Il y a quelque chose de presque romantique dans l’idée de traverser tout un pays par le rail. Fenêtre ouverte sur un paysage qui change, conversations impromptues avec des inconnus, villes qui défilent à un rythme humain. Le Maroc en train, c’est exactement ça. Une façon de voyager qui ralentit le temps, sans pour autant sacrifier la découverte.
De Tanger à Marrakech, le réseau ferroviaire de l’ONCF (Office National des Chemins de Fer) couvre aujourd’hui plus de 2 400 kilomètres de lignes. Depuis l’inauguration du TGV Al Boraq en 2018 — le premier train à grande vitesse du continent africain — les connexions entre les grandes villes du royaume n’ont jamais été aussi efficaces. Ce voyage ferroviaire, c’est à la fois une aventure sensorielle et un itinéraire pratique pour explorer le Maroc autrement.
Pourquoi voyager en train au Maroc
La voiture reste le réflexe de la plupart des voyageurs. Pourtant, le train marocain offre des avantages que l’on sous-estime souvent. D’abord, le confort : les trains de l’ONCF sont généralement propres, climatisés et ponctuels. Les billets en première classe restent très accessibles pour un touriste européen, avec des tarifs souvent inférieurs à 20 euros pour des trajets de plusieurs heures.
Ensuite, il y a la liberté. Pas de stress lié à la conduite, pas de négociation interminable avec un loueur de voitures. On monte, on s’installe, on regarde défiler les médinas, les plaines agricoles du Gharb ou les contreforts du Moyen-Atlas. C’est aussi l’occasion de croiser des Marocains qui voyagent, d’entamer une conversation en darija approximatif, de partager des dattes ou une orange.
Le train, c’est enfin écologique dans un contexte où l’empreinte carbone du voyage devient une vraie question. Un trajet Casablanca-Marrakech en train émet environ 10 fois moins de CO₂ qu’en voiture individuelle.
L’itinéraire idéal de Tanger à Marrakech
Tanger, la porte du détroit
Le voyage commence à Tanger-Ville, la gare centrale de la ville du détroit. Cette ville longtemps fantasmée par les écrivains — Bowles, Kerouac, Burroughs — a connu une transformation spectaculaire ces dix dernières années. Le port Tanger Med est aujourd’hui l’un des plus grands d’Afrique, et la ville nouvelle se développe à toute vitesse.
Avant de prendre le train, prévoyez une nuit ou deux. La médina, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, mérite qu’on s’y perde. Le café Hafa, accroché à la falaise avec vue sur le détroit, est un passage obligé.
La grande vitesse jusqu’à Casablanca
C’est ici qu’intervient la grande fierté du rail marocain : le Al Boraq. En moins de 2h15, ce TGV relie Tanger à Casablanca à 320 km/h. C’est rapide, fluide, et franchement impressionnant pour qui ne s’y attend pas. La gare de Casablanca-Voyageurs est monumentale, et la ville mérite une escale.
Casablanca, souvent négligée par les touristes pressés, est pourtant une ville fascinante. La mosquée Hassan II, construite sur l’océan, est l’une des plus grandes au monde. Le quartier de Gauthier propose une architecture art déco unique en Afrique. Et les restaurants de poissons du port sont parmi les meilleurs du pays.
Rabat, étape royale
À seulement 35 minutes de Casablanca en train, Rabat s’impose comme une escale incontournable. La capitale politique du Maroc est souvent boudée au profit de ses voisines plus touristiques. C’est une erreur. La médina est calme, préservée, sans l’afflux massif de visiteurs que l’on croise à Fès ou Marrakech.
Le mausolée Mohammed V, la kasbah des Oudayas et la tour Hassan constituent un triangle historique dense et émouvant. Prévoyez une demi-journée minimum.
Fès, le détour qui s’impose
Depuis Rabat ou Casablanca, un embranchement permet de rejoindre Fès en train. Le trajet dure environ 3h30 depuis la capitale. Fès el-Bali, la médina la plus ancienne du monde encore habitée, est un labyrinthe de 9 000 ruelles que les guides locaux eux-mêmes ne prétendent pas connaître entièrement.
C’est ici que l’on trouve les tanneries Chouara, les medersa Ben Youssef, les souks de cuivre et de céramique bleue. Comptez au minimum deux nuits pour commencer à sentir l’âme de la ville.
La descente vers Marrakech
De Fès, il faut revenir sur Casablanca pour rejoindre Marrakech, soit environ 4 heures de train supplémentaires. C’est le seul “inconvénient” topographique du réseau : il n’existe pas encore de liaison directe Fès-Marrakech par le rail. Cela devrait changer dans les prochaines années avec les projets d’extension du réseau LGV.
L’arrivée à Marrakech-Gueliz marque la fin du voyage ferroviaire. Et quel final. La ville ocre, avec la Koutoubia qui se profile à l’horizon, la place Jemaa el-Fna qui s’embrase au coucher du soleil — tout cela justifiait amplement ce détour par les rails.
Ce qu’il faut savoir avant de partir
Voici les informations pratiques essentielles pour organiser ce voyage ferroviaire :
- Billetterie : disponible sur le site oncf.ma ou dans les gares, possibilité de réserver jusqu’à 30 jours à l’avance
- Tarifs : le billet Tanger-Casablanca en Al Boraq coûte entre 100 et 200 DH selon la classe (environ 9 à 18 euros)
- Bagages : 30 kg inclus, pas de consigne officielle dans toutes les gares — prévoyez un sac facile à porter
- Ponctualité : l’ONCF affiche un taux de ponctualité supérieur à 95 % sur les lignes principales
- Pass rail : il n’existe pas de pass illimité type Eurail pour les étrangers, mais des billets aller-retour avantageux sont disponibles
- Réservation obligatoire : pour le Al Boraq, le siège est numéroté et la réservation est indispensable
Nos conseils pour profiter au maximum du trajet
Choisir le bon moment pour voyager
L’automne (octobre-novembre) et le printemps (mars-avril) sont les meilleures saisons pour traverser le Maroc en train. Les températures sont douces, les paysages verdoyants dans le nord, et les villes ne sont pas encore envahies de touristes estivaux.
En été, la chaleur peut rendre les trajets épuisants malgré la climatisation. En hiver, certaines régions montagneuses peuvent être coupées, mais le trajet côtier reste parfaitement praticable.
L’art de voyager lentement
Le secret d’un bon voyage en train au Maroc, c’est de ne pas vouloir tout faire vite. Une semaine minimum est nécessaire pour ce trajet Tanger-Marrakech avec des étapes à Casablanca, Rabat et Fès. Deux semaines permettent de voyager sans jamais se presser, de prendre le temps d’un hammam à Fès ou d’une promenade nocturne sur le front de mer de Casablanca.
Certains voyageurs choisissent aussi d’ajouter une étape à Meknès, facilement accessible depuis Fès, ou à El Jadida, une cité portugaise magnifique sur l’Atlantique, accessible en train depuis Casablanca.
FAQ — Tour du Maroc en train : Édition 2026
Peut-on faire Tanger-Marrakech en une seule journée en 2026 ?
Oui, et c’est devenu extrêmement rapide. Grâce à l’optimisation des correspondances, le trajet total dure désormais environ 5h30. En ce dimanche 1er mars 2026, vous pouvez quitter Tanger le matin et arriver à Marrakech pour le déjeuner. Notez qu’en raison du mois de Ramadan, les horaires sont légèrement adaptés avec des fréquences renforcées sur l’axe Al Boraq pour faciliter les déplacements avant et après l’Iftar.
Faut-il absolument passer par Casablanca pour rejoindre Marrakech ?
Pas forcément. Si Casablanca reste le nœud ferroviaire principal, il existe désormais une ligne directe Al Atlas reliant Fès à Marrakech sans changement de train. Le trajet dure environ 6h30 et dessert des villes clés comme Rabat et Casablanca. En 2026, l’ONCF a renforcé la cadence sur cet axe pour répondre à la forte demande touristique et nationale.
Le train est-il sûr pour voyager seul, notamment pour les femmes ?
Le train demeure l’un des moyens de transport les plus sûrs au Maroc. En 2026, la présence d’agents de sécurité et de contrôleurs a été renforcée dans toutes les gares modernes (Rabat Agdal, Tanger Ville, Casa Voyageurs). Pour une tranquillité optimale, la première classe est recommandée : elle offre des sièges réservés et un calme propice au repos. Les gares sont également équipées de zones d’attente sécurisées et de services d’assistance dédiés.
Peut-on acheter des billets le jour même en gare ?
C’est possible, mais déconseillé pour votre budget. En 2026, l’ONCF généralise le Yield Management : plus vous réservez tôt sur le site officiel, moins vous payez. Pour le Al Boraq, les trains affichent souvent complet, surtout les week-ends. En cette période de Ramadan 2026, les trains encadrant l’heure de rupture du jeûne sont pris d’assaut ; la réservation en ligne est donc indispensable pour garantir votre place.