subsaharienne. En clair : laisser les entreprises technologiques des BRICS s’installer sur le territoire marocain, bénéficier de son cadre réglementaire stable et de ses connexions africaines, pour ensuite rayonner vers les marchés du continent.

C’est d’ailleurs la logique qui sous-tend l’extension du port de Tanger Med et l’ambition de Casablanca Finance City : devenir la porte d’entrée technologique et financière de l’Afrique. Si le Maroc parvient à positionner cette offre de manière convaincante auprès des acteurs tech des BRICS, il pourrait attirer des investissements massifs sans pour autant sacrifier sa souveraineté ni froisser ses partenaires occidentaux.


Ce que disent les acteurs du terrain

Des voix issues de l’écosystème tech marocain se font entendre. Youssef Benali, fondateur d’une startup casablancaise spécialisée dans les solutions SaaS pour PME africaines, résumait récemment la situation ainsi dans un forum économique : “Les BRICS nous offrent des technologies et des marchés. L’Europe nous offre des normes et de la crédibilité. Notre intelligence, c’est d’utiliser les deux.” Cette formule illustre bien l’état d’esprit pragmatique qui domine parmi les entrepreneurs marocains les plus connectés à la réalité globale.

Les startups marocaines sont d’ailleurs de plus en plus présentes dans les événements tech des pays émergents, qu’il s’agisse du Gitex Africa à Marrakech ou des forums d’innovation de Bangalore ou São Paulo. Les ponts se construisent déjà, souvent avant même que la diplomatie officielle n’ait tracé les contours formels des partenariats.

FAQ — Le Maroc et les BRICS

Le Maroc est-il officiellement membre des BRICS ?

Non. Le Maroc a reçu une invitation à rejoindre le bloc élargi en 2023, mais Rabat n’a pas encore formalisé son adhésion. Le pays maintient une posture d’observateur actif, préservant sa marge de manœuvre diplomatique.

Quels secteurs technologiques sont les plus prometteurs dans le cadre d’un partenariat BRICS-Maroc ?

Les secteurs les plus porteurs sont l’agriculture de précision, les énergies renouvelables connectées, les fintechs, la santé mobile et le développement logiciel en nearshoring. Ce sont des domaines où les pays BRICS ont des solutions matures et où les besoins marocains sont avérés.

Le rapprochement avec les BRICS menace-t-il les relations du Maroc avec l’UE ?

Pas nécessairement, à condition que le Maroc adopte une approche sélective. Éviter les partenariats sur les infrastructures critiques (télécom, cloud gouvernemental) et privilégier la coopération dans des secteurs non sensibles permet de limiter les frictions avec les partenaires occidentaux.

Le Maroc peut-il devenir un hub tech entre l’Afrique et les BRICS ?

C’est le scénario le plus réaliste et le plus rentable à long terme. Grâce à sa position géographique, ses infrastructures logistiques et son tissu économique stable, le Maroc est bien placé pour jouer ce rôle d’intermédiaire stratégique — à condition d’investir davantage dans la formation, la régulation numérique et l’attractivité des talents.

ÉTIQUETTES :BRICS Marochub digital Afriqueinvestissement tech Marocnearshoring Marocnumérique Maroc 2030partenariat Chine Maroc technologietechnologie Maroc
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ParHafid Driouche
Passionné par les mouvements tectoniques qui façonnent notre monde, je consacre mes travaux à l'analyse des dynamiques géopolitiques contemporaines. En tant qu'auteur marocain, mon regard se porte naturellement sur la position stratégique du Royaume, ce carrefour unique entre l'Afrique, l'Europe et le monde arabe.
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